Frais bancaires : Michel Barnier s’en va-t’en guerre (et oublie son bon sens)

Choisir sa banque relève parfois du parcours du combattant. Les coûts liés aux diverses opérations varient d’un établissement à l’autre, allant du simple au double, voire beaucoup plus. Pour se repérer dans la jungle des plaquettes tarifaires, des comparateurs de prix indépendants ont vu le jour. Ils ont pour mérite de mettre en lumière les écarts parfois abyssaux qui séparent les diverses enseignes en termes de tarifs, et de d’extraire une vérité : globalement, ces frais sont chers. Trop chers.

Michel Barnier

Maxime Chipoy, chargé de mission banque assurance à l’UFC Que Choisir, estime que le client d’une banque débourse en moyenne 150 euros en frais bancaires chaque année. Une somme qui ne tient pas compte des “frais exceptionnels”, tels que la réédition du code d’une carte bancaire, l’opposition ou le rejet d’un prélèvement, par exemple. Parce qu’ils ne sont pas réguliers, ces frais ne sont pas consultés par les clients qui se renseignent sur les tarifs et souhaitent établir des comparaisons. A tort. Certaines banques en profitent pour les faire gonfler à outrance.

Commissaire européen au Marché intérieur, Michel Barnier s’est récemment fendu d’une tribune à quatre mains dans le Huffington Post, en compagnie de son confrère Tonio Borg, Commissaire européen à la Politique des consommateurs. Les deux hommes proposent toute une série de mesures visant à rendre moins chers, plus transparents et accessibles à tous les comptes bancaires.

A titre d’exemple, le changement d’établissement bancaire se fera dans un délai de 15 jours maximum, et sera gratuit. Les banques devront par ailleurs montrer patte blanche, en envoyant à leurs clients “des informations standardisées sur les services qu’ils peuvent attendre de leur banque et sur les frais correspondants”.

Petit bémol, toutefois. Si toutes ces mesures ont pour intérêt d’entrainer un nivellement par le bas des frais bancaires, Michel Barnier est aussi un farouche défenseur de la suppression des Commissions multilatérales d’inter change (CMI). Rageant, quand on sait que les CMI, actuellement réglées par les commerçants lors de chaque paiement par carte, seront alors reportées sur les clients. C’est ce qui s’est passé en Espagne, ou une baisse de 57% des CMI a entrainé une augmentation de 50% des frais de cartes bancaires pour les clients.

En fait, pour le moment, le seul moyen de s’en tirer à bon compte, c’est d’ouvrir un compte dans une banque privée. Les banques Palatine, Saint Olive ou encore 1818, entre autres, possèdent en effet les frais bancaires les moins élevés du marché, quand ils ne sont pas tout bonnement inexistants. Le problème, c’est que la kyrielle de banques privées que compte la France s’adresse avant tout aux personnes possédant un compte en banque bien garni. On ne prête qu’aux riches ? Dans ce cas précis, on les fait surtout moins payer. Une situation qui pourrait changer, si Michel Barnier recouvre la raison, et arrête de scier la branche sur laquelle il est assis.