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Selon la Banque mondiale, en 2013, 1,2 milliard d’êtres humains n’avaient pas encore accès à l’électricité. La plupart d’entre eux vivent en Afrique subsaharienne et en Asie, dans des pays comme le Soudan, l’Inde ou le Bangladesh. Parmi eux, huit sur dix vivent en milieu rural. Et 2,8 milliards d’individus continuent de brûler du bois afin de se nourrir et de se chauffer. En d’autres termes, les besoins sont immenses, et les investissements nécessaires pour les couvrir colossaux. Colossaux mais pas toujours au rendez-vous, même si des idées prometteuses commencent à émerger.

Des investissements dans l’énergie en baisse

C’est l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui le dit : les investissements dans l’énergie ont baissé de 8% en 2015. Une chute dont la cause réside dans celle des dépenses consacrées au gaz et au pétrole : le prix du baril étant passé de cent à une quarantaine de dollars, les compagnies pétrolières ont drastiquement réduit leurs investissements (-25%). Elles devraient faire de même en 2016. « Même si les différents marchés mondiaux sont généralement bien approvisionnés aujourd’hui, les tendances relevées sur les investissements incitent à la vigilance sur la sécurité énergétique », met en garde l’AIE.

Au contraire du secteur pétrolier, l’AIE se félicite d’un niveau record atteint par les investissements dans l’électricité en 2015. Ces derniers ont augmenté de 4%, pour dépasser les 680 milliards de dollars, 60% étant dirigés vers de nouvelles capacités de production et 40% dans les réseaux. Surtout, « un tournant majeur vers la génération d’électricité bas carbone est en cours », remarque avec satisfaction l’AIE, qui note également la stabilité des investissements dans les énergies vertes, à 313 milliards de dollars.

600 millions d’Africains toujours privés d’électricité

Les initiatives, en effet, ne manquent pas. C’est le cas en Afrique, continent qui comptera 2,8 milliards d’habitants en 2060, soit plus du quart des 10 milliards d’individus qui peupleront alors la planète. Or une grande partie des populations africaines est encore, aujourd’hui, privée d’accès à l’électricité – on avance le chiffre de 600 millions de personnes. L’accès à l’électricité représente donc un défi d’ampleur en Afrique, défi que tente de relever l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo. L’infatigable homme de réseaux parcourt aujourd’hui la planète pour convaincre de l’utilité d’une Agence africaine d’électrification, projet qui a reçu l’aval des chefs d’Etat des 54 pays du continent. A la tête de la fondation Energies pour l’Afrique, Jean-Louis Borloo s’en va répétant que« l’Afrique peut être un formidable relais de croissance pour nous Européens, mais à une unique condition : qu’elle ait accès à l’électricité ». Il n’hésite pas à fixer des objectifs ambitieux, comme faire passer l’Afrique « de 25% à 100% d’accès à l’énergie et à la lumière en une petite décennie ». Il faudra en effet rien de moins qu’un véritable « plan Marshall » pour électrifier l’Afrique, comme l’appelle son concepteur. Car aujourd’hui, le continent produit moins d’énergie qu’un pays comme l’Espagne.

La Banque africaine de développement (BAD) travaille également à l’électrification du continent. Dès sa prise de fonction, en 2015, son président, Akinwumi A. Adesina, affirmait travailler à un Pacte pour l’énergie en Afrique, d’un coût de 4,2 milliards de dollars. L’objectif assumé, ici, est de contribuer à rendre possible l’accès à l’électricité de près de 700 millions d’Africains. La BAD pense aussi faisable de fournir, en Afrique, une énergie issue de sources renouvelables à 90%. Mais en Asie centrale également, les initiatives et projets fleurissent.

Astana EXPO-2017, « l’énergie de l’avenir »

Astana, la capitale du Kazakhstan, accueillera du 10 juin au 10 septembre prochain l’EXPO-2017, un événement s’inspirant des expositions universelles, entièrement consacré à « l’énergie de l’avenir ». Non contente d’ambitionner intégrer le Top 50 des villes intelligentes, ces « smart cities » les plus développées au monde, Astana va devenir, le temps de trois mois, l’épicentre de la réflexion en matière de transition énergétique.

