répression grève
Société

Les étudiants français engagés dans lutte contre le projet de réforme des retraites sont de plus en plus souvent confrontés à différentes formes de répression.

Répression administrative

« Le 2 décembre, soit trois jours avant la première grande manifestation contre la réforme des retraites, la présidence de l’université a décidé la fermeture administrative de Tolbiac, empêchant ainsi les étudiants de s’y retrouver », dénonce Salomé, présidente du syndicat Unef à l’université Paris-I. « De même, alors que nous tenions une assemblée générale (AG) informative dans des bâtiments proches des Gobelins, une alarme incendie a retenti, obligeant les étudiants à l’évacuation. À leur retour, les grilles étaient condamnées jusqu’à nouvel ordre. »

Mais cette répression émanant des présidences universitaires n’a pas eu l’effet escompté, puisque les grévistes sont parvenus à s’adapter, en créant, notamment, de nouvelles alliances.  « Du coup, personnels et enseignants-chercheurs en lutte se sont rapprochés de nous et ont convié les étudiants aux AG, se réjouit Salomé. Au final, cette répression maladroite aura permis qu’on se parle et le mouvement ne fait vraiment que commencer. »

Affrontements entre étudiants

Outre les tentatives de l’administration d’enrayer la grève, les étudiants sont confrontés à des actions coup de poing de la part de groupuscules identitaires. A l’université de Tours par exemple, où une centaine d’étudiants occupent le bâtiment des Tanneurs depuis plus de deux semaines, des affrontements ont eu lieu mercredi matin entre des grévistes et de jeunes encagoulés membres de la Cocarde étudiante.

« À 7 heures du matin, alors que tout le monde dormait, une quinzaine de personnes masquées et vêtues de noir ont pénétré violemment dans les locaux avant que des échanges physiques n’aient lieu », raconte Elie, étudiant en sociologie. « Tout est allé très vite », explique le jeune homme, toujours sous le choc.  

Trump, anti-avortements
Coup de gueule

Vendredi 24 janvier, à Washington, Donald Trump a, pour la première fois, participé à un meeting de chrétiens évangélistes contre l’avortement. Le rassemblement se tenait à quelques mètres du congrès, où se déroule actuellement son procès en destitution.

Espoir de réélection

Lancé depuis plusieurs mois déjà dans une campagne électorale en vue de sa réélection en novembre, Donald Trump s’emploie aujourd’hui, et pour la énième fois, à flatter sa base électorale la plus à droite, des réactionnaires et fascistes préoccupés avant tout par les thématiques haineuses de l’extrême droite.

C’est cette fois aux militants anti-avortements que le président sortant fait les yeux doux, ces derniers étant très influents dans de nombreux états, et disposant de l’appui d’élus républicains, mais aussi démocrates. Leur pouvoir est tel qu’il rend parfois impossible le recours des citoyennes à faire valoir leur droit d’avorter.

« Roe vs Wade »

Les anti-avortements s’insurgent depuis près de 50 ans contre l’arrêt emblématique de la Cour suprême baptisé « Roe vs Wade », qui a légalisé l’avortement aux Etats-Unis le 22 janvier 1973. Les rassemblements sont d’ailleurs plus fréquents et importants ces dernières années, des milliers de personnes défilant régulièrement sur le « Mall », l’avenue principale de Washington.

En s’engageant ainsi avec les évangélistes blancs, qui ont voté à 81% pour lui, Donald Trump confirme son intérêt pour les cercles nationalistes les plus extrêmes. Il a récemment affiché son soutien aux partisans du libre marché des armes à feu, et ce malgré de la recrudescence des tragédies engendrées par la prolifération des armes aux Etats-Unis, et en 2017, il s’était montré très conciliant à l’égard d’un groupe de fascistes mobilisés pour la défense des reliques de l’Amérique sécessionniste.

alliance, CGT, Greepeace, Attac
IdéesSociété

Vendredi 17 janvier, à Saint-Denis, le secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT), Philippe Martinez, le directeur général de Greenpeace France, Jean-François Julliard, et la porte-parole de l’association altermondialiste Attac, Aurélie Trouvé, se sont réunis pour discuter d’un plan rouge et vert face aux enjeux environnementaux.

