famine, Afghanistan
International

Un récent rapport des Nations unies a révélé que 22,8 millions d’Afghans sur 38 millions sont dans une situation d’insécurité alimentaire aiguë, voire, pour certains d’entre eux, de famine avérée. Pour pallier cette pénurie, l’Organisation de la coopération islamique (OCI) a créé un fonds humanitaire, qui devrait être opérationnel à partir de 2022. 

Système de coupons

En attendant la mise en place du fonds, les talibans ont instauré un système de coupons permettant d’acheter de la nourriture. Mais encore faut-il être parmi les quelques chanceux à en recevoir un. Saïd Khan, qui s’était pourtant levé à 3h pour obtenir le sien, n’a pas eu cette chance. « On nous a dit de revenir dans dix jours. Je ne sais comment je vais faire, s’inquiète-t-il. J’ai cinq enfants et je ne n’arrête pas de demander à l’épicier de me faire crédit. On ne meurt pas de faim, mais souvent notre repas, c’est du thé avec un peu de pain. »

« Ce qu’on perçoit n’est pas suffisant, déplore non loin de là Walioullah, ancien soldat de l’armée afghane.  Avant, je touchais 16 000 afghanis par mois. Maintenant plus rien ».

Tensions entre Islamabad et les talibans

Alors qu’il apparaissait comme le plus fervent soutien du régime taleb, le Pakistan a récemment pris ses distances, notamment depuis que Zabihullah Mujahid, l’un des porte-parole de l’émirat islamique, a déclaré que le Pakistan n’était « pas un “État islamique” ».  

« Si des mesures ne sont pas prises immédiatement, l’Afghanistan sombrera dans le chaos », a prévenu le premier ministre pakistanais, Imran Khan, à l’occasion de la réunion de l’OCI, dimanche à Islamabad. « Beaucoup (de pays) veulent donner, mais ne veulent pas le faire directement »  aux talibans, a pour sa part déclaré le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mahmood Qureshi. 

A l’occasion de cette réunion, les 57 Etats membres de l’Organisation de la coopération islamique se sont tout de même mis d’accord pour créer un fonds d’affectation spéciale humanitaire pour l’Afghanistan, qui devrait être opérationnel d’ici au premier trimestre 2022.

Ahmad Massoud, Afghanistan
International

Lundi 6 septembre, le principal porte-parole taliban, Zabihullah Mujahid, a annoncé que ces derniers avaient pris le contrôle de tout le territoire afghan, et donc également de l’« imprenable Panchir ».

Fin de la guerre

« Avec cette victoire, notre pays est désormais complètement sorti du marasme de la guerre. Les gens vivront maintenant dans la liberté, la paix et la prospérité », a fait savoir Zabihullah Mujahid dans son communiqué.

« Des insurgés ont été tués et le reste a fui. La respectable population du Panshir a été sauvée des preneurs d’otage. Nous lui assurons que personne ne fera l’objet de discrimination. Ils sont tous nos frères et nous travaillerons ensemble pour un pays et un objectif », a ensuite promis le porte-parole. «  Quiconque tente de créer une insurrection sera durement réprimé  », a-t-il toutefois prévenu.

Tout n’est pas perdu

«  Mes compatriotes, où que vous soyez, à l’intérieur ou à l’extérieur, je vous appelle à déclencher un soulèvement national pour la dignité, la liberté et la prospérité de notre pays  », a appelé le chef de la résistance panshirie, Ahmad Massoud, dans une vidéo publiée sur Facebook. Selon lui son groupe, le FNR (Front National de Résistance), détiendrait encore des « positions stratégiques » dans le district d’Andarab (province de Baghlan), qui lui permettront de « continuer » la lutte.

Cet appel fait suite à celui que le résistant avait transmis au président français fin août par l’intermédiaire de Bernard Henri-Lévy : «  Ne nous abandonnez pas. Dites au président Macron (…) que la France est notre dernier recours, le seul espoir qui nous reste », implorait alors Ahmad Massoud.

Afghanistan, renvoi, exilés
International

Malgré la détérioration de la situation en Afghanistan, et l’inexorable avancée des talibans, quelques pays européens refusent de suspendre le renvoi des exilés afghans en situation irrégulière.

«  Besoin urgent d’effectuer des retours  »

« Nous voudrions souligner le besoin urgent d’effectuer des retours, à la fois volontaires et involontaires, vers l’Afghanistan, on fait savoir les ministres des six pays expulseurs (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Grèce, Autriche et Belgique) dans un communiqué. Vu la probabilité que l’Afghanistan continue d’être une source importante de migration irrégulière vers l’UE, nous tenons à souligner l’importance de renvoyer les personnes sans véritable besoin de protection. De plus, l’arrêt des retours envoie un mauvais signal, susceptible de motiver encore plus de citoyens afghans à quitter leur foyer pour l’UE. »

Déléguer l’asile à la Turquie

Bien que l’Allemagne et les Pays-Bas se soient rétractés depuis la publication de ce communiqué, annonçant qu’ils suspendaient les expulsions vers l’Afghanistan, il n’en est rien de la Belgique. Le secrétaire d’État belge à l’Asile et la Migration, Sammy Mahdi, a d’ailleurs insisté sur le fait que «  ces personnes devraient être accueillies dans la région en premier lieu. Il est important que les migrants fuyant la guerre puissent bénéficier d’une protection à proximité. Si nous pouvons faire en sorte que la Turquie soit un pays tiers sûr pour les Afghans, alors c’est un bon moyen de gérer les flux migratoires. Ce que nous avons déjà fait avec l’accord sur la Turquie, c’est offrir une meilleure protection aux Syriens qui demandent l’asile en Turquie. Ils obtiennent alors un statut de réfugié robuste. Au niveau européen, nous devons maintenant voir dans quelle mesure nous pouvons étendre cet accord aux réfugiés afghans. »

