Société

Une manifestation de soutien à des militants anti-chlordécone tenue devant le palais de justice Fort-de-France a été réprimée par la police

La manifestation se tenait en soutien à sept personnes qui devaient passer devant la justice. Les militants anti-chlordécone ont été victimes de tirs de grenades lacrymogènes de la part de la police. La centaine de manifestants avaient débuté leur parcours à la maison des syndicat à l’appel du « Komité 13 janvier 2020 ». Le trajet devait s’achever devant le palais de justice. Le but était d’assister à la comparution des 7 militants poursuivis.

Gazage indiscriminé

Malheureusement la salle ne pouvait accueillir qu’une soixantaine de personnes. Il semble que les manifestants aient tenté de s’introduire malgré tout dans le tribunal. Les policiers ont alors immédiatement fait usage de gaz lacrymogènes. Les opposants ont alors été repoussés, mais des affrontements sporadiques ont continué pendant plusieurs heures ; jets de projectiles contre tirs de grenades.

La situation a été jugée suffisamment grave pour provoquer l’évacuation de la mairie de Fort-de-France. Les parents des élèves des écoles des environs ont par ailleurs du aller chercher leurs enfants, victimes des gaz policiers. Les transports ont également été très perturbés toute l’après-midi. Le procès des militants a du été renvoyé au 2 juin prochain. La demande avait été faite notamment du fait de la mobilisation des avocats contre la réforme des retraites. Cependant l’autre raison était évidemment les troubles en cours devant le palais. Les débats ne pouvaient se tenir sereinement dans cette situation.

International

Les groupes de suprémacistes blancs sont une force croissante dans les centres de détention de l’île du sud du pays

Leurs places fortes sont la prison de Christchurch et les centres de détention d’Otago. Sans surprise ces prisons se trouvent sur l’île du sud où la population reste très majoritairement blanche. De plus, Christchurch a une longue histoire de présence de l’extrême droite dans la ville, sans même parler de la récente attaque terroriste contre les mosquées. Au total 81 prisonniers seraient affiliés à un gang de suprémacistes blanc. Ceci représente une nette augmentation ; ils étaient 53 en 2015 et 71 en 2017.

Des nazis sur l’île du sud

Les différents groupes portent des noms évocateurs ; White Power, White Power Creed, National Front, Right Wing Resistance, 4th Reich, Skinheads, Chaos Skin, Rodent Aryan Brotherhood, Crew 38 ou les Ruthless Boot Boys. Ils sont 22 rien qu’à Christchurch, en Otago ils sont 18 et 10 à la prison de Rimutaka. Les autres prisons n’ont que quelques individus isolés. Ils ne sont par exemple que 4 à la prison de Auckland sur 500 détenus. L’un d’entre eux est le responsable de l’attaque de Christchurch.

On a donc assisté à une augmentation de 53 % de leur nombre entre 2015 et 2019. La population carcérale n’a augmenté que de 13 % dans le même temps. Le criminologue et ancien détenu Greg Newbold n’est pas surpris que leur nombre soit plus important dans l’île du sud. Dans les autres prisons, il existe une très forte population de maoris et de polynésiens. Être un skinhead y fait de vous une cible. Cette majorité de personnes de couleur est moins importante dans l’île du sud. Néanmoins il est difficile de savoir si ces chiffres sont précis ; un grand nombre d’individus ne sont recensés que parce qu’ils reconnaissent appartenir à tel ou tel gang. Certains doivent passer inaperçus.

Coup de gueuleIdées

Ces chiffres recensés sur le site bastamag.net comptabilisent tous les cas de légitime défense ou d’homicides injustifiés depuis près de 43 ans

En 2019, selon le magazine Basta !, 26 personnes ont été au cours d’une intervention des forces de l’ordre. On comptabilise donc aussi bien gendarmes que policiers. Dans deux de ces cas il s’agissait d’agents qui n’étaient pas en service. Fautes de chiffres officiels ce décompte macabre a été opéré en utilisant des sources militantes qui s’attachent à surveiller le travail des agents. On peut ainsi citer le travail de Maurice Rajsfus ou les collectifs Vies Volées et Désarmons-les. Le décompte commence le 1er janvier 1977 et s’achève au 13 décembre 2019.