L’objectif est d’élaborer une proposition commune pour lutter efficacement contre le changement climatique, tout en assurant des emplois de qualité aux salariés des secteurs concernés.

Evolution de part et d’autre

« Si le choix pour sauver la planète, c’est de perdre son boulot, le discours syndical va être compliqué », ironise Philippe Martinez. Selon le secrétaire général de la CGT, « il faut créer les conditions qui permettent de conjuguer créations d’emplois et industries et énergies propres. Il y a une évolution de la CGT sur ces questions ».

« Il y a des alliances à faire entre les forces sociales, les syndicats et les organisations environnementales, rappelle la porte-parole d’Attac, Aurélie Trouvé. Cela nécessite une évolution au sein des syndicats, qui est en train de se faire. Et du côté des associations écologistes, cela veut dire intégrer les questions sociales. »

« On appelle de nos vœux une transition écologique ambitieuse mais on veut éviter qu’on nous renvoie sans cesse cette question des pertes d’emplois », explique Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace.

Inspiration de la gauche américaine

La CGT, Greenpeace et Attac se sont inspirés du projet de Green New Deal américain, fondé sur trois piliers : la diminution des émissions de CO2, la sortie du pétrole et du charbon, et la création de millions d’emplois pour mettre en œuvre cette transition.

« C’est un aspect central du projet : on ne peut pas opposer l’emploi et l’environnement », explique l’économiste Pavlina Tcherneva, selon qui un plan industriel massif « de même ampleur que pour une économie de guerre » est nécessaire.

vente de données
Société

En décembre dernier, l’autorité de régulation de la concurrence britannique a envisagé la possibilité pour chaque citoyen de vendre lui-même ses données personnelles. Mais il s’avère que le procédé existe déjà dans les faits.

Pour quelques cartes cadeaux

En effet, vendre ses informations à des collecteurs de données est, techniquement, déjà possible. En janvier 2019 par exemple, Facebook a payé des adolescents pour pouvoir « espionner » légalement le contenu de leur smartphone via une application annexe, en échange de quelques cartes cadeaux.

La start-up française WeWard propose, elle, à ses usagers, d’être payés quelques centimes d’euros pour plusieurs kilomètres parcourus. Mais plus que la distance, l’application rémunère en fait des offres géolocalisées auxquelles l’usager s’est soumis au préalable, en cédant l’accès à ses données personnelles.

Autre application reposant sur le consentement des usagers, celle de la start-up au nom évocateur « My data is rich ». Ici, un boitier branché à l’allume-cigare de votre véhicule transmet vos données aux clients publicitaires de l’entreprise que vous croisez.

Revers de la médaille

Même si ces offres peuvent paraître alléchantes, la question de la vente de données pose en réalité plusieurs problèmes. Tout d’abord, un tel marché risquerait de créer de nouveaux emplois précaires, à l’image de tous ces travailleurs du clics, qui passent leurs journées devant des écrans pour répondre à des sondages en échange de quelques euros.

Et un tel commerce pourrait également conduire à une plus grande polarisation de la société, certains ayant plus besoin que d’autres de vendre leurs données. En effet, les plus fortunés n’auraient pas à vendre leurs informations, et pourraient préserver leur vie privée, contrairement aux plus pauvres, qui seraient incités à l’étaler au grand jour.

municipales, circulaire Castaner
Politique

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, est accusé d’avoir communiqué aux préfets, le 10 décembre dernier, une circulaire modifiant le nuançage politique, qui favoriserait grandement la majorité aux élections municipales.

Communes de moins de 9000 habitants

La circulaire du ministre de l’Intérieur, officiellement destinée à aider les préfets à donner une coloration politique aux listes municipales, n’est pas au goût de l’opposition, et pour cause.

Par cette circulaire, le gouvernement prévoit de ne plus attribuer de nuance politique aux candidats sans étiquette dans les communes de moins de 9000 habitants, qui étaient jusqu’à présent classés dans une vingtaine de catégories : divers droite, divers gauche, Socialiste, Républicains, Régionaliste, centriste …

Ce “nuançage” était jusqu’à aujourd’hui pratiqué dans toutes les communes de plus de 1000 habitants, mais en élevant le seuil à 9000 habitants, 96% des communes françaises, représentant 54% des électeurs inscrits, échapperont désormais à cette classification. « On ne présentera pas le résultat complet du vote des Français, on présentera le résultat du vote des Français qui arrange le gouvernement », accuse le député LR Olivier Marleix.