Les thèmes abordés prendront la forme d’autant de défis à relever : un défi économique, en travaillant sur la nécessaire efficacité énergétique et la rationalisation de notre consommation d’énergie ; un défi environnemental, qui était déjà au cœur de la COP21 de Paris, celui de la réduction des émissions de CO2 au niveau global ; un défi social, visant à favoriser l’accès à l’énergie de tous les humains. Etre raccordé à l’électricité pourrait, à terme, être élevé au statut de droit fondamental. Car si rien n’est fait d’ici 2030, ce sont 12% des habitants de la Terre qui vivront sans électricité et plus de trois sur dix qui ne bénéficieront toujours pas de moyens de cuisson modernes. Une fracture technologique qui aura pour première conséquence d’aggraver une autre facture, économique et sociale cette fois.

Coup de gueuleEconomiePolitique

conventionLors de la conférence des ambassadeurs, François Hollande et Laurent Fabius ont rappelé l’importance pour la France de tenir sa place dans le monde. C’est en partageant ce constat que le Franco-marocain Richard Attias organise depuis trois ans un forum au Gabon dans le but de développer le commerce international avec le continent le plus prometteur de cette dernière décennie. Une analyse qui a d’ailleurs été validée dans le dernier rapport sur l’impact économique de la francophonie, de l’économiste de Planet Finance Jacques Attali …

Actuellement le déficit extérieur de la France se chiffre à 29,2 milliards d’euros, seulement sur le premier semestre de l’année. C’est pourquoi quand la conférence des Ambassadeurs 2014 se rassemble à l’Elysée, François Hollande rappelle qu’il a désormais confié à Laurent Fabius le soin de rétablir la balance commerciale, en lui donnant la consigne de «n’écarter aucun pays» !

Une mission d’autant plus stratégique que la France connaît une croissance nulle pour le second trimestre consécutif, et se prépare à rentrer en récession. Pour pouvoir enfin voir le retournement opérer, les socialistes comptent désormais sur les capacités des entreprises à exporter, comme le rappelait notamment Manuel Valls à l’université du MEDEF

L’homme d’affaires Richard Attias partage ce sentiment et développe justement depuis de nombreuses années les relations économiques entre les deux rives de la Méditerranée. Dans une interview accordée à Slate Afrique, il nous explique pourquoi il a fait le pari de l’Afrique, « un continent qui représente 54 pays et 2 milliards d’individus d’ici à 2050, et qui doit à marche forcée se doter d’infrastructures, développer son agriculture, l’éducation et les hôpitaux ».

Autant de secteur, où l’excellence française est reconnue ! C’est pourquoi, en plus des liens culturels et historiques, cette piste est également privilégiée par Jacques Attali. Pour l’auteur du rapport sur l’impactéconomique de la francophonie, remis à l’Elysée il y a quelques jours, «il faudrait aller vers une union francophone potentiellement aussi forte et intégrée que l’Union européenne afin de renforcer la coopération sur des secteurs économiques essentiels»…

Le plus difficile sera d’assurer le passage des incantations aux actions. Une nécessité pourtant vitale tant pour l’économie française que pour la population africaine encore trop souvent victime de la grande pauvreté…

Coup de gueulePolitique

Depuis la découverte d’Ebola il y a 40 ans de cela, la situation actuelle est la plus alarmante de toutes. Conscient de cela, la Banque Mondiale décide de mobiliser 200 millions de dollars pour lutter contre l’épidémie.

La somme est destinée à gérer les cas d’urgence au Libéria, à la Guinée et à la Sierra Leone. Selon les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé, sur les1 603 cas enregistrés, 887 malades ont trouvé la mort. Parmi ces personnes, 358 sont des Guinéens, 255 des Libériens, 273 des Sierra Leonais et un dernier nigérien.

