constitution, Russie
International

Mardi 10 et mercredi 11 mars, les députés de la Douma (Chambre basse) ont étudié en deuxième et troisième lectures le projet d’amendements de la Constitution de 1993 promise par Vladimir Poutine le 15  janvier dernier. Le texte a été soumis, dans le même temps, au Conseil de la Fédération (Chambre haute), et il sera étudié en fin de semaine par les parlements régionaux. A l’issue de cette phase de discussion, un référendum sera organisé, le 22 avril.

Poutine prépare son avenir

Pour la directrice du centre Russie-NEI à l’Ifri, Tatiana Kastouéva-Jean, par cette réforme, le président russe veut « assurer non seulement sa propre position après 2024, mais aussi la stabilité du système. Vladimir Poutine tente un rééquilibrage entre les différents centres du pouvoir ».

Et face à ceux qui s’inquiètent qu’il puisse vouloir rester au pouvoir, Vladimir Poutine se veut rassurant. « Ce n’est pas que je ne veuille pas. J’aime mon travail. Mais se décider à mettre en place une sorte de schéma de pouvoir qui serait inacceptable pour le pays ou pourrait le détruire, juste pour garder ses pouvoirs, c’est ce dont j’ai peur et c’est ce que je n’ai pas envie de faire », a fait savoir le président russe lundi. 

Selon le quotidien économique  Vedomosti, Vladimir Poutine n’aurait pas non plus l’intention de prendre la présidence du Conseil d’État à la fin de son mandat. L’avis général est que le président sortant chercherait avant tout à organiser un processus de transition qui lui soit favorable, pour sécuriser au mieux son avenir.

Dieu fait son retour

Mais l’élément le plus marquant de cette réforme est la mention de Dieu dans un des articles de la constitution, alors que le texte faisait jusqu’alors de la Russie « un État laïc »,  multiethnique et multiconfessionnel. 

Plus de tout cela donc, puisque la Constitution prend désormais pleinement le parti de «  Dieu  » :  « La Fédération de Russie est unie par mille ans d’histoire et par le testament que représente la mémoire de nos ancêtres qui nous ont transmis nos idéaux et la foi en Dieu comme la continuité du développement de l’État russe. »

Mais ironiquement, le texte stipule également que la Russie est la digne héritière de l’URSS, un régime pourtant profondément anticlérical. « Cela représente une nette contradiction mais que Vladimir Poutine entretient depuis plusieurs années. Et ce passage résume sa stratégie politique de s’adresser à toutes les tendances de la société russe et de les agréger : nostalgiques de l’Union soviétique, défenseurs du tsarisme et fidèles de l’Église orthodoxe », explique l’historien Naum Kleiman.

Coup de gueuleInternational

Dans l’État du Queensland 84 policiers condamnés pour violences conjugales en seulement cinq ans exercent toujours leur métier

Les services de police reconnaissent que cette violence est inacceptable. Ils refusent cependant d’expliquer pourquoi aucun de ces agents n’a été renvoyé. De plus en plus de voix s’élèvent pour pointer les problèmes de prise en compte de la parole des victimes par la police. La seule défense des services de police a été la suivante ; les violences conjugales seraient proportionnellement moins importantes chez leurs agents. Ceci n’explique pas pourquoi ces agents sont toujours autorisés à exercer leur métier.

Un problème structurel

La présence d’agents condamnés pour violence conjugales au sein des services pose de graves problèmes. Au delà de la question centrale de leur présence, il semble qu’aucune mesure n’ait été prise pour qu’ils ne s’occupent pas eux-mêmes de victimes de violences conjugales. Le système de discipline interne de la police est ici en question ; comme dans de nombreux autres pays, la police enquête sur la police. Sans surprise il est notoirement difficile de faire renvoyer un agent dans ce système. Il existe pourtant d’autres agences de forces de l’ordre dans lesquels ce genre de condamnations vaut une exclusion à vie de leur service.

Plusieurs cas récent de mauvaises gestions policières, voir de fautes graves, dans des affaires de violences conjugales ou d’agressions sexuelles ont remis cette question sur le devant de la scène. Dans un des cas les plus choquant l’ancien conjoint d’une femme l’a aspergée d’essence et menacée de l’immoler ; la police a refusé de poursuivre l’ancien conjoint. Certains spécialistes expliquent que la police considère généralement que dans ces cas de violences conjugales les deux parties sont responsables. Ils n’ont donc pas comme priorité de protéger la victime parce qu’ils ne l’identifient pas comme telle.

