Amazonie
Nos combats

Madame la Présidente,

Vous prendrez vos fonctions dans quelques semaines. Nous vous écrivons afin de vous alerter sur une situation extrêmement préoccupante pour l’avenir de la planète et, par conséquent, celui de l’humanité : la disparition de la forêt amazonienne.

 


En savoir plus et signer la pétition

bauxite bresil
International

L’exploitation polluante de la bauxite, matière première indispensable à la fabrication de l’aluminium, continue de faire des dégâts en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Dernier exemple en date au Brésil où le groupe norvégien Norsk Hydro vient d’être lourdement condamné. Pendant ce temps-là en Guinée, les entreprises chinoises continuent de polluer. En toute impunité…

La demande croissante en aluminium n’a nullement été freinée par le bras de fer économique (et douanier) entre les États-Unis et la Chine, au contraire. Une situation qui conduit a une augmentation constante du nombre de mines de bauxite sur le globe. Une exploitation en théorie réglementée et plutôt propre, mais qui donne lieu régulièrement à des dégâts environnementaux et sociaux considérables quand elle est orchestrée par des groupes peu scrupuleux.

Une nouvelle catastrophe au Brésil

Le 1er mars dernier, la compagnie norvégienne Norsk Hydro, qui détient l’entreprise locale Alunorte, a été condamnée par la justice brésilienne à une amende de 5 millions d’euros. La plus grande usine d’alumine au monde (5,8 millions de tonnes/an) est accusée de provoquer des dégâts environnementaux dans le nord du Brésil. Les autorités ont également ordonné que l’entreprise procède à la réduction de moitié de sa production et suspende l’utilisation d’un bassin provoquant une grave pollution.

En cause : les résidus de bauxite qui ont contaminé l’eau de la municipalité de Barcarena. Selon une source provenant du ministère brésilien de la Santé publique, le débordement qui a provoqué cette contamination fait courir de réels risques aux pêcheurs et autres communautés vivant dans l’Amazone. Une contamination de la terre, de l’air et de l’eau qui menace des milliers d’habitants. Une zone déjà sous-développée et qui subit de plein fouet cette catastrophe environnementale.

Guinée, la première victime

Bien sûr, l’exploitation de la bauxite peut être effectuée en respectant des normes sociales et environnementales qui protègeront la nature. Les méthodes pour faire un minimum de dégât sur la nature nécessitent la mise en place de procédures relativement classiques dans le monde minier. Cela passe notamment par la récupération, le traitement et l’assainissement des « boues rouges » toxiques provoquées par le forage. Mais certains grands groupes, notamment asiatiques, profitent de la faiblesse des États où ils opèrent pour passer outre ces mesures afin de faire des économies et accroître leurs profits. Une exploitation qui fait alors des dégâts colossaux et durables, et particulièrement en Guinée. Dans le nord-ouest du pays se trouve le plus grand gisement mondial de bauxite et il attire depuis plusieurs années les convoitises. Selon les experts, le pays possède à lui seul près de 25 milliards de tonnes, soit la moitié des réserves mondiales ! Problème : à l’instar de celui de son homologue norvégien, l’exploitant chinois China Hongqiao Group est régulièrement accusé de saccager la nature.

Outre le fait de ne pas travailler main dans la main avec les populations locales (le groupe n’embauche que très peu de main d’œuvre sur place), l’entreprise asiatique fait fi de toutes les considérations environnementales. Ce n’est pas nouveau : en 2016, les entreprises chinoises ont dû suspendre leurs activités (l’extraction de bauxite) en Malaisie pour des « raisons sanitaires ». Idem en Indonésie deux ans plus tôt. Ces deux pays ont, depuis, interdit l’exportation de la bauxite en Chine.

L’« or rouge » attire du monde et renfloue les caisses de l’État (la Guinée va toucher 20 milliards de dollars de la part de la Chine sur 20 ans), mais les puissantes entreprises chinoises polluent les eaux et ravagent des milliers d’hectares de manguiers, d’avocatiers et d’arbres à noix de cajou. Des récoltes à la fois vivrières et destinées à l’exportation. La pollution menace donc le développement de toute une région, mais aussi sa propre auto suffisante alimentaire. Enfin, l’air environnant est aussi contaminé : selon le rapport du Bureau guinéen d’études et d’évaluation environnementale (BGEEE) datant d’avril 2017, les sites de Katougouma et de Djoumaya gérés par la Société minière de Boké (SMB), un consortium guinéo -sino-singapourien, la concentration de particules fines PM10 est entre 5 et 8 fois plus élevée que la moyenne tolérée. Une toxicité qui plonge toute la région dans un désastre sanitaire.

Dans une ambiance de Far West, les groupes chinois font la loi. Ne respectant aucune législation pour maximiser leurs profits, ils profitent de la faiblesse de l’État guinéen pour imposer leurs modes de production polluants. Une situation qui pose le problème de la responsabilité de ces entreprises chinoises dans les difficultés de l’Afrique à se développer. Avec ses promesses de financements (constructions d’infrastructures financées par Pékin, taxes versées à l’Etat), Pékin s’assure une docilité des élites dirigeantes africaines. Une vassalité et une dépendance s’exercent alors : la Chine et ses entreprises deviennent incontournables, et par là même, empêchent les pays africains de sanctionner les abus de ces grands groupes.

cigarettes-1221102_960_720
Actualités

Fin décembre 2017, la Commission européenne a adopté les actes délégués de la directive tabac devant permettre de lutter plus efficacement contre le commerce illicite des produits du tabac. Ce nouveau système d’identification et de traçabilité, qui sera effectif en mai 2019, sera-t-il vraiment efficace ? Au vu de l’influence des lobbies du tabac, il y a vraiment de quoi en douter…

Petit retour en arrière : en 2012, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) tire la sonnette d’alarme et assume ses responsabilités. Devant l’incroyable trafic illégal de cigarettes aux effets dévastateurs (problèmes de santé publique, manque à gagner pour les Etats…), l’institution a décidé de lancer un protocole mondial. Ce dernier prévoit d’apposer un timbre sur chaque paquet de cigarettes afin de tracer et de contrôler toute la chaîne depuis sa fabrication jusqu’à sa vente.