Selon le président du BM Jim Yong Kim, cette épidémie met en danger un grand nombre de vies humaines si elle n’est pas gérée comme elle se doit. C’est d’ailleurs pour lutter contre ce danger que l’institution financière décide de porter secours aux victimes. La Banque Mondiale annonce son appui lors de la réunion États-Unis/Afrique à Washington. Plusieurs chefs d’État africain étaient présents à ce sommet.

Politique

Près de 660 euros ont trouvé la mort en Afrique de l’Ouest suite à la propagation massive de la fièvre Ebola d’après les déclarations de l’OMS.

L’épidémie de l’Ebola fait ravage en Afrique et continue à se propager vers Guinée, Libéria, et Sierra Leone. Actuellement, Sierra Leone détient le plus grand nombre de cas avec 454 cas détectés dont 219 mortels. Un Libérien est décédé de la fièvre Ebola, vendredi 25 juillet dernier, un Libérien est décédé de la fièvre Ebola au Nigéria, selon le ministère de la Santé Nigérian.

En Sierra Leone, les forces de l’ordre ont dû renforcer la protection du centre spécialisés dans le cadre du traitement de la fièvre Ebola, suite au manifestation de milliers de personnes en direction de la clinique dans le cadre d’une accusation d’une ancienne infirmière qui a déclaré que le virus était conçu pour cacher des « rituels anthropophages ». Les personnes atteintes de la fièvre sont pris en charge dans l’hôpital de Kenema ans le Sierra Leone.

EconomiePolitique

Le mot « forum » accepte plusieurs définitions mais trouve ses origines dans la langue latine où il désigne un lieu extérieur où sont discutées les affaires politiques et commerciales. La Grèce antique utilisait le mot d’agora pour désigner cet espace d’expression où se manifestent les premières formes de démocratie. Pourtant, comme l’explique fort justement Jean-François Bayard dans son livre, l’Etat en Afrique, « L’Etat est aujourd’hui chamboulé par le marché, supplanté par l’arrogance des entreprises ». De ce fait, donc, les affaires publiques internationales sont de plus en plus centrées sur des préoccupations économiques de nos jours. A ce titre le retour en grâce des forums montre simplement une nouvelle forme d’organisation de nos sociétés, et notamment le retour de la puissance publique dans les questions de développement économique.

En effet, la construction de l’Etat est un processus historique évolutif qui marque une nouvelle étape après la chute des totalitarismes et l’apparition d’une gouvernance plus ouverte sur la société civile. Si le phénomène n’est pas nouveau en Occident, l’Afrique qui est en train de devenir le nouveau moteur de l’économie mondiale découvre depuis quelques années cette nouvelle « dynamique du capitalisme » déjà décrite par l’historien Fernand Braudel dans les années 80. 

Alors que l’agence Moody’s révèle que l’Afrique a levé 8,1 milliards de dollars sur les premiers mois de 2013 – contre seulement 1,2 milliard, 10 ans auparavant – le président de la banque africaine de développement, Donald Kaberuka rappelle l’importance qu’ont joué « le secteur privé, le développement des infrastructures et l’intégration régionale » dans la success story du continent. A ce titre le New-York Forum Africa, co-organisé par Richard Attias et Ali Bongo du 23 au 25 mai montre que l’Afrique joue désormais pleinement sa chance dans la compétition internationale…

Le capitalisme international s’implante définitivement en Afrique :

Certains le regrettent peut-être déjà mais il est aujourd’hui indéniable que la civilisation africaine s’arrime bel et bien au capitalisme mondial. Après les critiques développées par les thuriféraires de la théorie de la dépendance, les prévisions de croissance pour cet espace longtemps resté en marge de la croissance économique prouvent que les règles du commerce international ne constituaient finalement pas une entrave au développement du continent comme semblait le croire Raul Prebisch, l’ancien Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement.