Un travail sérieux et précis

Ces dernières années la police a tué 36 personnes en 2017 et 28 en 2018. L’année 2017 a été la plus meurtrière en date. L’étude souligne que contrairement à ce qu’on pourrait il n’y pas de lien apparents avec les mesures anti-terroristes. Ces interventions létales ne représentent que 3 % du décompte. On pourrait aussi s’attendre à ce que ces morts soient en réponse à une situation de crise gravissime et face à un individu armé ; il n’en est rien. Seul un mort sur quatre était armé, ce qui ne signifie même pas que l’individu ait fait usage de son arme. En réalité les situations de riposte policière face à des tirs ne représentent qu’un cas sur dix. Dans 77 % des cas les personnes n’étaient pas armées.

Les affaires de morts suite à des courses poursuites représentent elles 14 % du total et les asphyxies suite à des techniques d’immobilisation 10 %. On compte aussi près de 69 personnes qui meurent d’un « malaise » au commissariat sur la période observée. Ces dix dernières années les armes non-létales ont elles tuées 14 personnes. Si les morts suite à des opérations de maintien de l’ordre en manifestations ne sont pas si fréquentes on a cependant noté une forte augmentation des blessures graves et des mutilations depuis l’année dernière. Enfin 77 affaires sont le fait d’agents en dehors de leur service ; violences conjugales et domestiques notamment. Les agents ne sont en effet pas légalement libérés de leurs obligations en dehors de leur service. De plus depuis 2017 ils ont obtenu le droit de conserver leur arme dans un cadre privé.

Une base de donnée ouverte aux premiers concernés

Il faut ici saluer une fois de plus le travail de Basta ! L’absence de données fiables de la part du gouvernement est une constante dans les affaires violences ou de meurtres policiers. Même l’IGPN reconnaît le problème dans un rapport de 2019 ; « Cet état de fait favorisait la diffusion d’informations souffrant d’un manque de rigueur et d’objectivité et conduisait certains commentateurs à assimiler l’usage de la force physique ou armée à des « violences policières », voire à des « bavures » ». Cependant depuis rien n’a réellement changé.

Cette base de données n’a pas pour vocation à être fermée. Le but est de fournir un travail « interactif et collaboratif » selon le magazine. Il s’agit d’ouvrir ce travail aux premiers concernés et aux victimes de la police. L’opacité des procédures, les mensonges policiers et la couverture des crimes commis par l’institution devraient tous nous convaincre que personne ne nous protège de la police. La multiplication d’initiatives de ce genre est un des outils d’autodéfense face à l’arbitraire policier qui se déchaîne de plus en plus, dans les manifestations comme dans les quartiers populaires.

Coup de gueuleInternational

Les canons à eau utilisés dans la répression du mouvement social contiendraient de la soude caustique en plus de produits lacrymogènes

Le Mouvement de Résistance de la Santé affirme que l’eau des canons à eau contient de la soude caustique. Le MRS est une organisation regroupent 400 étudiants et professionnels de la santé et participants au manifestations. Le MRS explique que des prélèvements ont été analysés après que de nombreux manifestants se soient plaints de brûlures. Suite à la publication du rapport le directeur général de la police s’est fendu d’un communiqué. Selon lui la composition du liquide « respecte les standards internationaux », ce qui n’a rien de rassurant.

Le Chili n’en a pas fini avec la répression

Le rapport du MRS publié le 16 décembre dernier précise bien que l’eau utilisé par les Carabiniers du Chili pour réprimer les manifestants est loin d’être seulement de l’eau. Selon le rapport le liquide contient des produits extrêmement irritants, notamment de la capsaïcine ; le composant principal des bombes lacrymogènes. L’autre élément majeur est la soude caustique ; « un produit extrêmement corrosif lorsque utilisé en contact direct, et hors de toute normes légales dans son utilisation anti-émeute » selon le MRS.

Les canons à eau sont surnommés « guanacos », une sous-espèce de lama qui crache lorsqu’il se sent menacé. A n’en pas douter la substance utilisé par la police n’a rien d’aussi anodin ; la concentration de la capsaïcine et de la soude caustique est si forte qu’ils représentent les additifs principaux de cette « eau ». Le pH de cette « eau » est à 12 sur une échelle de 1 à 14. Ceci signifie que ce produit est ; « potentiellement létal et capable de causer de graves dégâts sur la peau, en contact avec les yeux ou par ingestion accidentelle ».

Politique

Le nouveau « monsieur retraite » du président est un macroniste de la première heure et ancien PDG de Auchan réputé pour sa brutalité

Suite aux scandales à répétition autour de Delevoye et ses conflits d’intérêts le président a choisi un remplaçant rapidement. L’homme est présenté par le gouvernement comme « issu de la société civile ». En d’autres termes l’homme est l’ancien PDG d’Auchan. Cela va être décidément difficile de convaincre la population que cette mesure n’est pas une mesure de patrons faite par les patrons.