 

Un décalage complet

L’industrie du tabac sera-t-elle enfin contrôlée par une institution indépendante ? Près de six ans plus tard, la réponse est malheureusement négative… Car les lobbies du tabac ont, comme bien souvent, repris le pouvoir. Dans les actes délégués de la directive tabac qui viennent d’être définitivement validés par la Commission européenne, les données ne sont plus du tout les mêmes. En effet, il a été précisé que les entreprises productrices de tabac seront pleinement impliquées dans le contrôle de leur propre marchandise. “La traçabilité du tabac doit être un outil efficace et peu cher qui permet de lutter contre le trafic illicite”, a précisé un porte-parole de la Commission comme pour mieux justifier ce rétropédalage.

 

Cette nouvelle a légitimement fait bondir les membres de l’industrie de la fourniture de systèmes de sécurité et d’authentification. Pour eux, trois points posent problème : les fabricant-e-s auront accès à la génération des codes uniques qui identifient chaque paquet ce qui leur permettra de les manipuler ou les dupliquer comme bon leur semble ; ils ou elles pourront choisir leur propre fournisseur de stockage des données mais également utiliser leurs propres fonctions de sécurité sur les paquets.

 

Une contestation sans impact

Est-il déjà trop tard pour faire changer cette directive ? Après le vote des actes délégués, les député-e-s européen-e-s peuvent encore apposer – d’ici la fin du mois de février 2018 –  leur droit de veto et exiger une révision, comme cela a été le cas récemment avec le glyphosate. Plusieurs états membres, dont la France, l’Allemagne et l’Italie, ont contesté les actes délégués adoptés, les estimant complexes et lourds administrativement. Le syndicat des distributeurs de tabac a également précisé dans une lettre adressée à la Commission qu’en l’état, cette directive allait être “lourde, coûteuse et qu’elle n’ajoutera que peu ou aucune valeur ajoutée à la lutte contre le commerce illicite”. Le lobby du tabac, habituellement prolixe dès qu’une législation de contrôle est mise en place, n’a pipé mot…

De leur côté, les ONG semblent baisser les bras. Celles qui dénoncent le jeu des cigarettiers, qui seront à la fois juge et partie de ce futur système de traçabilité, se trouvent menacées. C’est le cas de l’European Network for Smoking Prevention (ENSP) qui a haussé la voix le 15 décembre dernier à la Commission exhortant celle-ci à respecter intégralement l’engagement international découlant du protocole de l’OMS. Selon un article paru sur Mediapart, l’ENSP aurait depuis perdu sa subvention européenne ce qui menace son avenir et celui de ses 18 salarié-e-s…

 

Menace planétaire

L’industrie du tabac a tout intérêt à garder le contrôle sur la traçabilité des paquets de cigarettes : elle pourra ainsi continuer tranquillement – comme elle le fait depuis plusieurs décennies – à fournir le marché parallèle (illégal) estimé à près de 12%. En 2009, la grande enquête dénommée Tobacco Underground avait révélé le système utilisé par les multinationales du tabac qui surproduisaient dans certains pays peu regardants (comme l’Ukraine) pour alimenter volontairement le marché noir de l’Union Européenne.

Du côté de l’Argentine, l’affaire Inexto montre ce qui pourrait bientôt attendre l’Union Européenne. C’est le magazine Tribuna qui a révélé cette fraude (traduite par une plainte pénale) : Philip Morris International (PMI) a créé en 2010 Codentify, un système de traçabilité également utilisé par les trois autres grands géants de la cigarette. Pour prouver leur “honnêteté”, les quatre entreprises ont choisi en 2016 une autre société, Inexto, pour assurer le traçage. Or, des informations complémentaires remises à l’avocat Jay Clayton, chef de la SEC (le gendarme de la bourse américain) et en charge d’une enquête contre Philip Morris International (PMI), bousculent cette tranquille assurance. Dans une longue lettre, un avocat argentin attire l’attention de son confrère sur la présence de trois individus (Philippe Chatelain, Patrick Chanez et Erwan Fradet) au conseil d’administration d’Inexto. Bémol: ces trois hommes sont historiquement liés à PMI, entreprise où ils ont fait toutes leurs carrières et au sein de laquelle Codentifiy a vu le jour. C’est cette même technologie que l’Europe pourrait utiliser pour contrôler la traçabilité du tabac.

Actualités

Le football. Ses valeurs sportives et humaines. Le beau jeu et le spectacle. L’excitation des supporters et le dépassement de soi. La récupération politique aussi, malheureusement. Tout ce qui est réputé populaire se doit un jour ou l’autre d’être appréhendé, malaxé et utilisé par le pouvoir ; c’est une règle aussi ancienne que constante. Le football, souvent présenté comme le sport le plus prisé de la planète — à juste titre —, ne peut y échapper. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’année 2017 a été un grand cru en la matière.

