Che Guevara considérait le havane – son seul vice – comme un don du ciel



Ernesto Che Guevara n’a avoué qu’un seul « vice » dans sa courte vie : le cigare, en l’occurrence le havane. Pour cet asthmatique depuis l’âge de 2 ans et donc toujours en danger, la fumée du havane devait « asphyxier le dragon qui sommeillait dans sa poitrine ».

Ernesto Che Guevara n’a avoué qu’un seul « vice » dans sa courte vie : le cigare, en l’occurrence le havane. Pour cet asthmatique depuis l’âge de 2 ans et donc toujours en danger, la fumée du havane devait « asphyxier le dragon qui sommeillait dans sa poitrine ».

Pourtant, le Che, grand amateur de havanes (tabacos à Cuba, puros en Espagne) devant l’Eternel- bien des photos, comme celles d’Osvaldo Salas, le montrent cigare aux lèvres ou entre l’index et le majeur, son visage disparaissant presque derrière un rideau de volutes- a découvert tard les vertus du havane. Il ne le fuma que durant les dix dernières années de sa vie (1957-1967).

« En fait, c’est dans la Sierra Maestra qu’Ernesto a découvert le plaisir que procure le cigare », a rapporté son grand ami, l’autre Argentin, Alberto Granado. En fait, jusque là, le médecin argentin Ernesto Guevara de la Serna n’avait jamais fumé, et jamais la moindre cigarette. Ca l’amusait d’appeler « fumadores de tabaco » (fumeurs de cigare) les premiers cubains qu’il connut au Costa Rica et au Guatemala au début des années 50. Même avec Fidel Castro qu’il rencontra pour la première fois au Mexique en 1955, il ne partagea pas ce « vice ».

Dans la Sierra Maestra – zone montagneuse au sud de l’île, point de départ de la guérilla cubaine, dès 1956- au début il remplissait une pipe de morceaux de havanes. « Puis il a finit par fumer le cigare d’une pièce. Et comme nous il tirait dessus jusqu’un s’en brûler les doigts », a raconté un des anciens guérilleros de la Sierra. « Il a considéré ensuite le cigare comme un don du ciel, tout comme son sacro-saint maté argentin », ajouta-t-il. Le Che avait toujours ( ?) un Partagas ou un H.Upmann dans ses doigts ou dans la bouche. « Il fumait trois ou quatre cigares par jour ( …) Il est certain que le cigare était pour le Che un compagnon important. Ce fût son seul vice ».

Ces anecdotes sont relatées par le journaliste français Jean Cormier dans un vieux numéro redécouvert de « L’Amateur de Cigare », revue trimestrielle que dirige toujours l’écrivain Jean Paul Kauffmann.

Le nom Cohiba est choisi en 1966

Certains des amis du Che, comme Antonio Nuñez Jiménez, le mirent en garde alors qu’il était ministre de la Révolution. « Ca te fait mal, c’est mauvais pour ton asthme. Nous avons besoin de toi à Cuba et de toi en bonne santé. Cesse de fumer ! ». Et le Che de rétorquer : « d’accord, un seul tabaco par jour ». Le lendemain matin, le Che reçut ses collaborateurs du ministère de l’Industrie avec à la main un cigare …géant.

Le Che à partir de 1963 fuma…sans le savoir, les premiers Cohiba- première marque de cigares de la Révolution- puisque le nom ne fut choisi qu’en 1966 (1) par Celia Sanchez, une des très rares femmes guérillera dans la Sierra Maestra et qui resta la première assistante du leader cubain. Auparavant, ces cigares n’avaient ni marque ni bague, on les appelait les cigares du Comandante qui avait découvert par hasard l’excellence de ce nouveau module un jour de 1963 (probablement début 63) dans son Oldsmobile officielle qui roulait sur la Quinta Avenida, à Miramar. Il venait de lui être offert par Chicho, garde du corps et ami conocedor. « Je n’ai jamais rien fumé de meilleur », eut l’occasion de dire plus tard le Che, quand ces cigares devinrent les préférés des dirigeants de la Révolution. Fidel Castro les offrait à ses ministres et le Che fut un des premiers bénéficiaires.

Un cigare mal éteint

Il est probable que le Che avait avec lui certains de ces cigares quand en décembre 1964 il se rendit à New York. Ernesto Guevara fit le 11 décembre, devant l’Assemblée générale des Nations Unis une nouvelle grande prestation face à une assistance internationale, parlant à l’ONU (l’unique fois) au nom de Cuba en tant que président de la délégation cubaine. Il était accompagné de son secrétaire personnel, José Manuel Manresa. Raconte Orlando Borrego, collaborateur et ami du Che, rapportant le témoignage de Manresa (Recuerdos en Rafaga, Ed. Ciencias sociales, 2004, p. 51et 52) : “ … soudain Manresa partit dans un éclat de rire irrépressible, les yeux mouillés de larmes. J’étais alors persuadé que quelque chose hors du commun lui était arrivé ». Durant une suspension de séance, le Che était en train de discuter avec d’autres personnalités diplomatiques quand il se mit à allumer un havane « avec la ferme ’intention d’en tirer le plus grand plaisir et avec élégance ”. Cinq minutes ne s’étaient pas écoulées que la séance reprit. Le Che jeta avec une certaine émotion un regard sur son cigare, s’approcha d’un cendrier, entreprit de l’éteindre sans l’abîmer et avec délicatesse le glissa dans la poche de la veste de son treillis. Les deux hommes rentrèrent dans la salle occupant à nouveau leurs fauteuils respectifs…Quelques minutes plus tard « on respirait une odeur aromatique d’un cigare cubain dans le périmètre ». Le Che sentit une forte chaleur dans sa poche droite, y plongeant sa main très discrètement pour en sortir son havane …allumé, avant de le passer avec une plus grande discrétion encore à Manresa, placé derrière lui. De longues minutes passèrent avant que Manresa, de plus en plus impatient, profita d’applaudissements destinés à un intervenant, pour prendre la direction de la première porte de sortie. « Avec la plus grande dignité ». « Il entreprit d’éteindre le cigare avec le plus grand soin. Il devait s’appliquer à le conserver en bon état pour le remettre au Che à la fin de la séance, sachant très bien qu’en agissant autrement, il s’attirerait une sérieuse réprimande ».