Un patron implacable

Laurent Pietraszewski a fait carrière à Auchan depuis 1990 jusqu’à son élection comme député en 2017. Le niveau d’interconnexion des milieux patronaux et des sphères politiques a rarement été aussi évident. En 2002 l’homme s’est distingué en virant une caissière pour une erreur de caisse de 0,80€. Ce PDG qui brasse des milliards de profits avait même fait convoquer la caissière au commissariat ; elle s’était retrouvée en garde à vue. Il semble que Macron ait choisi des membres de son aile dure pour mener la réforme ; fini le temps des prétentions à la conciliation.

En 2017, Pietraszewski est « rapporteur de la Loi Travail ». Il est donc familier de l’imposition par la force de mesures réactionnaires. Rappelons-nous que cette loi était passé grâce à l’article 49-3 sous le gouvernement de Manuel Valls. Autre petit détail ; son travail cet été à Auchan lui a été rémunéré 71 872€ pour deux mois de travail. En somme, fini les faux semblants, la réforme apparaît clairement pour ce qu’elle est ; une réforme néo-libéral menée par un gouvernement pro-patronal.

Coup de gueuleInternational

Le père d’une des victimes de l’attaque du Pont de Londres condamne la récupération politique « ignoble » de Boris Johnson

Le fils de David Merritt, Jack, est une des deux personnes tuées par le terroriste Usman Khan. Ceci ne l’a pas empêché de s’attaquer vertement au premier ministre et à Priti Patel. Ces derniers tentent de se servir de cette attaque pour renforcer les outils de répression policière. David Merritt a été on ne peut plus clair ; « N’utilisez par la mort de mon fils pour promouvoir votre ignoble propagande. Jack luttait contre tout ce que vous représentez ».

Un partisan de la réhabilitation

Jack Merrit, 25 ans, travaillait pour le programme de réhabilitation « Apprendre ensemble ». Ce programme vise à aider les anciens détenus à réintégrer la communauté. Suite à cette attaque les conservateurs britanniques ont appelé à renforcer les lois antiterroristes et à fermer les frontières. Ils vont également s’en prendre aux personnes déjà condamnées pour terrorisme. Pour David Merritt, l’utilisation de l’image de son fils et de sa mort à cette fin va à l’encontre de l’engagement politique et social de son fils ; « Il était un défenseur passionné de la réhabilitation et de la justice transformatrice ».

David Merritt a partagé plusieurs tweets allant dans ce sens, notamment ceux du journaliste de gauche Ash Sarkar. Ce dernier en appelait à la population pour pointer les incohérences de la récupération politique de droite. Quelques heures après l’attaque ayant causé la mort de son fils et de Saskia Jones, Merritt avait déjà posté que son fils ; « ne voudrait pas que sa mort soit utilisée comme prétexte à imposer des peines draconiennes ou à emprisonner inutilement des gens ». Malheureusement il semble que Boris Johnson soit plus intéressé par ses gains politiques que par les volontés des victimes et leurs familles.

International

La police a découvert que des militants du parti d’extrême droite FPÖ dissimulaient des lingots d’or à la pension Enzian dans le Tyrol

La révélation a été faite par l’hebdomadaire Profil. La nouvelle s’est répandu comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux autrichiens. Le FPÖ est la troisième force politique du pays. Ils étaient au gouvernement il y a encore quelques mois. Le parti conservait apparemment ses lingots d’or dans des cassettes verrouillées.

Scandales à répétition

L’affaire est désormais connu sous le nom de « Trésor secret du FPÖ ». La découverte remonte à l’été dernier et est le fait de la police. Un raid à la pension Enzian a permis de retrouver ces cassettes. De nombreux cadre du FPÖ ont leurs habitudes dans ce cadre idyllique du Tyrol situé dans le village Sankt Jakob. Selon Dominik Nepp du FPÖ de Vienne, tout serait légal. Le chef de la section se défend de toute malversation. Selon lui l’or a été acheté par le parti au moment de la crise financière de 2008. L’objectif était de protéger les avoirs du parti d’un effondrement du système bancaire.