« Soft power idéal »

« Sélection catalane non officielle », c’est ainsi qu’on appelle le FC Barcelone. Le célèbre club de football, plusieurs fois vainqueur de la ligue des champions, est la vitrine de l’identité catalane depuis sa création en 1899. Une dimension politique accrue pendant les années de franquisme, lorsque le stade était le dernier réceptacle pour parler sans crainte en catalan. Par la suite, certains dirigeants comme son ancien président Juan Laporta (à la tête du club de 2003 à 2010) ne cachaient pas leurs opinions indépendantistes.

En octobre dernier, le club catalan avait réclamé à la ligue de football une reprogrammation du match contre Las Palmas, qui devait se jouer le jour même du référendum organisé par les indépendantistes. Devant le refus des autorités footballistiques espagnoles, les responsables du « Barça » ont organisé un match à huis clos, pour inciter les supporters à se rendre au vote. Une prise de position ouvertement politique, qui pose débat en Espagne et dans le monde du sport : jusqu’où les convictions idéologiques des dirigeants d’un club peuvent-elles interférer dans les matchs ? Le sport ne devrait-il pas être une « bulle » éloignée des tensions politiques ?

Si la guerre est une autre manière de faire de la politique, le football n’est aujourd’hui qu’un autre moyen de rayonner — et influencer — en politique. C’est pour les mêmes raisons que des pays comme le Qatar ou la Russie sont prêts à dépenser des sommes folles pour organiser des coupes du monde de football. Le Kremlin se prépare déjà à recevoir la prochaine compétition l’année prochaine “Le sport est un soft power idéal car il est un symbole de puissance et de rayonnement […] et la Russie dans ce domaine est très en avance” confiait au Monde Lukas Aubin, chercheur à l’université de Nanterre.

Voyous

Il y a une chose, également, sur laquelle Moscou est en avance : la répression politique, l’incarcération d’opposants et le musèlement des voix discordantes. Mais de cela il ne sera pas question, l’été prochain en Russie. Car la Coupe du monde “est une grande chance de pouvoir présenter au monde entier notre pays sous son meilleur jour” indiquait à l’AFP Alexeï Sorokine, le directeur du comité d’organisation du Mondial 2018. Ou comment reconnaître sans le dire qu’il y a bel et bien un “mauvais jour”, celui des geôles et de la contestation sociale étouffée.

Alors que la Russie et le Qatar organisent les festivités sportives à leurs profits, d’autres régimes autoritaires au contraire préfèrent limiter les célébrations qui pourraient leur nuire. C’est le cas en République démocratique du Congo (RDC), où le président, Joseph Kabila, a empêché fin novembre dernier le club du TP Mazembe, qui venait de glaner un trophée continental, de rentrer au pays, le privant ainsi d’un bain de foule assuré. Événement en apparence banal, sauf si l’on sait qui préside le club de Lubumbashi (Katanga) : Moïse Katumbi, principal opposant de M. Kabila.

Depuis un an, celui-ci refuse de lâcher les rênes du pouvoir, alors que son mandat s’est officiellement terminé en décembre dernier. Il multiplie les manœuvres pour retarder la tenue de l’élection présidentielle et cherche à étouffer celui qui est pressenti pour lui succéder. Jusqu’à vouloir l’atteindre en allant sur le terrain du sport.

Une instrumentalisation qui n’est pas sans rappeler celle du président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a fait du football l’un des piliers de sa politique d’influence à l’intérieur du pays. Son parti, l’AKP, a mis la main sur plusieurs clubs de football et marginalise les groupes de supporters trop à gauche ou trop hostile au pouvoir. La distribution des subventions et des aides par l’État turc au monde du football dépend désormais très largement du degré de soumission au pouvoir d’Ankara. Une pression démultipliée après la tentative de putsch contre l’actuel chef de l’État, à l’été 2016. Il paraît que le football est un sport de gentlemen joué par des brutes. On sait aussi qu’il est récupéré par des voyous.

Kevin Godot

International

Une priorité : la résolution de la crise faisant rage en République démocratique du Congo (RDC) était inscrite en haut de l’agenda diplomatique français, défendu lors de la dernière Assemblée générale de l’ONU, qui s’est tenue à New York mi-septembre. En dépit de la présence de 17 000 Casques bleus rattachés à la Monusco, le plus fort contingent déployé à travers le monde, le pays africain s’enfonce jour après jour dans le chaos : les violences redoublent d’intensité et de nouveaux charniers sont régulièrement découverts, contraignant les populations à l’exil (on parle de deux millions de personnes déplacées).

En cause, le maintien au pouvoir du clan Kabila, qui depuis une vingtaine d’années détient les rouages de la RDC. Succédant à son père, Joseph Kabila refuse en effet de quitter la présidence d’un pays qu’il a mis en coupe réglée, foulant au passage la constitution qu’il a pourtant lui-même promulguée, elle qui inscrivait dans le marbre l’impossibilité de se présenter plus de deux fois à l’élection suprême.

Un accord, arraché la nuit de la Saint-Sylvestre 2016 au terme d’une sanglante répression, octroyait pourtant au jeune président congolais une année supplémentaire afin de préparer la transition. Las, le clan Kabila multiplie depuis les manœuvres dilatoires, repoussant chaque jour davantage la perspective d’un scrutin serein. Tous les coups sont permis afin de se maintenir à la tête d’un Etat dont les coffres se confondent avec les poches de la famille Kabila : prétexter un manque de budget, s’appuyer sur la dégradation sécuritaire dont elle est elle-même à l’origine ou, encore, lancer à coup de millions de dollars une campagne de lobbying internationale.