Coup de gueule

Une pièce sans caméras est utilisée pour tabasser et terroriser les détenus au Centre de Rétention Administrative de Vincennes

Plusieurs anciens détenus ont témoigné de l’existence de cette pièce et de ce qu’ils ont subis. Ces derniers appellent la pièce « la salle des coffres ». Certains détenus tabassés par les policiers ont des problèmes psychologique que la torture semble avoir aggravé. Les personnes ayant accepté de témoigner rapportent que les victimes de la salle des coffres ont peur de raconter les faits. Selon l’un d’entre eux ; « Ils ciblent les plus faibles : ceux qui sont fragiles psychologiquement, qui ne parlent pas français ou n’ont pas d’avocats ».

Une salle de torture au CRA

Les militants associatifs connaissent l’existence de cette salle et de ces pratiques depuis au moins un ans selon Christine Benoit. Cette dernière milite à l’Observatoire citoyen du CRA de Vincennes. Les histoires se recoupent toutes et se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Plusieurs collectifs rapportent avoir eu connaissance de cette salle. C’est le cas de militants du collectif « A bas les Cras » et de l’Assfam.

Le CRA de Vincennes possède 4504 caméras depuis 2018. Très peu de pièces du centre n’en sont pas dotés. L’une de ces salles est la salle des coffres. Cette pièce en deux partie sert notamment à prendre les empreintes et les photos et à déposer les effets des arrivants. Il semble qu’un climat de terreur se soit instauré dans le centre, en plus des horreurs quotidiennes de la détention. Les détenus rapportent leur peur d’entendre leur nom appelé au micro. Ils ne savent pas en effet si ils se rendent à une visite de l’avocat, à une entrevue, où si ils vont subir un passage à tabac.

Les policiers s’entrainent sur les détenus

Certains pointent spécialement du doigt la responsabilité des jeunes policiers et des stagiaires. En effet le centre de rétention se situe au même endroit que le centre régional de formation de la police. Ces jeunes policiers et stagiaires sont selon les détenus les plus violents et agressifs. Certains pensent que les jeunes se servent des détenus les plus fragiles pour se faire la main et s’entraîner.

Ces tortures viennent s’ajouter aux conditions atroces de la détention au CRA. Les détenus rapportent l’absence de soins, les rondes toute la nuit, la nourriture immangeable etc. Les détenus ont récemment entamé une grève de la faim pour protester contre ces conditions. Sans surprise s’en sont suivis de nombreuses visites à la salle des coffres, des réveils à lance à incendie, des coupures d’eau etc. Rappelons qu’actuellement les détenus peuvent être retenus jusqu’à 90 jours sur simple décision administrative. Ces histoires de tortures bien qu’atroces ne sont pas une surprise pour ceux qui connaissent la situation dans les CRA de France.

Coup de coeurInternational

Le FBI a annoncé sa plus grande arrestation de membres du groupe néo-nazi américain Atomwaffen depuis sa fondation en 2015

Au total cinq membres du groupe ont été arrêtés par le FBI, y compris son leader actuel. Quatre d’entre eux sont poursuivis pour l’envoi de menaces racistes et antisémites à des journalistes et militants à travers le pays. Le cinquième est poursuivit en Virginie pour sa participation à une campagne de « swatting » ; une manipulation des services de police pour envoyer une équipe du SWAT chez une cible.

Menaces, violences et assassinats

C’est le plus grand succès du FBI contre Atomwaffen depuis sa fondation il y a cinq ans. Ces militants s’étaient rencontré sur le forum néo-nazi Iron March. Cinq meurtres ont été commis en connexion avec ce groupe. Les accusés sont Taylor Ashley Parker-Dipeppe, 20 ans, de Spring Hill, Florida; Johnny Roman Garza, 20 ans, de Queens Creek, Arizona; et Kaleb Cole, 24 ans, de Montgomery, Texas. Cole semble être le chef actuel du groupe, il était également recherché dans une affaire d’arme à feu illégale.