Pour l’historien Fernand Braudel, « le capitalisme ne triomphe que quand il s’identifie à l’Etat », d’après le chercheur pour que les intérêts économiques soient le mieux défendus il faut que ces derniers parviennent au pouvoir. Or, la naissance des Etats africains est relativement récente et le processus d’affirmation des nations est toujours en cours. Qui plus est, comme le précise Max Weber, ce qui importe c’est moins l’Etat que la gouvernementalité, c’est-à-dire « un certain mode d’exercice du pouvoir » selon la définition de Michel Foucault.

Lors des dernières décennies du 20ème siècle, les chefs africains devaient alors composer avec une société largement organisée en tribus et une organisation administrative post-coloniale. Depuis, de nouvelles pratiques ont émergé avec le concept de gouvernance ; parmi celles-ci le retour des forums comme tentative d’une organisation d’une économie inclusive. C’est cette tendance qui est d’ailleurs passée au crible dans le rapport d’Emmanuel Faber et Jay Naidoo, commandé par l’ancien ministre du développement Pascal Canfin. Les auteurs relatent une nouvelle approche de la gouvernementalité foucaldienne, « celle de la coalition d’acteurs sur des problèmes concrets ».

Le New York Forum Africa : priorité à l’emploi et aux jeunes

Depuis maintenant trois ans, le NYFA s’impose comme le rassemblement panafricain qui atteste que l’Afrique est bien en pointe de l’innovation économico-politique. Après avoir longtemps cherché son modèle de développement, le Gabon bénéficiant d’une rente pétrolière importante a souhaité entrer dans la modernité par la grande porte et a sollicité l’aide de l’instigateur de la réussite du Forum de Davos, Richard Attias. Avec plus de 1500 invités conviés, le Forum concrétise cette nouvelle acceptation de la gouvernance rassemblant toutes les parties prenantes de l’action publique. Parmi les intervenants attendus, Les chefs d’Etats de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), mais aussi de nombreuses personnalités issues du monde des entreprises ou des cercles universitaires…

Pour son inauguration qui avait lieu dans la matinée du 23 mai, les partenaires se sont rassemblés pour le lancement de l’African Citizen Summit. A cette occasion, la présence de Laurent Fabius (Ministre des Affaires étrangères) et de Jean-Noël Tronc (DG Sacem) a été remarquée par les observateurs francophones. Mais la réunion qui est à la confluence des relations internationales comptait également dans ses rangs la Vice-Présidente de la Chambre de Commerce Chinoise, Li Wang, le PDG d’Ernst & Young, Andrew Miller, ou encore la star russe Garry Kasparov.

Objectif de cette première journée, revenir sur le travail effectué par le fonds « Train My Generation » initié en 2013 à la demande de la présidence gabonaise pour remettre l’emploi et les jeunes au cœur des débats africains. En effet la population du continent est composée pour 40% de jeunes, ce qui représente environ 12 millions de nouveaux entrants sur le marché du travail chaque année. Pour y parvenir, plus de 200 millions de dollars ont été levés dont plus de 75% auprès d’investisseurs étrangers. Plus concrètement, il est question d’examiner la « première étude panafricaine consacrée aux jeunes, à la vision et au vécu de la génération Y à l’égard des systèmes éducatifs, de l’offre de formation professionnelle et du soutien apporté aux jeunes entrepreneurs sur le continent »…

Investissement et Diaspora : les facteurs d’un décollage en douceur ?

 Dans son livre préfacé par Michel Pébereau, le président directeur général de la Monnaie de Paris, Christophe Beaux, rappelle que l’afflux de capitaux étrangers a « permis de mettre fin à la marginalisation des pays en voie de développement et de développer une activité génératrice de croissance ». De son côté, le spécialiste du commerce international de l’Université Paris Sciences et Lettres, Bernard Guillochon, rappelle qu’en 1999 déjà, les chercheurs L. Fontagné et M. Pajot ont réalisé un « test concernant 21 pays de l’OCDE sur la période 1980-1995 [qui] indique que les exportations d’un pays i vers un pays j sont corrélées positivement avec les IDE sortant et entrant ». Enfin, sur le terrain, le président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire, Jean Kacou Diagou, résume simplement : « nous avons intérêt, Etat et secteur privé à œuvrer main dans la main ».