Une entreprise de déstabilisation de l’opposition

L’objectif de cette campagne est double : restaurer l’image du régime en place auprès des grandes capitales mondiales, et dénigrer les forces de l’opposition congolaise. Une société d’influence israélienne aurait ainsi été chargée par Kinshasa, moyennant plus de 5,5 millions de dollars, de retourner l’administration Trump ainsi que des membres du Congrès américain en faveur de Joseph Kabila. Pour l’heure, ces efforts restent vains et Washington semble toujours bouder le potentat congolais.

La meilleure défense, c’est encore l’attaque, doit-on se dire à Kinshasa. Alors, plutôt que de laisser parler les urnes ou même d’autoriser la tenue de sondages d’opinion, le clan Kabila se réfugie dans le dénigrement à grande échelle… et y met les moyens. Le régime en place s’est en effet offert le luxe d’une tribune dans les colonnes du prestigieux Washington Times afin d’y décrédibiliser son principal concurrent, Moïse Katumbi. Candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle, l’homme est pour l’heure contraint à l’exil, sa sécurité n’étant pas assurée au sein de son propre pays.

Selon l’article en question, au-dessus duquel le quotidien américain a tout de même jugé opportun de faire figurer la mention « contenu sponsorisé », Katumbi serait à la manœuvre pour déstabiliser la RDC, aidé en cela par un certain… Georges Soros. Le célèbre milliardaire et philanthrope américain n’en demandait certainement pas tant…

Non content de privatiser, via un tentaculaire réseau estimé à plus de 70 entreprises de par la RDC, la plupart des ressources et recettes du pays, le clan Kabila, acculé, dilapide donc les dernières recettes de l’Etat congolais dans une entreprise de déstabilisation de l’opposition aussi dispendieuse que désespérée. Sans résultats, qui plus est : malgré les attaques, malgré les calomnies, jamais l’opposition à Kabila n’a semblé si déterminée.

L’opposition plus remontée que jamais 

« Joseph Kabila est le seul obstacle à l’organisation des élections dans notre pays », a ainsi déclaré Felix Tshisekedi, le leader de la coalition du Rassemblement, appelant l’ensemble des forces d’opposition congolaises à s’unir pour obtenir le départ du président. En attendant, le régime en place a accueilli les supporters de Tshisekedi, de retour d’Europe, à coup de gaz lacrymogènes.

Moïse Katumbi, quant à lui, a déploré auprès d’un journaliste du New York Times la mort de près de trois millions de personnes dans l’Est du Congo depuis que Joseph Kabila est aux affaires. La RDC est « comme un avion sans pilote, prévient l’opposant numéro 1 et favori d’un potentiel scrutin. (Kabila) va finir par tuer tout le monde » pour se maintenir au pouvoir.

Depuis son accession à la présidence en 2001, jamais Joseph Kabila n’aura jamais régné pacifiquement sur le pays dont il a la charge. Un pays dont il a hérité de son père, Laurent-Désiré Kabila, après que celui-ci a été tué par son propre garde du corps. Sans élections en bonne et due forme, la spirale de violence ne semble pas près de s’arrêter en RDC.

Des institutions fragiles

Des élections que les institutions congolaises, largement inféodées au pouvoir, ne permettent pas d’assurer. Si les parlementaires congolais ont vu leur indépendance renforcée dès 2006, enchainant la création de comités indépendants (28) visant à enquêter sur les fraudes de l’exécutif, on assiste depuis 2009 à un démantèlement de ces contre-pouvoirs, réduits à leur portion congrue. Une tendance encore renforcée depuis 2011, année à partir de laquelle les alliés de Kabila se sont escrimés à repousser les limites constitutionnelles en faveur du président : un assouplissement des verrous posés par la Constitution qui autorise le Chef de l’Etat à conserver le pouvoir tant qu’un autre président n’a pas été élu. Ce qui, dans l’hypothèse où les élections sont repoussées aux calendes grecques, permet de facto à Kabila de conserver le trône indéfiniment.

Bertrand Percheron

ActualitésInternational

L’image d’un Laurent Gbagbo anticolonialiste et tolérant, qu’il continue d’entretenir dans certains milieux en Côte d’Ivoire et en France, ne résiste pas à l’analyse des faits. La politique conduite dans les années 2000 par l’ex-président ivoirien tient davantage d’un nationalisme dur que d’un socialisme ouvert.

Qui est Laurent Gbagbo ? Aujourd’hui, un ancien président africain jugé par la CPI pour « crimes contre l’humanité » ; hier, un chef d’Etat qui s’adonnait à la « préférence nationale » en ostracisant certaines ethnies et confessions ; avant-hier, un militant courant les hauts-lieux de l’anti-impérialisme et du tiers-mondisme dans les rues de Paris. Le « jeune » militant Gbagbo – il a une quarantaine d’années lorsqu’il entame sa virée parisienne, de 1982 à 1988 – est à l’époque clairement encarté à gauche ; il a pour compagnons de route des convaincus du socialisme. Lorsqu’il sera président de la Côte d’Ivoire, c’est décidé : il se battra pour mettre fin à la « domination » – économique surtout – de son ancienne colonie et placera les Ivoiriens au centre de son action.

