Dangers des ondes : réels ou fantasmés ?

L’idée se tient. Et si, à l’instar des rayons X, dont l’exposition régulière soumet à une dose de radioactivité potentiellement dangereuse, les ondes électromagnétiques recelaient leur content de nocivité ? Omniprésentes, amenées à prendre de plus en plus de place avec l’explosion de la 4G, il apparaît logique que leur dimension sanitaire soit étudiée de près. Même tarif pour les radiofréquences émises par les compteurs intelligents, ayant eux-aussi vocation à essaimer sur tout le territoire.

La 4G a pour but de réduire la fracture numérique. Un bon sentiment qui aura pour effet d’augmenter de 50 % l’exposition aux ondes électromagnétiques de la population. Deux camps s’opposent. Ceux pour qui cette technologie est néfaste pour la santé, les antennes-relais constituant les épouvantails idéaux cristallisant les peurs, et ceux qui en déclarent l’innocuité.

Ainsi en va-t-il d’André Aurengo, 64 ans, membre de l’Académie de Médecine et spécialiste de médecine nucléaire à la Pitié-Salpêtrière, considérant que“le rayonnement des ondes électromagnétiques n’a aucune incidence sur la santé”Avant d’enfoncer le clou : “Plus de trente études en double aveugle ont été menées dans le monde et, à chaque fois, il apparaît que les patients ne ressentent pas les effets des ondes. Les gens cherchent des explications à leurs maux sur internet et se raccrochent à l’électrosensibilité comme à une croyance.”

Alors bien sûr, on peut toujours faire plus de recherche, annonce Anne Perrin, présidente de la section Rayonnements non ionisants de la SFRP. Mais je crains que la science ne soit au bout de ce qu’elle peut apporter. Près de 2.600 études ont été publiées sur les effets des fréquences de téléphonie et wi-fi. Désormais le terrain est déblayé. Comme pour les OGM, ce n’est plus une question scientifique, mais une question de société.”

Et la téléphonie mobile n’est pas la seule concernée. Toute la technologie sans fil fait les frais de craintes après tout légitimes dans un premier temps, mais qui deviennent un peu hors sujet une fois désamorcées à l’aide d’études scientifiques à répétition. Le wi-fi, les micro-ondes, les babyphones, certains appareils médicaux et, plus récemment, les compteurs intelligents suscitent ainsi un certain nombre d’interrogations.

Au Québec, l’installation prochaine de ces compteurs intelligents dans les foyers fait polémique. Un mouvement est même né, au nom évocateur :“Refusons les compteurs”. Principale motivation de ses membres : lutter contre les radiofréquences émises par ces appareils. Pourquoi pas. On pourrait abonder dans leur sens, au nom du sacrosaint principe de précaution, si aucune étude sérieuse n’avait invalidé la thèse de la dangerosité de ces ondes. Commandée par Santé Canada, une enquête dirigée par la Société royale du Canada épaulée par huit chercheurs universitaires vient pourtant déloger les craintes, concluant que “dans son état actuel, la littérature scientifique n’indique pas que les radiofréquences en deçà des normes ont des effets négatifs sur la santé”.

Si la vigilance est de mise, s’agissant de technologies sur lesquelles nous n’avons après tout pas vraiment de recul, elle ne doit pas laisser place à des comportements phobiques, irrationnels. Il semble positif que de nombreux chercheurs s’intéressent à la question de l’impact des ondes sur la santé et fassent le jour sur ce domaine de connaissance, mais peut-être faudrait-il s’intéresser davantage aux conclusions qu’ils tirent. On ne peut pas d’un côté demander des études pour, d’autre part, ignorer leurs résultats sous prétexte qu’ils ne légitiment pas les craintes qui nous on conduit à les réclamer.

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