Malgré les faits – le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies souligne que « l’indice de pauvreté multidimensionnelle » (IPM) montre une amélioration du sort des populations – et la quasi-unanimité de la communauté internationale, certains laissés pour compte continuent d’aiguiser leur esprit critique. C’est notamment le cas de Marc Ona Essangui qui tente de fomenter un front des indignés du Gabon avec une bien-pensance sidérante ! Ainsi à l’occasion du NYFA le principal pourfendeur du président Ali Bongo s’attaque directement à l’initiative de Richard Attias en faisant un sitting dans les hôpitaux, malheureusement sous équipés. Une vive tension qui se retrouve souvent dans la région entre les personnalités issues de la diaspora et les leaders locaux qui ont dû souffrir les mêmes conditions d’existence que la génération de l’indépendance africaine.

Cette situation détaillée par les travaux de l’Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen au Palais du Luxembourg est exactement celle de l’activiste politique. Les responsables africains réunis au Sénat sur invitation de Jean-Pierre Bel, appellent à un « changement de regard sur les migrants » qui jouent souvent « un rôle clé dans l’accompagnement du rattrapage technologique et du décollage économique ». Seulement l’histoire personnelle du Marc Ona est marquée par un drame qui continue d’affecter l’homme de 45 ans ; en effet, à l’âge de 6 ans il est devenu tétraplégique à la suite d’une polio mal soignée. Plein de rancœur contre un système de santé qu’il estime coupable, il n’a depuis de cesse de remettre en cause le pouvoir, historiquement proche des intérêts français. Récemment, il avait notamment voulu critiquer la mauvaise gouvernance de son pays en répondant à l’invitation d’une ONG américaine…

Crédit photo® : aufaitmaroc.com

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Le forum régional « New York for Africa », organisé par l’homme d’affaires Richard Attias, s’annonce comme un des événements économiques majeurs du continent africain. Conscient de ses capacités économiques et de ses formidables ressources, l’Afrique se bat aujourd’hui activement pour ne pas être le grand oublié du 21ème siècle.

Après seulement deux éditions, le NYFA a accouché de plusieurs propositions concrètes. Réunissant des centaines d’acteurs majeurs de l’économie africaine, comme des chefs d’Etat, des entrepreneurs, des hommes de l’entreprise et de la finance, ce forum souhaite créer une vaste dynamique africaine. En matière d’économie, l’Afrique reste cependant toujours bien dépendant des aides au développement étrangères et des investissements extracontinentaux. Mais pour Richard Attias, organisateur du forum et déjà l’origine d’évènements économiques majeurs, ce n’est pas une fatalité.

« Le concept du New York Forum Africa répond à un manque… l’organisation d’une grande plateforme panafricaine en Afrique » explique-t-il. En effet, en réunissant ainsi les acteurs économiques africains, l’homme d’affaires espère rassembler les forces du continent pour développer une action commune en matière économique. Un premier fond de 150 millions d’euros a d’ores et déjà été débloqué dans le but de former une jeunesse africaine dans le secteur de l’agriculture, des services et du tourisme. En effet, pour mieux répondre aux défis posés par la mondialisation, le continent africain doit se doter d’un personnel qualifié, apte à répondre aux exigences de qualité des investisseurs et visiteurs étranger.

Malgré une croissance forte et en augmentation continue, le manque d’infrastructure et les problèmes sanitaires et sociaux restent criants et constituent un frein puissant au développement du continent. Ce think-tank panafricain cherche à résorber ce retard économique toujours présent et refuse la fatalité d’un continent toujours dépendant du reste du monde. Mais cette prise de conscience des possibilités du continent reste un signe d’espoir pour l’avenir, et ça, les africains l’ont bien compris.