Le Che allait enflammer l’Assemblée avec un discours historique. Pour un peu, par passion pour le havane, il allait mettre le feu à sa veste, avec toutes les conséquences que cela aurait provoqué ! Imaginons les titres de la presse le lendemain : « Feu à l’ONU. Les pompiers ont du asperger le délégué cubain, M. Ernesto Guevara de mousse de gaz carbonique »…

D’autre part, sur une des dernières photos du Che, faites à Cuba par Salas, Ernesto Guevara est en train de fumer un havane de Fidel, manifestement avec beaucoup de plaisir. Toutefois, en 1961, le même Che avait écrit, dans la préface du livre que tout amateur possède « Biografia del tabaco cubano » : « Nous ne sommes plus le pays du havane, mais celui de Fidel Castro et de la Révolution( … ) Nous, nous ne voulons plus que Cuba soit un simple producteur de biens de consommation destinés à satisfaire le caprice de quelques uns ».

Heureusement il ne fut pas écouté. Actuellement, ce sont plus de 150 millions de havanes qui sont produits et vendus chaque année à Cuba et dans le monde entier, ce qui représente une sacrée rentrée de devises.


Deux autres anecdotes figurent dans ce numéro cité de L’Amateur. Après novembre 1966, c’est Régis Debray dit Danton, qui avait dans ses affaires deux boites de cigares pour le Che, soit 50 barreaux de chaise que le chef de la guérilla « s’empressa de répartir équitablement ». ll s’agissait de …futurs Cohiba. « L’Amateur de cigare » signal aussi que lors du séjour du Che au Congo belge (1965), il reçut dans la brousse, livres, médicaments, armes et …des cigares expédiés de La Havane, probablement par Fidel Castro lui-même, lequel, il faut le rappeler, cessa de fumer ses Lanceros de Cohiba en 1985. Il en fumait…un certain nombre par jour…plusieurs. Il confessa bien après 1985 qu’il lui arrivait de rêver encore à ces chers cigares. Mais il garde toujours avec fierté et comme une relique la médaille que lui a attribuée l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) de Genève.

Havane versus Boyard

Le Che aussi offrait des cigares. Une photo est très connue. En 1960, Jean Paul Sartre, grand fumeur de pipe, puis fumeur impénitent de cigarettes est reçu par l’Argentin, alors président du Banco Nacional de Cuba. Il est minuit, l’entretien a lieu dans le grand salon de la présidence. Sur la photo prise par Korda, on voit Sartre, costume et cravate noires, assis sur un canapé de cuir, légèrement penché en avant, un cigare sans bague entre l’index et le majeur de la main droite, manifestement maladroit, les deux doigts trop près des lèvres. En face de lui, le Che assis sur un fauteuil tend vers Sartre la flamme d’un gros briquet de bureau. On peut penser qu’à ce moment là le Che eut l’amabilité de ne pas dire à Sartre qu’un cigare ne doit pas être dirigé vers le bas. D’après l’écrivain et journaliste cubain Jaime Sarusky, « Sartre avait saisi le cigare avec timidité, pour ne pas dire avec appréhension, comme s’il essayait de s’adapter à cette nouvelle expérience, très différente de celle de fumer des cigarettes, qu’il ne prenait pas simplement entre deux doigts, il donnait l’impression de les agripper, l’index en crochet ».

Ah, les fameuses Boyard de JPS ! Même Fidel Castro fut intrigué par ces cigarettes au diamètre imposant, au point qu’il demanda à l’écrivain français d’en goûter une. C’est Lisandro Otero, témoin direct, qui le raconte. Fidel lui demanda s’il connaissait la saveur des havanes. Sartre et el Comandante se mirent à fumer quelques cigares et avec plaisir (« fumaron a gusto »).

Ainsi, sauf erreur, Jean Paul Sartre aura été probablement le premier français à fumer un havane et avec Fidel et avec le Che. Qui dit mieux ? Notre président à vie du Club des Parlementaires (français) Amateurs de Havanes, André Santini, trop jeune, n’aura jamais eu une telle chance. Lui pour qui un jour sans un havane est un jour sans pain, sans soleil ou sans trait d’humour.

Dès 1963 « le cigare de Fidel » était déjà excellent. Les experts cubains se mirent, au fil des ans, à l’améliorer de plus en plus…jusqu’à aujourd’hui. L’Amateur écrit notamment sur ce Lancero : « il a incontestablement une allure folle (…) A déguster les yeux fermés » Il est manifestement destiné aux connaisseurs, aux amateurs confirmés…et depuis 44 ans, depuis sa première version. A la question de savoir si Fidel Castro offrait d’autres types de havane à ses amis, aux personnalités qui venaient à Cuba ou à qui il expédiait des boîtes de ces petits chefs d’œuvre, posée en 1996 avec insistance par son ami américain Marvin Schanken, le boss de la revue « Cigar Aficionado », le leader cubain répondit par la négative, selon l’expert Adargelio Garrido de la Grana (1958), auteur du livre culte : « …Lo Llamaremos Cohiba » (Ed. Habanos SA, 1997).

Source : http://www.altermonde-sans-frontiere.com