Décourager les futurs migrants

Selon le commissaire général belge aux réfugiés et apatrides, Dirk Van den Bulck, « il y a encore des situations où une personne peut retourner. Rien ne permet de dire que chaque personne originaire de Kaboul est dans une situation de risque réel. »

Mais pour le directeur d’Amnesty International Belgique (section francophone) Philippe Hensmans, le gouvernement veut avant tout «  montrer que, même dans la situation la plus grave, la plus difficile qui existe, on renvoie quand même les gens vers leur pays, en espérant que ça serve d’exemple pour d’autres pays. En prenant un exemple aussi radical, on espère décourager toutes les arrivées. »

Coup de gueulePolitique

La semaine dernière, une jeune femme de tout juste 27 ans avait été accusée d’avoir brûlé le Coran. Celle-ci a été ensuite lynchée par ses compatriotes à Kaboul. Un meurtre terrible qui a suscité la colère de nombreuses personnes conduisant ainsi à diverses manifestations.

Accusée d’avoir brûlé un exemplaire du Coran, Farkhunda a été tuée la semaine dernière suite à un lynchage des plus horribles. En effet, celle-ci a été battue à mort, brulée avant de se voir jetée dans le fleuve de Kaboul après son décès. Des images et des vidéos du massacre ont circulé sur les réseaux sociaux et à la télévision.

La foule s’est rassemblée pour les funérailles de la jeune femme dimanche dernier et cas exceptionnel, des femmes portaient son cercueil. La foule a ainsi demandé à ce que les responsables de cet acte barbare soient condamnés pour leur crime. Il s’est avéré que la jeune femme était innocente.

Près de 200 personnes ont ainsi manifesté ce lundi à Kaboul près du lieu où la jeune femme a été incendiée. Des femmes portants le portait ensanglantée de la jeune femme en guise de masque, des manifestants avec des slogans accusant le gouvernement et les autorités policières faisaient parti du lot. Un moyen de leur faire prendre conscience de l’énormité de cet acte.

Politique

Les dernières interventions militaires se sont-elles toujours révélées conformes aux intérêts de la nation ? En France, l’article 35 de la constitution prévoit que le président décide de l’engagement des forces armées. Pour quels motifs le chef de l’Etat s’est-il engagé sur l’Ukraine, au Mali, ou encore en Centrafrique ? Alors que le chef de l’Etat est de plus en plus impopulaire, de nombreuses personnalités interpellent François Hollande sur le choix de la politique étrangère. De l’apparition malheureuse du droit d’ingérence de Bernard Kouchner sur France 2, aux mots durs de Jean-Yves Ollivier contre la diplomatie de l’émotion, en passant par les constats lucides de Dominique de Villepin, les décisions du conseil de défense du 25 septembre sur le conflit au Moyen Orient sont ouvertement contestées.

Sur le plateau d’On N’Est Pas Couché, l’ancien ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner avait accepté de revenir sur la notion d’ingérence, peut-être pour mieux expliquer la décision de soutenir les Etats-Unis dans leur coalition en Irak et en Syrie… Aymeric Caron, l’animateur bien connu  du PAF pour son impertinence, a préféré mentionner de vieux dossiers plutôt que de servir la soupe à la propagande d’Etat. Pendant les questions de la seconde journaliste, le fondateur de Médecins sans frontières aura tout de même pu scander : « on ne peut pas rester indifférent à la barbarie » ! Un bon slogan pour suivre la politique belliciste  américaine.

Sur d’autres canaux de communication, des voix dissidentes comme celle de Dominique de Villepin ont critiqué la stratégie géopolitique de l’Elysée. Dans une part d’autocritique, le second locataire du Quai d’Orsay et ancien Secrétaire Général de la présidence considère  « qu’il serait temps que les pays occidentaux tirent les leçons de l’expérience. Depuis l’Afghanistan, nous avons multiplié les interventions militaires, pour quel résultat? Il y avait en 2001 un foyer de terrorisme central? Un. Aujourd’hui? Une quinzaine». La plus haute autorité de l’Etat dispose d’une compétence réservée sur les questions de défense, et pourtant elle adopte souvent une attitude suiviste à l’égard de la ligne diplomatique outre-Atlantique.

Dans une chronique du Nouvel Obs, Jean-Yves Ollivier se demande : « Que se passera-t-il si, demain, la place Rouge se transforme en un autre Maïdan envahi par les supporteurs subventionnés des valeurs occidentales » ? L’ancien collaborateur de François Mitterrand et de Jacques Chirac incarne ainsi le scepticisme qui gagne l’opinion. En effet, la 13è étude des Transatlantic Trends, publiée le 10 septembre 2014, nous enseigne « qu’une majorité d’Américains (53%) désapprouve la politique étrangère de Barack Obama » et que « le soutien européen à cette politique, bien que toujours majoritaire, a baissé de 5 points depuis 2013 (passant de 69% à 64%) ».