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Expo_coloniale_1906.jpgAlors que les questions mémorielles captivent la Chancellerie, les spécialistes de la rive sud de la Méditerranée continuent de s’opposer sur l’héritage de la colonisation. Après l’interview du professeur d’histoire à l’université de Dakar, Ibrahima Thioub, donnée au journal Le Monde, Jean-Yves Ollivier rapporte une vision différente de cette période dans son livre publié il y a quelques jours, Ni vu ni connu

Alors que les questions mémorielles sont plus que jamais réexaminées par la garde des Sceaux, Christiane Taubira, les résolutions du Parlement ne peuvent empêcher le débat sur la colonisation de se poursuivre. Quelques jours après le diner du CRIF, où le président avait déjà fauté en 2013, on remarque que François Hollande illustre à lui seul les ambivalences sur cette période historique. En effet, à la tête du parti socialiste il affirmait que la France doit « encore des excuses au peuple algérien », alors qu’aujourd’hui il reprend la formule « ni excuses, ni repentance » car désormais « j’engage la France, je n’engage pas un parti » nous explique le responsable socialiste.

L’universitaire sénégalais, Ibrahima Thioub est également chercheur associé à l’Institut d’études avancées de Nantes et dénonce notamment le système de la Françafrique comme héritage de la colonisation. L’historien estime qu’au « moment des indépendances africaines, la France a transféré le pouvoir aux élites les plus favorables à une continuation du système colonial ». Pour expliquer les difficultés économiques contemporaines, il évoque de nouveau le « modèle colonial français, qui a investi a minima dans les colonies pour en extraire le maximum de ressources au profit de la métropole. Cela a laissé ces territoires à l’état de squelettes ».

De son côté, Jean-Yves Ollivier, l’émissaire à l’origine de la libération de Nelson Mandela, refuse cette explication simpliste. D’abord, il rappelle les différences régionales du continent en parlant d’une « rêverie panafricaine » qui attribuait à toute l’Afrique un sort commun. Souhaitant se débarrasser des affects entourant ces réflexions, il nous interroge, « y a-t-il beaucoup de faits historiques qu’on prendrait plaisir à contempler sans le cordon sanitaire du temps qui s’est écoulé depuis » ?

Lucide, il souhaite prendre du recul par rapport aux analyses moralisantes : « le colonialisme était aussi une marche – pas toujours forcée – vers la modernité et l’émancipation, par exemple pour s’affranchir des tribus esclavagistes ou pour contester la tyrannie des gérontocrates, sinon des hommes sur les femmes ». Enfin, en guise de réponse à la thèse de Walter Rodney qui fait de l’Europe la principale responsable du retard de l’Afrique, l’auteur se veut pragmatique : « si l’Afrique subsaharienne avait possédé la mitrailleuse Maxim avant l’Europe, ou la culture irriguée, l’imprimerie, l’administration fiscale, et des archives, elle n’aurait sans-doute pas été colonisée »…

Coup de gueule

Aide_au_dev.jpgLa nouvelle loi d’orientation relative au développement et à la solidarité internationale a été votée en première lecture le 10 février. Le texte, présenté par le Ministre du Développement Pascal Canfin, veut mettre en avant la transparence mais ne reste pas exsangue de toutes critiques. Les discours des personnalités comme Jean-Christophe Rufin ou Jean-Yves Ollivier donnent crédit aux ONG qui mettent en avant les imperfections du système.

Pour présenter son projet de loi, le ministre consacre une interview à Radio France Internationale dans laquelle il insiste le caractère novateur de la réforme. En premier lieu souligne-t-il, « l’Assemblée nationale n’avait, jusqu’alors, jamais adopté de loi relative à la politique de développement et de solidarité internationale. Auparavant, les députés votaient uniquement le budget annuel de la mission “Aide publique au développement” sans avoir leur mot à dire sur ses finalités ». Mais le responsable politique en appelle également à la vigilance citoyenne comme en atteste le site rénové sur l’aide au développement au Mali.