Mercredi dernier le précédent chef d’Atomwaffen avait été arrêté ; il s’agit de John Cameron Denton, 26 ans, surnommé « Viol ». Il aurait participé au swatting d’une église historiquement fréquentée par la communauté noire. Depuis sa création le groupe a forgé des alliances avec des organisations européennes et canadiennes. Ils sont notamment connus pour leur méthodes de communications relativement bien rodées et leurs théories « accélérationnistes ». Il ne faudrait pas se réjouir trop vite. L’âge de ces militants et les attaques multiples qui ne cessent d’avoir lieu à travers le monde doivent nous encourager à plus de vigilance encore ; aujourd’hui comme hier il semble que « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. »

Airbus, licenciement
EconomieIdées

Mercredi 19 février, Airbus a annoncé son intention de supprimer 2 362 postes sur 34 000 d’ici à 2021 dans sa division Defence and Space. L’Allemagne, plus grande base industrielle d’Airbus sera la plus touchée, avec 829 postes supprimés, suivie par l’Espagne (630), la France (404) et le Royaume-Uni (357). Les 142 autres postes seront répartis entre les pays européens restants.

« Base de coûts appropriée »

« Pour la troisième année consécutive », les livraisons sont inférieures aux commandes nettes, « principalement en raison de l’atonie du marché spatial et du report de plusieurs contrats de défense », précise le nouveau directeur général d’Airbus, Guillaume Faury, dans une interview donnée à La Tribune. « Nous avons donc revu à la baisse le nombre de contrats export que nous pouvions signer », explique-t-il, admettant tout de même que « l’année 2019 a très largement confirmé une nette amélioration de l’avancée du programme. »

« Nous prévoyons de nombreuses opportunités pour notre activité spatiale. C’est pour cela que nous voulons aborder cette période avec une base de coûts appropriée à la situation du marché », se justifie ensuite monsieur Faury.

Prévisible, mais injustifiable

« On savait que les déboires du programme de l’A400M (avion de transport militaire – NDLR), dont le surcoût se chiffre à près de 10 milliards d’euros, allaient avoir des retombées sociales, singulièrement en Allemagne et en Espagne », explique, fataliste, Thierry Préfol, délégué syndical central (CFE-CGC, majoritaire) d’Airbus DS.

De plus, « l’activité spatiale a enregistré un ralentissement en 2017-2018, ce qui crée mécaniquement un creux en 2019-2020 étant donné qu’un programme satellite court sur deux années », ajoute le syndicaliste.

En revanche, « dans un contexte où le marché spatial se porte mieux et où il nous faut conserver toutes nos compétences clés », rien ne justifie qu’Airbus DS réduise ses effectifs. D’autant que la « militarisation de l’espace, voulue par Emmanuel Macron, qui plaide pour un développement de la défense spatiale » devrait tirer le marcher vers le haut, explique Thierry Préfol.

Bezos, climat
Politique

« Je suis ravi d’annoncer que je lance le Bezos Earth Fund », a écrit le fondateur d’Amazon, lundi 17 février, sur Instagram. ⁣⁣⁣ « Le changement climatique est la plus grande menace pour notre planète… Cette initiative mondiale financera des scientifiques, des militants, des ONG  tout effort qui offre une véritable possibilité d’aider à préserver et à protéger la nature. Nous pouvons sauver la Terre ».

Ainsi monsieur Bezos parle de sauver la planète, mais il faudrait d’abord la sauver de lui-même. En effet, cumulant à lui seul plus d’argent que 4 pays d’Afrique, et étant à la tête d’une entreprise dont l’empreinte carbone annuelle équivaut à 600 000 camions-citernes, on peut affirmer sans se tromper que Jeff Bezos fait partie de ces menaces qu’il veut combattre.

Plus riche que plusieurs pays d’Afrique

Les responsables du Bezos Earth Fund ont déclaré que ce fonds sera alimenté à hauteur de 10 milliards d’euros, uniquement par l’argent personnel de Jeff Bezos. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que le patron d’Amazon a les moyens de ses ambitions.

En 2018 par exemple, année où il est devenu l’homme le plus riche du monde, monsieur Bezos a amassé 19 milliards de dollars sur un an, soit plus que le Soudan du sud (3,09 milliards), le Malawi (6,74 milliards), le Burundi (3,81 milliards) et la République centrafricaine (2,23 milliards) réunis.

Double jeu

Selon le New York Times, le géant du transport à très grande échelle Amazon aurait révélé que son empreinte carbone pour l’année 2018 équivaudrait à 600 000 camions-citernes d’essence. D’aucuns diraient donc que le don de monsieur Bezos est la moindre des choses, sans compter qu’Amazon investit massivement dans les énergies fossiles.