Il faut croire que quelques années suffisent à faire changer un homme du tout au tout. A tort ou à raison, Laurent Gbagbo ne cherchera jamais à distendre les liens qui unissent la Côte d’Ivoire et la France. Surtout, il ne conduira jamais de programme de gauche. La souveraineté qu’il réclamait pour son peuple servira de prétexte à un repli identitaire empruntant davantage à l’extrême droite.

« Remises de mallettes à Jacques Chirac »

Lorsqu’il arrive au pouvoir en 2000, l’ancien pensionnaire des groupes de réflexion anticolonialistes souhaite tourner la page Félix Houphouët-Boigny, premier président ivoirien et partisan revendiqué de la « Françafrique » (on lui doit le mot), dont l’influence est encore très forte dans le pays. Laurent Gbagbo met en œuvre une politique dont le but initial est l’enrichissement des Ivoiriens, mais qui prendra rapidement les atours d’une politique anticolonialiste. La gestion économique du pays est revue et le partenariat privilégié avec – et au profit de – l’ancienne puissance coloniale est dénoncé ; le franc CFA, vestige du passé selon lui, est cloué au pilori aussi bien pour ce qu’il représente que parce que le pays est fortement endetté.

Derrière ce verni anti-Français, pourtant, les relations entre Abidjan et Paris ne s’interrompent jamais réellement. En 2011, on apprend ainsi par l’ex-numéro 2 du régime de M. Gbagbo, Mamadou Koulibaly – alors président de l’Assemblée nationale ivoirienne –, que trois millions d’euros auraient transité entre la Côte d’Ivoire et la France pour financer la campagne électorale de Jacques Chirac en 2002. Des propos qui rejoignent ceux de l’avocat français Robert Bourgi, conseiller officieux pour l’Afrique du président Sarkozy, qui a affirmé avoir « participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac » et remis des fonds à Dominique de Villepin, alors Premier ministre.

Laurent Gbagbo, qui dénonçait pourtant la mainmise des entreprises françaises dans son pays, a également contribué à les maintenir en place une fois au pouvoir. Comme, par exemple, en 2004, lorsqu’il octroie un véritable monopole au groupe Bolloré pour gérer le premier terminal à conteneurs du port d’Abidjan, ainsi que le chemin de fer qui permet de transporter les marchandises dans les environs. Comme, également, en 2010, lorsque Total passe un accord avec la société Yam’s Petroleum qui appartient à Pierre Fakhoury, un proche de M. Gbagbo, pour un investissement de 250 millions de dollars pour l’exploitation-production d’un bloc pétrolier ivoirien.

« Ivoirité »

Faire des ronds de jambe à l’ancienne métropole n’aurait sans doute pas été reproché à Laurent Gbagbo si, en interne, son action n’avait pas été aussi lourde de conséquences pour une partie de la population ivoirienne. Pourtant, sa vision au départ était louable ; la politique de « refondation » qu’il souhaitait mettre en place, fortement teintée de socialisme, devait poser de nouvelles bases assainies pour un meilleur fonctionnement de la société ivoirienne.

A la place, la période qui s’étend de 2000 à 2010, durant laquelle le Front populaire ivoirien (FPI), son parti, sera au pouvoir, se caractérise par une violence politique permanente. Très loin du rassemblement prôné au début, se mettent en place de véritables agoras dont la fonction est moins de faire participer la foule au débat public que de lui faire boire l’idéologie du parti. Les milices telles les Jeunes patriotes ou la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’ivoire multiplient les exactions. Leur cible principale ? Les populations du Nord.

La mise au ban de certaines ethnies ou confessions n’est pas nouvelle en Côte d’Ivoire. Elle fait partie intégrante du concept d’« ivoirité », né dans les années 1940 et remis au goût du jour au milieu des années 90 par le président Henri Konan Bédié. A l’époque, le pays compte quelque 25 % d’étrangers et, rapidement, se met en place une « méfiance identitaire » : les Ivoiriens du Nord, en majorité musulmans, tout comme les Malinkés, sont rejetés par ceux du Sud ; certains hommes politiques, comme Alassane Ouattara, en feront d’ailleurs les frais, en étant écartés de la vie publique.

« Des comportements politiques radicalement opposés à ceux défendus dans le passé »

Arrivé au pouvoir, Laurent Gbagbo a simplement repris à son compte cette doctrine d’ « ivoirité », au départ simple concept économique – des slogans publicitaires tournaient en boucle pour inciter les Ivoiriens à consommer local – qui glissera vers la plus abjecte des idéologies politiques : nationalisme culturel, identitaire et chauviniste, rehaussé de xénophobie et de racisme. Il est loin, le temps où le jeune Gbagbo rêvait de socialisme dans les rues de la capitale française.

