Nucléaire : les défenseurs de Fessenheim font de la résistance

Que l’on soit pro-nucléaire ou détracteur de l’atome, il est un point qu’on ne peut contester. Le sort de la centrale de production d’électricité de Fessenheim en Alsace est en jeu et ne se limite pas malheureusement comme le sous-entend le projet de loi de transition énergétique, à une simple soustraction de quelques mégawatts de puissance électrique. La fermeture éventuelle de cette usine aura des conséquences considérables sur l’économie locale et entraînera fatalement le licenciement ou le déplacement de plusieurs milliers d’employés. Un véritable cataclysme économique pour la région que dénonce avec ardeur l’association “Fessenheim, notre énergie”.

La vie de la commune de Fessenheim n’aura semble-t-il jamais été aussi animée. Entre manifestations antinucléaires et mobilisations pour le maintien de la production électrique dans la région, Fessenheim se retrouve régulièrement en première page reflétant l’intérêt national d’un débat tout aussi vivace à l’échelle locale. La population de cette commune alsacienne ne semble en effet pas vraiment partager les positions du gouvernement sur la nécessité de fermer la plus ancienne centrale de France, véritable vivier économique pour des milliers d’employés et de sous-traitants.

L’association “Fessenheim, notre énergie” créée en 2013 se fait désormais le porte-parole de cette population sacrifiée sur l’autel de la transition énergétique et qui ne parvient pas à comprendre l’intérêt (outre politique) d’un tel gâchis économique, social et écologique. La fermeture de ce site industriel va en effet affaiblir rapidement et profondément la vitalité du bassin de vie et de la région via la perte de nombreux emplois directs et indirects, la baisse significative des ressources économiques du territoire et des collectivités locales et le départ inéluctable de nombreux habitants (avec les conséquences sur les biens immobiliers et l’animation du territoire que cela implique).

Cette volonté gouvernementale, promesse électorale de François Hollande, est également en totale contradiction avec les grands objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre en lien avec les nouveaux enjeux du changement climatique. Une conférence fut organisée dans ce cadre par l’association le 10 avril dernier sous le thème “Sauver le climat, sauver Fessenheim, même combat” et au cours de laquelle le conférencier et ingénieur au Corps de Mines Jacques Peter, rappelait le bilan carbone extrêmement positif de la France en comparaison aux autres pays industrialisés (le taux d’émissions de CO2 par habitant français est inférieur de 80% à celui de l’Allemagne par exemple).

Comme l’expliquait l’ingénieur et membre de l’association, “une fermeture anticipée de la centrale de Fessenheim serait une faute grave à plusieurs titres. D’une part, elle augmenterait de 1% les émissions de notre pays; d’autre part, elle nécessiterait de coûteux investissements de réseaux pour alimenter la région Alsace. Enfin, nos capacités mobilisables pour passer les pointes de grands froids (pendant lesquelles les ressources du vent et du soleil se font rares) seraient diminuées de 2%”.

N’hésitant pas à comparer les conséquences possibles d’une fermeture de Fessenheim au désastre social de Florange, Jacques Peter rappela enfin que plus de 2000 emplois dépendent toujours de la survie de cette unité de production, et que le coût d’une telle décision s’élèverait aux alentours de 5 milliards de dollars pour le gouvernement, un coût qui se répercutera forcement sur les factures des consommateurs.

Cette volonté est donc d’autant plus incompréhensible lorsque l’on sait que la centrale fut déclarée conforme aux nouvelles normes de sécurité pour dix ans supplémentaires après examen de l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN).

Avant l’organisation de cette conférence, l’association “Fessenheim, notre énergie” avait déjà lancé plusieurs autres opérations et entend bien poursuivre son combat et porter son message au delà des frontières alsaciennes.

Crédits photo : Florival