« Inimaginable, exécrable, dangereux »

« C’est inimaginable, c’est exécrable sur le plan de la démocratie, c’est dangereux sur le plan de la liberté d’expression et c’est considérer que 96% des communes peuvent échapper à un nuançage politique », déplore le sénateur socialiste Patrick Kanner. « C’est le règne de l’eau écarlate », surenchérit le député PCF André Chassaigne.

« Voilà ce qui préoccupe la macronie et son ministre de l’Intérieur : maquiller les résultats électoraux des villes de moins de 9.000 habitants, elles seront privées des décomptes nationaux pour les municipales de 2020 », regrette Olivier Marleix.

Lituanie, négationnisme
Coup de gueule

Vilnius compte faire passer une loi niant l’implication du pays et de ses dirigeants dans la Shoah, alors qu’au moins 200 000 juifs ont été tués en Lituanie. « Plus de 95 % sur les 250 000 qui y vivaient », rappellent les centres de recherche sur la Shoah.

« L’État lituanien, qui a été occupé de 1940 à 1990, n’a pas participé à la Shoah. Ni la Lituanie ni ses dirigeants n’ont participé au génocide », écrit le gouvernement dans son projet de loi déposé devant le Seimas, le parlement lituanien.

Exemple polonais

La démarche révisionniste du gouvernement lituanien s’inspire directement de la Pologne qui, il y a deux ans, a adopté une loi similaire, ainsi qu’un deuxième texte prévoyant d’attaquer en justice « ceux qui imputent au peuple polonais une complicité dans les crimes de l’Holocauste ». Il est donc désormais interdit en Pologne d’évoquer l’implication de Polonais dans les crimes nazis, au motif que le pays était sous occupation. Pour rappel, 3 millions de juifs polonais ont été exterminés durant la guerre.

Lors d’une rencontre avec des députés polonais en septembre 2019, l’initiateur du projet lituanien, le député Arunas Gumuliauskas, a affirmé vouloir « promouvoir la coopération entre les historiens des deux pays, à la poursuite de buts communs ». « L’État lituanien n’a pas participé à l’Holocauste parce qu’il était occupé, tout comme la nation lituanienne n’a pas participé à l’Holocauste parce qu’elle était asservie », a-t-il ajouté quelques semaines plus tard.

Collaboration indéniable

« Bien évidemment, les forces nazies ont commis l’essentiel de ces crimes mais elles ont reçu le soutien de collaborationnistes. Une série de pogroms ont été perpétrés uniquement par les fascistes lituaniens avant l’arrivée d’Einsatzgruppen allemands. Cet antisémitisme s’appuyait à l’époque sur l’accusation que les juifs étaient le pilier du système soviétique, les complices du pacte germano-soviétique », rappelle le journaliste et historien Dominique Vidal.

« En Europe, l’amplitude de l’extermination des juifs en Pologne et en Lituanie ne se retrouve nulle part ailleurs. Les travaux du mémorial de la Shoah, Yad Vashem, démontrent de manière documentée une collaboration active. Elle n’est pas l’œuvre d’une majorité. En comparaison, la France, où l’État a collaboré et où vivaient 330 000 juifs, dont 75 000 d’entre eux ont été exterminés. La solidarité, le rôle de la Résistance, des justes, des communistes ont permis d’éviter le pire », poursuit l’historien.

livret A
Politique

Mercredi 15 janvier, le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a annoncé la baisse de la rémunération du livret A, qu’il a lui-même qualifié d’ « épargne préférée des Français ».

Inciter à investir

Le taux de rémunération du livret A passera de 0,75 % à 0,5 % à partir du 1er février, soit son plus bas niveau depuis sa création en 1818. Une réforme qui devrait concerner 55 millions de personnes, et les quelque 300 milliards d’euros qu’elles représentent. Le ministre a fait savoir que les Livrets de développement durable (LDD) sont également visés.