Une question, dès lors, se pose : l’ancien président ivoirien portait-il déjà en lui ces germes nationalistes et identitaires ou a-t-il malencontreusement glissé en cours de route ? Difficile à dire. Dans Frontières de la citoyenneté et violence politique en Côte d’Ivoire (Codesria), Jean-Bernard Ouédraogo, sociologue et directeur de recherches au CNRS burkinabé, et Ebrima Sall, sociologue sénégalais, voient dans cette “plasticité idéologique”  le propre d’un “grand nombre de militants africains issus de la “gauche” et qui ont adopté plus tard des discours et des comportements politiques radicalement opposés à ceux défendus dans le passé”. Et soutiennent que jeune militant déjà, Laurent Gbagbo n’avait aucune capacité de « réflexion sur les modalités d’intégration des étrangers dans un contexte de multipartisme. »

« Clone ivoirien de Marine Le Pen »

Ce qui ne l’empêchera pas de bénéficier du soutien de personnalités de la gauche française, jusqu’à très récemment encore. Pendant la dernière campagne présidentielle, le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon – qui a toujours soutenu Laurent Gbagbo –, a même déclaré qu’il « irait [le] chercher en prison » s’il était élu président de la République. Une complaisance qui ne laisse pas de surprendre. Dans un billet publié sur Mediapart, le philosophe Alexis Dieth s’interroge : « Qu’est ce qui détermine [les réseaux de la Françafrique de gauche] à porter aux nues et à célébrer l’ethno-nationaliste Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire alors qu’ils vomissent en France l’ethno-nationaliste Marine Le Pen dont Laurent Gbagbo est le clone ivoirien ? » Bonne question.

D. Fadiga

Actualités

L’étincelle. Le 24 avril dernier, un conducteur de moto-taxi de la ville de Boké, en Guinée, est percuté par un camion. Il décèdera rapidement de ses blessures. Mais ce n’est pas n’importe quel engin qui a provoqué la mort de cet habitant : il s’agit d’un camion de transport de bauxite.

Boké fait figure d’épicentre guinéen de l’exploitation de ce précieux minerai, indispensable à la production d’aluminium. A la suite de la mort du conducteur, la ville, d’ordinaire calme, s’est embrasée : barricades dressées, pneus brûlés, caillassage de bâtiments publics et privés… Une situation révélatrice d’un ras-le-bol de la population vis-à-vis des méthodes des compagnies chinoises d’exploitation de la bauxite.

Des habitants exaspérés par les compagnies minières

Le décès accidentel du conducteur de moto-taxi a provoqué deux jours de manifestations et d’émeutes. Des bâtiments publics – mairie de Boké, palais de justice, etc. – ont été dégradés, des véhicules ont été incendiés. Une seconde victime, un jeune homme, a été tuée par balle au cours d’une émeute. Après deux jours de troubles, un clame précaire régnait toujours à Boké, dont les routes restaient barricadées et les activités paralysées.

Comment expliquer que cette ville guinéenne de plus de 100 000 habitants, connue pour être particulièrement calme et sûre, ait ainsi cédé à la violence ? A mieux y regarder, les habitants de Boké vivent depuis plusieurs mois entre coupures d’électricité et d’eau, sans oublier le chômage endémique qui frappe la ville.

En d’autres termes, les habitants de Boké ne bénéficient pas des retombées de l’exploitation de la bauxite. Les jeunes doivent souvent se contenter de petits boulots, notoirement sous-qualifiés, peu rémunérés et sans contrat de travail. Les émeutes visaient donc à protester contre une situation sociale, économique et sanitaire en décalage complet avec la prospérité attendue de l’exploitation minière.

Et pour cause : si les compagnie minières étrangères, chinoises en tête, extraient de la bauxite des sous-sols guinéens dans des proportions colossales, elles négligent bien souvent de construire sur place des usines de transformation de cette bauxite en aluminium, alors que c’est précisément par cette opération que se crée la valeur. Prenant la parole lors du Symposium des Mines de Guinée, qui s’est tenu du 9 au 11 mai à Conakry, le président guinéen Alpha Condé n’a pas dit autre chose. Selon lui, « les mines ne peuvent pas être le levier du développement de la Guinée. Nous ne contrôlons pas les prix des matières premières, fixés à Londres, Washington ou Montréal. ». Pour permettre aux Guinéens de récolter les fruits de l’exploitation de la bauxite, Alpha Condé a proposé que les compagnies qui extraient plus d’une certaine quantité de bauxite soient « obligées de construire une usine d’aluminium » sur place.

Ce n’est donc pas sans raisons que les manifestants s’en s’ont pris aux installations et équipements des principales compagnies exploitant la bauxite de Boké. Ces dernières cristallisent le mécontentement. Installée depuis près de cinquante ans dans la région, la Compagnie Bauxite de Guinée (CBG) a récemment été rejointe par la Société minière de Boké (SMB) : exportant chacune une quinzaine de millions de tonnes de minerai d’aluminium, les deux entreprises ont respectivement vu leurs panneaux solaires et leurs bureaux attaqués par des habitants de Boké excédés.

Les méthodes des entreprises chinoises contestées 

Au-delà de la faiblesse des retombées économiques, ces habitants reprochent aux compagnies minières implantées à Boké leurs atteintes à l’environnement. La pollution a explosé depuis l’arrivée des nouvelles compagnies : l’exploitation à grande échelle et le transport de la bauxite par des camions ne disposant pas de bâches dispersent la poussière de bauxite aux quatre vents. Les champs d’anacardiers et les cours d’eau locaux sont contaminés, empirant encore, s’il le fallait, les désastreuses conditions de vie des habitants.

La situation à Boké n’a rien d’un accident de parcours, hélas. Elle ne tient pas à la négligence occasionnelle de chefs de chantier peu scrupuleux. Mais pour comprendre pourquoi l’exploitation de la Bauxite à Boké cause de graves atteintes environnementales, il faut tout d’abord s’interroger sur la nature des compagnies en question.