« Nous applaudissons la philanthropie de Jeff Bezos, mais une main ne peut pas rendre ce que l’autre prend, estime l’AECJ (Amazon Employees for Climate Justice). Les habitants de la Terre doivent savoir : quand Amazon arrêtera-t-il d’aider les compagnies pétrolières et gazières à ravager la Terre ? », s’interroge le collectif, se demandant si monsieur Bezos fera preuve d’un « vrai leadership ou continuera d’être complice de l’accélération de la crise climatique, tout en prétendant essayer d’aider ».

retraites, référendum
IdéesSociété

Selon un sondage réalisé par l’Ifop (Institut français d’opinion publique) à la demande de l’Humanité et de la Marseillaise, 67 % des Français souhaiteraient que soit organisé un référendum sur la réforme des retraites.

« L’adhésion est non seulement massive mais également extrêmement peu clivée. Les Français sont pour un référendum quels que soient leur âge, leur classe sociale, leur statut public ou privé, leur situation géographique et leur préférence politique et partisane », souligne Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop.

Quelle que soit la couleur politique

L’adhésion est bien sûr plus forte à gauche, où elle atteint 84 % au PCF et chez la France insoumise, 69 % au PS et 70 % chez EELV, mais elle est également majoritaire à droite, avec 54 % chez les « Républicains » et 76 % au RN. Les électeurs se disant apolitiques sont eux favorables au référendum à hauteur de 69%. A En Marche, enfin, dans les rangs mêmes d’Emmanuel Macron, ils seraient 55 % à souhaiter que le peuple soit consulté.

« Cela signifie que les Français s’interrogent massivement sur le bien-fondé de cette réforme, et que le gouvernement n’a pas convaincu sur sa légitimité pour la mener à bien. Cela montre également que ce qui se passe actuellement au Parlement n’est pas du tout de nature à rassurer les Français. À leurs yeux, le référendum apparaît comme la meilleure façon de trancher la question », affirme Frédéric Dabi.

Quel que soit l’âge

La volonté de solliciter la population se retrouve également chez toutes les générations d’actifs. Par exemple, 70 % des 18-24 ans y sont favorable, tout comme 69 % des 25-34 ans, 68 % des 35-49 ans et 69 % des 50-64 ans.

La part est moindre chez les retraités, même si 61 % des 65 ans et plus se disent tout de même favorables à la tenue d’un référendum. « La France des actifs et des jeunes serait sur le non, à la différence des personnes âgées qui ne sont pas concernées par la réforme », explique l’Ifop.

Coup de gueuleInternational

Sept anarchistes et antifascistes accusés d’appartenir à « Set », le « réseau » en russe, ont été condamnés à de très lourdes peines

Les membres de ce supposé groupe ont été durement condamné dans une affaire de terrorisme domestique. L’enquête a été menée par le FSB et les aveux des accusés ont clairement été arrachés par la torture et les menaces. L’affaire a été jugée à Penza, 600km au sud-est de Moscou. Les accusés ont été reconnus coupables d’avoir formé une organisation visant à attaquer des cibles en Russie et de tenter de renverser le gouvernement. Pour faire bonne mesure des condamnation pour détention d’armes et de drogue ont été ajoutées.

Les procès de Penza

La condamnation semble avoir choqué de nombreuses personnes de la société civile, en plus des organisations des droits de l’homme. L’affaire est un montage évident du FSB, le service de sécurité, anciennement KGB. Il est notamment apparent que quatre des condamnés ont été tabassés et électrocutés au court de l’enquête. Memorial, la plus ancienne organisation des droits de l’homme en Russie a exigé que les accusations soient abandonnées ; « Il est clair que les poursuites des militants antifascistes de Penza font partie de mesures répressives plus larges visant les anarchistes et antifascistes et ayant fortement augmentée depuis 2017-2018 avec une visée politique ».

La figure de l’opposition Alexei Navalny a également exprimé sont horreur devant de si dures condamnations. Les jeunes hommes de 25 à 30 ont reçu des peines de 6 à 18 ans en colonie de travail. Le dossier est cependant particulièrement vide, on leur reproche principalement d’avoir joué à l’airsoft ensemble. Les militants nient même l’existence du groupe, et affirment n’avoir avoué que sous la torture. Ils ont fait appel mais sans grand espoir.

retraites, assemblée nationale
IdéesPolitique

Bien que le projet de réforme des retraites soit à l’étude à l’Assemblée nationale depuis le 3 février, les travaux n’ont pratiquement pas avancé. D’un côté, l’opposition dénonce la brutalité de LaREM, et de l’autre, la majorité crie à l’obstruction parlementaire.

