L'artiste engage Jean Ferrat nous à quitte ce vendredi 13 mars 2010. Jean Ferrat? c'est des chansons au drapeau rouge !

Dès ses premières chansons au début des années 60, il exprime sa "nature rebelle" quitte à s’attirer les foudres d’une censure plus ou moins tacite.

Son étiquette communiste dérange : en 1965, "Potemkine" est privée d’antenne et en 1966 il est interdit de petit écran en raison de sa candidature sur la liste PCF aux élections municipales d’Antraigues (Ardèche).

Ma France, cette chanson dans laquelle il s’attaque aux gouvernants ("Cet air de liberté dont vous usurpez aujourd’hui le prestige") est interdite d’antenne. Ferrat refuse de passer à la télé sans elle et patientera deux ans avant d’être à nouveau invité sur un plateau. En 1971, Yves Mourousi rompt la censure en diffusant un extrait de la chanson.

Jean Ferrat avait fait de cette censure un sujet de chanson ironique : "Quand on n’interdira plus mes chansons, je serai bon à jeter sous les ponts…".

Son attachement politique, Jean Ferrat le date de son enfance, lorsqu’un militant communiste lui sauve la vie pendant l’Occupation, une période qui lui a ravi à l’âge de 11 ans son père Mnacha Tenenbaum, juif émigré de Russie en 1905 et mort en déportation.

"On ne guérit pas de son enfance", confiera-t-il plus tard. De même, il ne reniera jamais son admiration pour certains des combats du communisme, comme la lutte contre le nazisme, le colonialisme et l’argent roi.

Jean Ferrat, lauréat du prix de l’académie Charles Cros en 1963 et du grand prix de la chanson de la SACEM en 1994, avait apporté son soutien à la liste présentée aux élections régionales du 14 mars 2010 par le Front de Gauche en Ardèche.

Compagnon de route du PCF sans jamais en avoir été membre, il a rapidement pris ses distances avec Moscou.

Dans la chanson Camarade, il dénonce l'invasion russe de Prague en 1968. Opposé à l'orientation pro-soviétique prise à l'issue du vingt-troisième congrès du Parti communiste en 1979, il fustige dans la chanson Le Bilan, la déclaration de Georges Marchais, secrétaire général du PCF qui avait évoqué en 1979 un bilan globalement positif des régimes dits socialistes.

Il apportera néanmoins son soutien à Georges Marchais lors des élections présidentielles de 1981, expliquant quelques années plus tard, dans la chanson Les Cerisiers (1985), les raisons pour lesquelles il était demeuré fidèle à la mouvance communiste.

Il accuse le système commercial qui fait passer les considérations financières avant la chance donnée aux artistes créatifs. Publiant des lettres ouvertes aux différents acteurs de la vie culturelle, présidents de chaînes, ministres, il dénonce une programmation qui selon lui privilégie les chansons « commerciales » aux créatifs.

Il était membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie internationale de la promotion d'une culture de non-violence et de paix.

« Il chantait rouge » écrit Le Journal du Dimanche. « Son répertoire était un panthéon des lendemains qui chanteraient ».

Jean Ferrat n'avait jamais pris sa carte au parti. Toute sa vie, il a lutté « contre toute forme d'embrigadement (...) d'asservissement (…) et de censure ». La censure dont il a été longtemps victime « à la télévision et à la radio dans la France amidonnée du général de Gaulle ».