On ignore encore la somme exacte conservée dans ces caisses. On sait seulement que l’or se présente sous forme de lingots de 500g d’une valeur individuel de 21000 euros. De nombreux partis appellent à la transparence dans cette affaire et ironisent sur le FPÖ qui met son or à l’abri de la fin du monde. Le FPÖ était déjà en difficulté depuis la chute du gouvernement provoqué par son chef. Une vidéo montrant Heinz-Christian Strache acceptant d’offrir des marchés publics en échange d’argent était à l’origine de la chute du gouvernement. Depuis lors le train de vie de Strache a été pointé du doigt. Cette affaire a fait perdre dix points au parti aux élections de septembre. Ce n’est pas la première affaire du genre non plus ; en 2015 un livre révélait l’existence d’une cagnotte secrète du parti au Liechtenstein pour financer la politique de Jörg Haider.

InternationalSociété

Des membres Front antifasciste révolutionnaire membre du Bataillon international de libération passent en revue la situation du Rojava dans le nord-est syrien

Le mois d’octobre a été marqué par la trahison du Rojava par les États-Unis. Ce retournement d’alliance de Donald Trump en faveur de la Turquie a choqué jusqu’à ses plus fervents partisans. Depuis lors la Turquie a lancé une offensive et malgré le rétropédalage américain les combats ont causé de nombreux morts et déplacés. Un « accord » d’occupation d’une zone de territoire syrien a été « accepté » ; les ONG y signalent de nombreuses exactions et exécutions. Les informations viennent de camarades francophones du Front Antifasciste Révolutionnaire (RAF) membre du Bataillon international de libération (IFB), appartenant aux Forces Démocratiques Syriennes (FDS).

La trahison américaine au cœur du problème

La situation militaire est apparemment en cours de stabilisation. Des affrontements perdurent entre les FDS et « l’armée syrienne libre » (ASL); en réalité des supplétifs islamistes de l’armée turque. Ces derniers sont soutenus par des frappes aériennes et l’artillerie turque. Les kurdes ont été obligés de se rapprocher du régime syrien dans l’espoir que la Russie intercède en leur faveur. Néanmoins le soutiens de Damas est plus formel que concret.

La population du Rojava supporte mal de voir les soldats turques et de l’ASL patrouiller leurs rues. De véritables scènes d’intifada ont eu lieu dans cette zone occupée. Il y a quelques jours les blindés turcs ont tirés sur la foule lors de l’une de ces manifestations. De plus, le 18 novembre dernier des blindés turcs et russes ont reçus des jets de cocktails molotov. On assiste aussi à une certaine hostilité vis à vis des forces du régime syrien qui n’a jamais été un allié. L’alliance de circonstance avec les kurdes est un compromis pour survivre.

Une organisation bicéphale

La situation politique au Rojava est particulièrement compliquée. Le PYD, ou Parti de l’Union démocratique est à l’origine des milices YPG-YPJ. Il s’est cependant s’est cependant en partie fondu en d’autres structures plus petites et locales. Les deux pôles de pouvoir dans la société rojavi sont ; les FDS pour le versant militaire et le Tev-Dem pour le pôle civil. Le Tev-Dem est une structure fédérant les organisations de base, comités locaux, communes depuis 2011. Le Tev-Dem semble actuellement compter sur une intervention salvatrice de la communauté internationale depuis l’invasion du comté d’Afrin par les kurdes.

Pour les combattants francophones le Tev-Dem est en partie responsables des échecs politiques actuels. Toutefois malgré la faiblesse diplomatique du Tev-Dem les institutions rojavi sont solides. Elles continuent à gérer l’organisation de la société malgré la situation de guerre. Ainsi, hors de zones de combats les civils vivent à peu près normalement et les réfugiés sont relogés aussi vite que possible. Néanmoins plus que la résistance des institutions on assiste à une résilience populaire et une auto-organisaton pour palier aux problèmes de première nécessité. Malgré tout la situation reste critique ; le Rojava a plus que jamais besoin d’aide.

Société

Des tags racistes ou nazis ainsi que des autocollants et affiches d’organisations d’extrême droite se font plus fréquentes sur le campus de Strasbourg

La présence de l’extrême droite dans la ville n’est pas une nouveauté. Le 28 mars dernier 6 étudiants sont tabassés sur le campus par une vingtaine de membres du Bastion Social. Les fascistes sont bien équipés, portants gants coqués et barres de fer. Les étudiants agressés sont des antifascistes qui retiraient les affiches de leur organisation.