Créée en 2014, la SMB est, en effet, aux mains d’un consortium regroupant l’Etat et un groupe guinéens, mais, surtout, deux entreprises chinoises : Winning Shipping Ldt et Shandong Weiqiao. Les entreprises chinoises se sont ruées sur la Guinée, qui détient entre un et deux tiers des réserves mondiales estimées de bauxite. Une bauxite qui est ensuite envoyée en Chine, le pays concentrant 56% du marché final de ce minerai et produisant la moitié de l’aluminium dans le monde.

Mais avant de jeter leur dévolu sur la Guinée, les entreprises chinoises ont d’abord prospéré en Indonésie et en Malaisie. Avant que la première ne stoppe ses exportations de minerais en 2014, afin de contraindre les groupes miniers à les transformer sur place, et que la seconde ne suspende, en 2016, l’extraction de bauxite en raison des immenses dégâts environnementaux causés par les sociétés chinoises.

Malgré ce triste précédent, le pays dirigé par Alpha Condé a ouvert grand ses portes à la Chine. En 2015, la Guinée a ainsi signé un accord avec le mastodonte chinois China Hongqiao Group afin de sécuriser son approvisionnement en bauxite : 10 millions de tonnes de minerais devraient ainsi être extraites. Et ce même si la santé financière du géant chinois a fait l’objet, en avril 2017, d’une alerte sérieuse.

Pour les économistes de renom Christian de Boissieu et Patrice Geoffron, qui ont produit un rapport accablant la présence chinoise en Guinée, « cette progression s’est faite au prix d’un traitement ”asymétrique” des différents opérateurs. Par exemple, la CBG contribue (..) au budget de l’Etat pour 10,5 dollars par tonne de bauxite exportée, tandis que la SMB ne paie que 4 dollars ». Surtout, insistent les économistes, « ce privilège donné aux gros volumes et au développement rapide ne constitue pas, à l’évidence, un encouragement pour d’autres investisseurs susceptibles de s’engager en Guinée pour des volumes moindres, mais avec des process plus responsables ».

Traduction : comme ils l’ont fait en Asie du Sud Est, les groupes miniers chinois pillent les sous-sols guinéens sans sembler se soucier des retombées environnementales, sociales et économiques de leurs activités. Si de nouveaux accès de fièvres ne sont pas à souhaiter, de prochains Boké sont certainement en préparation dans le pays d’Alpha Condé.

Actualités

« Retour de crise en Côte d’Ivoire ? » : dans un long article, paru le 18 janvier, le quotidien français Libération revenait sur les évènements qui ont émaillé ce début d’année au sein du pays d’Afrique de l’Ouest. Alarmiste, le journal évoquait des « mutineries à répétition et (la) colère sociale » qui auraient formé un « cocktail explosif (…) révélant les failles du ”miracle économique” » ivoirien.

Le régime est-il vraiment en train de « vaciller », comme l’écrit Libération ? A l’instar de nombreux médias occidentaux, le journal français semble avoir choisi de dramatiser une série d’évènements qui, pour être sérieux, n’en sont pas pour autant révélateurs d’une quelconque crise de régime. En replaçant ces incidents dans le contexte local et historique duquel ils ne sauraient être distingués, ceux-ci témoignent, au contraire de ce que certains journalistes semblent vouloir leur faire dire, de la résilience de la démocratie ivoirienne. En d’autres termes, ces incidents, certes malheureux, ne sauraient être interprétés comme un quelconque retour aux années sanglantes qu’à traversées le pays entre 2000 et 2011. La Côte d’Ivoire a tourné la page.

Une gronde sociale sans commune mesure avec les années sanglantes

« Que se passe-t-il en Côte d’Ivoire ? », demande Libération. Entre le 5 et le 7 janvier, des soldats issus des ex-Forces armées des Forces nouvelles (FAFN) ont bruyamment manifesté dans plusieurs villes du pays. Des blocages ont lieu, comme sur le port d’Abidjan. Des coups de feu sont, effectivement, tirés en l’air. A Yamoussoukro, des affrontements font deux victimes. Les membres des ex-FAFN, qui avaient participé aux opérations de sortie de crise entre 2007 et 2011, demandent le paiement de primes promises par l’Accord de Ouagadougou, non versées depuis. Ils exigent également une amélioration de leurs conditions de vie. Il n’en fallait pas moins pour réveiller, au sein de certaines rédactions, le souvenir de la crise de 2011.

Parallèlement, une partie des fonctionnaires ivoiriens se met en grève et demande à son tour « des revalorisations salariales et le paiement de primes d’arriérés de salaires ». Un mois après les premières tensions, le 7 février, des militaires tirent à nouveau des coups de feu à Adiaké, à une centaine de kilomètres d’Abidjan. Eux aussi réclament de nouvelles « primes ».

Sur le terrain social, les mois de janvier et de février ont donc incontestablement été « chauds » en Côte d’Ivoire. Un peu à la manière du mois de mai français, traditionnellement émaillé de manifestations, grèves et autres blocages – quand il ne s’agit pas, comme au printemps 2016, d’un long et violent mouvement social s’étendant sur plus de quatre mois contre la loi sur le travail. Certes, les manifestants français tirent rarement des coups de feu en l’air pour attirer l’attention sur leurs revendications. Mais il convient, ici et encore, de replacer les évènements ivoiriens dans leur contexte.