Maintenir ce taux aurait été « incohérent par rapport à notre politique de diversification des placements », s’est justifié Bruno Le Maire, jeudi 16 janvier. « Je veux dire aux ménages : diversifiez votre épargne ! ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit, de baisser le rendement des comptes réglementés par l’État et gérés par les banques, pour pousser les Français vers des placements plus risqués sur les marchés financiers, comme les actions.

« Quand on met en perspective la baisse du taux du Livret A avec la réforme de la fiscalité du capital (mise en place du prélèvement forfaitaire unique et transformation de l’ISF en impôt sur les placements immobiliers), on voit bien la volonté du gouvernement de réorienter l’épargne vers des actifs financiers », explique Pierre Madec, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques.

Favoriser le logement social

Le ministre l’a dit, la baisse du Livret A devrait profiter aux « milliers de Français qui attendent un logement social ». En effet, 60 % de l’argent placé dans le Livret A étant géré par la Caisse des dépôts, qui supervise la construction des HLM, la baisse de son taux devrait faire économiser quelque 300 millions d’euros aux bailleurs sociaux.

Monsieur Le Maire simplifie cependant grandement les choses. « Pour les HLM, c’est une bonne nouvelle à court terme, rappelle Pierre Madec. Mais à long terme, si les Français arrêtent de placer dans le Livret A pour réinvestir ailleurs, cela va entraîner un manque à gagner pour le logement social. Il y a une incohérence dans le discours du ministre. »

sans-abri, commissariat
Coup de gueule

Mercredi 1er janvier, une trentaine de familles à la rue se sont installées dans un commissariat inoccupé du 2ème arrondissement de Paris. Aujourd’hui, la préfecture de police souhaite les expulser.

Mes enfants « ont honte »

Depuis le début du mois de janvier, une trentaine de familles ont investi le 18, rue du Croissant, dans le 2e arrondissement de Paris. Parmi eux Karim, un sexagénaire exténué qui travail comme auxiliaire de vie pour 500 euros par moi. « Ça fait deux ans que nous sommes sans logement. Ma mère, malade, habite un studio, elle ne pouvait pas nous héberger… , s’emporte l’homme, à bout de nerfs. « Je ne gagne pas assez pour nous loger », et mes enfants ont « honte de notre situation, ils n’aiment pas que j’en parle ». Pourtant  « ils travaillent bien à l’école, ma fille, 18 ans, est un vrai petit génie… » .

« Ici, je me sens en sécurité. J’ai dormi dans des salles d’attente des hôpitaux, à l’hôtel quand je pouvais… et un temps chez un homme qui m’avait recueillie, et m’a violée après m’avoir droguée », raconte Aïcha Konté, une jeune ivoirienne de 25 ans.

La police est passée le 5 janvier, mais comme cela « faisait déjà plus de 48 heures, l’avocat du DAL leur a expliqué qu’ils ne pouvaient pas nous évacuer sur-le-champ, explique Fanny Dulin, de l’association Droit au logement (DAL). Ces 48 heures sont précieuses. Passé ce délai, il faut lancer une procédure pour expulser les squatteurs ».

Soi-disant urgence

« L’immeuble appartient à une société civile de placement immobilier, Ufifrance Immobilier, qui l’a mis en gestion via une autre société liée, Primonial Reim », et c’est cette boîte qui a loué l’immeuble à la préfecture de police, détaille Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL. « Elle a signé un bail en 2009, a reçu un congé en 2016… Mais s’est maintenue dans les lieux pendant trois ans, il y a un litige sur les loyers du dernier trimestre 2019. La police a quitté les lieux, mais n’a pas rendu les clés », poursuit le porte-parole.

La préfecture de police est donc toujours « occupante » des lieux, et affirme, à ce titre, qu’il y a urgence d’en expulser les occupants « pour y maintenir une activité de service public ». Or, il n’y a plus aucune activité dans les locaux depuis au moins quatre mois, et pas plus d’urgence.

Iran, révolte
International

Les mensonges de la République islamique concernant le crash du Boeing d’Ukraine International Airlines ont ravivé la colère des opposants au régime, qui s’était apaisée suite à l’assassinat du général Ghassem Soleimani.