Le Bastion Social et son ancêtre, le GUD sont réputés pour leur violence et leurs agressions. Nombre de leurs militants ont été condamnés pour des agressions sur des personnes non-blanches et des personnes de gauche. A Strasbourg la riposte avait pourtant commencé à s’organiser ; la vitrine de leur bar associatif, l’Arcadia, a ainsi été brisée en septembre. Depuis l’organisation a été dissoute mais s’est reformée sous le nom Vent d’Est.

Riposte antifasciste nécessaire

En terme de présence sur les murs de la fac il semble que les antifascistes aient l’avantage. Néanmoins les tag violemment racistes, les références nazis ou au suprémacisme blanc choquent les étudiants. Actuellement deux organisations sont présentes officiellement sur le campus ; les royalistes de l’Action Française et la Cocarde étudiante. Leurs militants sont tous susceptibles d’être responsables des tags.

Ce qui se joue actuellement à Strasbourg n’est qu’une des facettes de la tentative d’implantation d’une extrême droite multiforme. Que ce soit à Lille, Montpellier, Lyon ou Paris ; la lutte antifasciste se joue aussi sur les campus. Pour ces organisations ces endroits sont le terrain idéal de recrutement. C’est pourquoi perdre ces bataille pourrait être extrêmement dangereux à court et long terme. Les fascistes empruntent depuis longtemps à Gramsci l’idée d’une lutte pour l’hégémonie culturelle et celle-ci se joue en grande partie dans la population étudiante qui forme les futurs cadres de la société.

EconomiePolitique

Qui se souvient que l’annonce de la candidature d’Emmanuel Macron en 2016 avait eu lieu à Bobigny, en Seine Saint-Denis ? Un symbole qui paraît aujourd’hui bien loin, alors que le candidat, devenu depuis Président de la République, ne cesse de droitiser son discours. Une surenchère dans les mots couplée à un véritable abandon des quartiers populaires sous son quinquennat.

Le gouvernement essaie-t-il d’acheter la paix sociale dans les banlieues alors qu’il continue à leur tourner le dos ? Afin de combattre « les difficultés hors norme » de la Seine–Saint-Denis, le Premier ministre Édouard Philippe a présenté, jeudi 31 octobre, une batterie de 23 mesures. Élément phare, le gouvernement veut notamment s’attaquer à l’important turn-over des agents de la fonction publique d’État en octroyant une prime « de fidélisation » de 10 000 euros aux fonctionnaires demeurant au moins cinq ans en poste dans le département.

Une mesure symbolique, qui masque mal une réalité simple : le 93, c’est 30 % de taux de chômage, un habitant sur trois qui vit sous le seuil de pauvreté. Et parallèlement, le même département accueille les sièges sociaux de nombreux géants du CAC 40 comme Veolia, Vinci, BNP Paribas, SFR… Sans compter l’aéroport de Roissy-CDG. C’est ce décalage qui rend la situation sociale explosive dans le département et qui rappelle crûment à quel point la question de la redistribution des richesses est essentielle.

À ce titre, le département de la Seine Saint-Denis est révélateur de l’impuissance du politique : cette dernière décennie, pas moins de 2 700 politiciens, législateurs, hauts fonctionnaires ou ministres s’y sont rendus défendre telle ou telle mesure. Pour quel résultat ?

La banlieue, c’est quoi ?

Ce que les médias et les responsables politiques nomment « la banlieue », c’est 1500 quartiers prioritaires en France, où vivent 4,8 millions de Français, soit 7 % de la population. De plus, 76 % des habitants de ces quartiers vivent dans un logement social et 40 % vivent dans la pauvreté contre 16 % de l’ensemble de la population. La banlieue, c’est donc un territoire géographique, mais aussi un territoire social : c’est l’accumulation de difficultés économiques en périphérie des grandes métropoles qui fait d’un quartier « une banlieue ». Enfin, c’est aussi un territoire mental, solidement ancré dans les représentations collectives : selon un sondage Odoxa, deux Français sur trois pensent que la plupart des jeunes de banlieue « se comportent mal ». Un avis partagé par la moitié des habitants des mêmes quartiers !

Cependant, les mesures promises il y a quelques semaines par le gouvernement pour venir en aide à ces territoires s’apparentent à une forme de « cache-sexe » : dans les discours et les actes, c’est plutôt une politique d’abandon, voire un véritable rapport de force, qui semble avoir la préférence des autorités. La récente polémique sur le voile et les propos du ministre Jean-Michel Blanquer ont creusé le divorce entre le gouvernement et les quartiers populaires.