Il y a seulement quelques années, entre 2010 et 2011, la Côte d’Ivoire vivait sous la terreur de « l’article 125 ». Un article officieux, interprété par les partisans de Laurent Gbagbo comme un blanc seing donné aux exécutions extrajudiciaires à l’encontre de toute personne suspectée d’être un opposant. Dans tout le pays, des jeunes gens sont arrêtés dans la rue, roués de coups, avant d’être aspergés d’essence et brûlés vifs – « braisés », selon la sinistre expression en vogue à l’époque. D’autres sont violés, lapidés, froidement assassinés à l’arme blanche ou d’un coup de fusil. Sept ans plus tard, et si tirer des coups de feu en l’air reste condamnable – et officiellement condamné par toutes les autorités civiles et militaires du pays –, on se rend compte du chemin accompli par la Côte d’Ivoire.

Les militaires présentent leurs « excuses à la nation »

En quelque sorte, la relative basse intensité des conflits sociaux que traverse la démocratie ivoirienne depuis le début de l’année témoigne des succès de l’entreprise de réconciliation nationale engagée par Alassane Ouattara depuis son élection, en mai 2011. Une réconciliation qui semble toujours être le maître-mot pour déminer les tensions en 2017.

Le dialogue immédiatement installé avec les militaires a permis un rapide retour à la normale. 8 500 d’entre eux ont reçu des primes à hauteur de 12 millions de francs CFA. La ville de Bouaké a été le théâtre d’une « cérémonie du pardon », le 25 janvier. Quant aux fonctionnaires, leur intersyndicale a été reçue par les autorités ; les discussions se poursuivent au sein du Conseil national du dialogue social. Enfin, les « représentants (des soldats ayant ouvert le feu le 7 février) ont reconnu avoir adopté une attitude contraire aux règles de leur métier. Ils ont mis un terme à ces manifestations (et) exprimé leur regret puis présenté des excuses à la nation », selon un communiqué du chef d’état major des armées, publié deux jours après les altercations.

Alors que la Côte d’Ivoire est devenue, à la faveur de plusieurs années d’importantes réformes structurelles, la locomotive de l’Afrique de l’Ouest, affichant une insolente croissance de 8,5% en moyenne depuis 2012, il convient de ne pas surinterpréter les incidents récemment survenus. Après des années de crise – crise démocratique, crise militaire, crise économique –, les Ivoiriens s’emparent progressivement de leur destin commun. Les dernières élections législatives, organisées le 18 décembre et qualifiées par l’ONU de « pacifiques » et « d’inclusives », sont la preuve que la Côte d’Ivoire en a fini avec ses vieux démons. « La Côte d’Ivoire s’achemine fermement vers une paix et une stabilité durable », a déclaré l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon. Un processus de long terme, qui ne saurait succomber à quelques coups de feu tirés vers le ciel.

Texte proposé par M. Vauban

Actualités

Alors que des scandales sanitaires mettant en cause l’industrie agro-alimentaire font régulièrement la Une de l’actualité, les partisans du bio se sentent pousser des ailes. Les excès du modèle qu’ils combattent sont la preuve, selon eux, que l’alternative qu’ils proposent est la seule viable. Une erreur. Le bio ne peut pas devenir la norme.

Depuis plus d’une décennie, le bio est entré dans les esprits – et parfois dans les mœurs – grâce à la bonne image dont il bénéficie auprès du grand public. Les chiffres montrent que sa croissance en France est exponentielle, le marché atteignant les 6,9 milliards d’euros fin 2016. L’Agence BIO estime que 5,8 % de la surface agricole utile en France est occupée par l’agriculture biologique.

Pourtant, il existe un hic de taille. Le bio ne peut en aucun cas nourrir l’ensemble de la population mondiale, estimée à plus de 9 milliards d’individus en 2050. Les terres cultivables sont par ailleurs de moins en moins nombreuses, colonisées par les villes et autres infrastructures humaines (routes, autoroutes, voies ferrées et aéroports).

Il faut produire plus avec moins d’espace disponible. Déjà, en 2007, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUE) écrivait : « Répondre à la demande alimentaire mondiale croissante impliquera soit une agriculture intensifiée (en utilisant davantage de produits chimiques, d’énergie et d’eau et des cultures et des espèces plus efficaces) ou de cultiver plus de terres ». Les pratiques bio n’entrent pas dans l’équation.

Il s’agit d’une niche destinée aux populations les plus riches et, paradoxalement, aux populations rurales les plus pauvres, n’ayant d’autre choix que d’entretenir un potager pour se nourrir. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ne dit pas autre chose, quand elle affirme que « le potentiel de l’agriculture biologique n’est pas suffisant, loin s’en faut, pour nourrir le monde ».

Peut-on en vouloir aux écolo-bobos de défendre coûte que coûte leur raison d’exister ? Sans doute pas, non, même si l’on peut regretter que les théories des ayatollahs du bio infiltrent parfois des sphères censément sérieuses, et finissent pas être assimilées par le grand public. Ainsi, la peur des produits chimiques, alimentée par les écolos, conduit à des prises de position partisanes de la part d’organisations comme le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC).

Cette agence de l’OMS, basée à Lyon, est partie en croisade contre le glyphosate, un produit que l’on retrouve dans la préparation de nombreux herbicides, sans lequel nombre d’agriculteurs ne pourraient tout simplement plus exercer. Jugé « probablement cancérigène » par le CIRC, le glyphosate fait désormais peur à tous… sauf à l’ensemble des autres agences de santé, qui ont toutes souligné sa non-nocivité ! Le monde de demain ne peut pas se construire sur des croyances, aussi séduisantes soient-elles. Il en va de l’avenir de milliards d’habitants.

Article proposé par Christian Dufour