Mépris et parole décomplexée

Il est notamment reproché au gouvernement de vouloir faire passer sa réforme en force. « J’ai été très surpris que la commission spéciale ne soit programmée que pour cinq jours ! s’insurge Stéphane Viry, député LR. Pour la loi Pacte ou la loi sur la bioéthique, nous avions eu plusieurs semaines. Au fond, pour En marche, le Parlement n’est qu’une chambre d’enregistrement : on comprend sa volonté de faire vite ! »

Et même lorsque les questions sont posées, les marcheurs font la sourde oreille. « En commission, nous posons énormément de questions qui restent sans réponse, regrette Boris Vallaud, député PS : emploi des seniors, prise en charge de la pénibilité, coûts financiers de la réforme, etc. »

Mais c’est le ton employé par la majorité qui indigne le plus l’opposition. « Ben moi, je trouve que c’est plutôt pas mal. Cela prouve que notre pays est attractif, cela va servir l’économie ! », avait par exemple rétorqué Éric Girardin à un député socialiste inquiet de l’activisme déployé par les compagnies d’assurances étrangères concernant la retraite par capitalisation.

Stratégie d’obstruction assumée

De son côté, la majorité reproche à l’opposition, notamment à la France Insoumise, sa stratégie d’obstruction pleinement assumée, les insoumis ayant déposé à eux seuls 19 000 amendements (sur 22 000 au total). « Nous voulions importer à l’Assemblée une part infime de la colère sociale qui s’exprime dans la rue, explique le député FI Adrien Quatennens. Nous nous sommes employés à donner quelque 20 000 occasions à l’opposition de critiquer le texte… »

Mais même au sein de la majorité, cette stratégie fait grincer des dents : « Je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure méthode, redoute un député de gauche. Il y a fort à parier que nous n’ayons pas le temps d’examiner l’ensemble du projet de loi, ce qui signifie que le texte qui arrivera en séance sera examiné dans sa version initiale : les travaux de cette commission n’auront servi à rien. »

Brexit, pêche
Idées

Pour faire pression sur Bruxelles, le Royaume-Uni a décidé d’interdire aux navires bretons et normands d’accéder aux eaux entourant les îles anglo-normandes de Guernesey, Sercq et Aurigny. Si cette fermeture perdure, les pêcheurs français devront se replier sur les eaux françaises et internationales déjà très exploitées, notamment par les Belges et les Néerlandais.

Faible valeur, mais gros volume

« Tant que Boris Johnson n’a pas vidé son sac, on ne sait pas à quelle sauce on sera mangés ! », s’inquiète Olivier Leprêtre, président (CFTC) du Comité régional des pêches des Hauts-de-France. Car même si les pêcheurs français ne réalisent que 19%, en valeur, de leurs prises dans les eaux britanniques (contre 50% pour les pêcheurs belges et 34% pour les néerlandais), en termes de quantité la part monte à 50% pour les pêcheurs bretons, et 75% pour ceux des Hauts-de-France.

Si le Royaume-Uni décidait de prolonger la fermeture de ses eaux territoriales, comme le souhaitent les pêcheurs britanniques, les conséquences se feraient donc immédiatement sentir de l’autre côté de la Manche. « Nous avons eu des échos sur la possibilité d’un compromis sur ces eaux de pêche, mais est-ce toujours d’actualité ? Une négociation reste une négociation », commente, réaliste, Frédéric Drogerys, président du Comité départemental des pêches du Nord et représentant de la CGT des marins pêcheurs.

Concurrence européenne

La situation est particulièrement préoccupante à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), où les navires français atteignent les eaux britanniques presque immédiatement après être sortis du port. Là, plus qu’ailleurs, les pêcheurs doivent donc se cantonner aux eaux françaises, une zone très restreinte, où ils subissent déjà la concurrence de leurs amis européens.

« Les Belges et les Néerlandais pêchent dans nos eaux. On risque donc de nous retrouver dans des petites zones, où les ressources seront surexploitées. Nous serons les uns sur les autres, alors que les casiers à homards, par exemple, sont incompatibles avec les chaluts de fond », prévient Olivier Leprêtre.