En 2017, ces derniers représentaient un vivier de voix pour un candidat « social-démocrate » qui reprenait en partie les mots de la gauche. Aujourd’hui, avec 2022 à l’horizon, les banlieues représentent surtout un sujet de débats et de polémiques utiles pour resserrer l’électorat bourgeois urbain autour de son Président, tout en siphonnant quelques voix aux Rassemblement National, l’adversaire annoncé au second tour.

Un abandon symbolisé par la cascade de départs au Conseil présidentiel des villes. Conçu à l’origine comme une « courroie de transmission » entre l’Élysée et la société civile des quartiers, l’organisme a vu ces dernières semaines plusieurs de ses membres emblématiques claquer la porte. La polémique autour du voile dans les sorties scolaires et la position du ministre de l’Éducation Nationale ont été à ce titre un véritable point de rupture : « je démissionne, car je ne puis siéger dans une institution qui voit les humiliations que subissent les habitants des quartiers non pas pour l’endroit d’où ils viennent, mais bien pour ce qu’ils sont tout simplement » a déclaré l’humoriste Yassine Belattar dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron. « Que ce gouvernement laisse s’installer des débats qui n’ont pas lieu d’être m’a profondément choqué » a déclaré pour sa part Mohammed Mechmache, figure associative des quartiers populaires depuis les révoltes urbaines de 2005.

« La promesse initiale était que nous aurions la possibilité de rencontrer le président en séance plénière trois ou quatre fois dans l’année », explique un autre membre du CPV, Majid El Jarroudi à la tête de l’ADIVE, l’Association pour la diversité entrepreneuriale. « Or nous ne l’avons plus vu depuis le lancement du CPV. Nous n’avons donc pas pu jouer le rôle d’alerte que nous aurions dû jouer. Les premiers touchés par tous ces débats inutiles sont les habitants des quartiers prioritaires ».

EuropaCity : se faire « une virginité écolo sur le dos de la banlieue » ?

L’entretien accordé à Valeurs Actuelles au mois d’octobre ne laisse d’ailleurs aucun doute : pour 2022, le gouvernement a mis le cap à droite toute. Un revirement pour lequel les banlieues ont été jetées par-dessus bord.

Sur la question du voile, la banlieue sert d’épouvantail électoral. En économie, elle alimente le discours néolibéral sur « l’assistanat » qui « coûte un pognon de dingue ». Et sur l’écologie elle permet, à moindres frais, de verdir un mandat pour l’instant guère encourageant pour la protection de l’environnement.

Évidemment, EuropaCity c’était à l’origine l’expression d’un capitalisme marchand débridé complètement dépassé. Mais, sous la pression de l’État et surtout des différents collectifs mobilisés, le groupe Ceetrus (filiale d’Auchan) avait été contraint de revoir à plusieurs reprises sa copie : abandon de la piste de ski d’intérieur, division par trois de la surface commerciale, compensation de l’artificialisation des 80 hectares en création de parcs en Île-de-France, plantation de 4 000 arbres sur le site, objectif zéro carbone… Le rapport de force, en faveur des écologistes, avait forcé le groupe Auchan et Europacity à transformer positivement le projet.

Mais au lieu de continuer à accroître la pression pour forcer les acteurs économiques à rehausser leurs objectifs environnementaux, le gouvernement a préféré totalement abandonner EuropaCity. Et du même coup, abandonner les 10 000 emplois attendus dans tout le Val-d’Oise et la Seine–Saint-Denis. Une bonne nouvelle ?

Cela dépend pour qui. Pour les habitants de Gonesse et de Roissy, certainement pas. Pour les candidats LREM aux municipales qui devront aller chercher les voix des électeurs d’Europe Écologie les Verts, probablement. « La déception est immense, on sent un mépris du gouvernement par rapport à la banlieue, on a l’impression que le président nous marche dessus juste pour dire qu’il fait de l’écologie. L’est du Val-d’Oise, c’est le parent pauvre de l’Île-de-France. On n’a rien, pas de transports, pas de métro, on est abandonnés », a réagi Kamel Slimani, membre du Collectif des vrais gens, créé par les habitants du département qui avaient placé leurs espoirs dans EuropaCity. Même son de cloche du côté d’Ali Soumaré, conseiller socialiste de Villiers-le-Bel, pour qui « on se fait une virginité écolo sur le dos de la banlieue. Tout le monde sait que ce n’est pas EuropaCity qui va siphonner la planète, on parle de terres archi-polluées, entre des autoroutes et des aéroports. Cette décision, c’est une belle hypocrisie », peste-t-il.

Un élément supplémentaire dans le divorce entre le pouvoir et les banlieues.