« Menteurs ! »

L’aveu tardif des autorités iraniennes, qui ont reconnu samedi avoir abattu « par erreur » le Boeing d’Ukraine International Airlines, et tué 176 personnes, majoritairement des Iraniens et des Canadiens, a réveillé la colère de milliers d’Iraniens. « Menteurs ! », « À bas la dictature religieuse ! », « À bas l’oppresseur, qu’il soit shah ou guide ! », scandait la foule samedi dans les rues de Téhéran.

Après avoir fermement nié la thèse du missile avancée dès mercredi par Ottawa, les gardiens de la révolution islamique ont effectué une volte-face spectaculaire samedi, admettant que leurs forces avaient abattu « par erreur » l’avion, pris pour une « cible hostile  ». Le commandant de la branche aérospatiale des gardiens, le général Amirali Hajizadeh, a déclaré endosser la « responsabilité totale » de la catastrophe. « J’aurais préféré mourir plutôt que d’assister à un tel accident », a-t-il assuré. 

Tentative d’instrumentalisation

Donald Trump a immédiatement tenté d’instrumentaliser le mouvement, se disant solidaire des protestataires. « Au peuple iranien courageux et souffrant : je suis avec vous depuis le début de ma présidence et mon gouvernement continuera de vous soutenir », a-t-il twitté samedi.

Exactement ce dont le régime avait besoin pour taxer de « conspiration » étrangère les manifestations, et mener la répression sanglante dont il a le secret. Car selon le parti communiste iranien Tudeh, 360 ​​manifestants auraient été « assassinés à bout portant » au début du mois de décembre, et 8 000 autres blessés, arrêtés, et/ou torturés. Tudeh dénonce également « le spectacle dégoûtant des aveux forcés à la télévision », et « le traitement cruel et inhumain des familles endeuillées qui sont obligées de payer pour récupérer les cadavres de leurs proches pour les enterrer pendant la nuit ».

Airbnb, CJUE
EconomieInternational

Jeudi 19 décembre, la cour de justice de l’UE a choisi de donner raison à Airbnb contre les professionnels français de l’hôtellerie, en refusant de soumettre la plateforme de location de logements en ligne aux règles de l’immobilier.

Airbnb est « un service de la société de l’information », qui relève de la directive européenne de 2000 sur le commerce électronique, selon laquelle « un État ne peut pas restreindre la libre circulation d’un tel service, qu’il fournit à partir d’un autre État membre », ont estimé les juges européens. En d’autres termes, Airbnb ne peut être muselé que dans le pays où il a son siège social, c’est-à-dire en Irlande.

Deux poids, deux mesures

Cette décision est d’autant plus surprenante que la CJUE avait fait une analyse contraire pour Uber. En effet, alors qu’elle considère Airbnb comme un « service d’intermédiation », elle a admis qu’Uber puisse être une « entreprise de transport » pour laquelle ne peuvent s’appliquer les règles de la directive services. Pourtant, dans un cas comme dans l’autre, il s’agit bien d’un service d’intermédiation.

« Je ne peux que regretter la décision de la CJUE. Le droit européen en ce domaine est extrêmement laxiste et totalement périmé puisqu’il date de 2000, c’est-à-dire d’avant la naissance d’Airbnb ! , déplore Ian Brossat, adjoint PCF à la maire de Paris en charge du logement. Dans cette affaire, on marche sur la tête. Si on veut réguler les locations saisonnières, il est indispensable de responsabiliser les plateformes. »

Impact sur le prix des logements

« Il devient de plus en plus difficile de dire qu’Airbnb n’a pas un impact significatif sur l’accessibilité du logement et les prix des loyers, constate Ruth Owen, coordinatrice politique à la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (Feantsa) . Cela s’inscrit dans la financiarisation croissante du logement, avec de plus en plus d’investissements dans l’immobilier, considéré comme un simple produit financier, au détriment de son rôle de bien commun. »

Dans le quartier de l’Alfama par exemple, à Lisbonne, 55 % des habitations sont destinées à la location, et le nombre d’habitants est passé de 20 000 en 1980, à 1 000 aujourd’hui, selon le Financial Times.