Friedrike Röder, directrice de l’association ONE reste cependant assez critique, « nous aurions souhaité que la loi contienne un objectif politique et financier de plus long terme ». Pour la militante, la France est loin de l’objectif fixé à l’ONU de 0,7% du PIB, elle est même en deça du 0,46% annoncé par les services des ministères. D’après les chiffres de Global Financial Integrity, les montants alloués avoisineraient les 0,4% du PIB alors que certaines dérives continuent.

Il y a quelques années, l’ambassadeur Jean-Christophe Rufin déclarait au sujet de l’aide au développement, « la France reste sur ce front, même si cela ne veut pas dire qu’on reste exemplaire, assez en avant ». Avant que Cedric Mathiot n’explique : « on reproche aussi à la France d’intégrer dans les APD des dépenses contestables, ces “aides fantômes” (selon les ONG) qui ne répondent pas forcément aux règles d’éligibilité à l’APD, selon un rapport d’évaluation du Comité d’Aide au Développement rendu public en mai dernier ». Le contrôle devrait permettre de limiter ces écueils, toutefois le mécanisme reste contestable dès lors qu’il s’apparente à du clientélisme ou même à du « simple assistanat ».

C’est justement la critique que portent ensemble Jean-Yves Olliver et Dambisa Moyo contre le système qui entretient une « dépendance malsaine » entre les pays bénéficiaires et les autres…Pour ces spécialistes du continent africain, l’aide au développement « ne fait pas partie de la solution potentielle, elle fait partie du problème ». En effet, en maintenant l’Afrique dans cette logique de besoin, elle empêche l’émergence d’une industrie locale forte et potentiellement l’arrivée de nouveaux champions mondiaux made in Africa

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utilite_publique.jpgAvec les 6% de croissance annuelle anticipés par le Fond Monétaire International, l’Afrique bascule dans une nouvelle dimension. Le continent est effectivement en train de devenir uns des moteurs de la croissance mondiale, après être longtemps resté en marge des échanges internationaux. Pour expliquer cette émergence plusieurs corrections du modèle de développement ont été abordées, et différentes explications sont avancées. Tandis qu’Ema Watson affirme que l’intégration sociale doit permettre un développement plus harmonieux, Christine Lagarde, à l’instar de Jean-Yves Ollivier considère que « l’inclusion sociale » comme une résultante de la création de richesse…

L’ONG Save the Children a montré que les populations sont inégalement bénéficiaires des améliorations de l’économie locale. Alors qu’en 2050 près du quart de la population mondiale, soit 2,4 milliards d’habitants, se trouvera sur l’autre rive de la Méditerranée ; 450 millions d’enfants seront menacés de malnutrition au cours des 15 prochaines années. « Ce déficit limite la pleine valorisation du potentiel humain de l’Afrique », affirme le premier ministre ivoirien, Daniel Kablan Duncan, qui incarne le renouveau africain.

Alors que le pays devrait atteindre entre 8 et 10% de croissance, Christine Lagarde (directrice du FMI) précisait lors du Forum Investir en Côte d’Ivoire, que « l’inclusion de toutes les couches sociales devra prendre en compte l’investissement dans le capital humain qui consiste en l’éducation et la formation des hommes ». Car comme le rappelait The East African, « ce qui est bon pour l’économie ne l’est pas toujours pour les citoyens ».

Le journal insiste sur les externalités négatives de la modernisation des pays africains en s’appuyant notamment sur les travaux de l’universitaire de Cape Town, Vanessa Watson. La chercheuse inverse la relation posée par le FMI et affirme que l’amélioration des conditions d’existence est conditionnée à une égalisation des conditions. Pourtant, comme le soulignait encore récemment Jean-Yves Ollivier : « De nombreux gouvernements africains font aujourd’hui un choix différent. Ils mettent en œuvre une stratégie volontariste d’émancipation, souvent avec l’appui de nouveaux partenaires – pas seulement la Chine, mais, aussi, l’Inde, la Turquie ou le Brésil. Qu’il s’agisse de grands projets routiers, d’investissements dans les télécommunications ou dans le secteur énergétique (…), ces chantiers ont en commun, outre leur finalité d’utilité publique, de générer de l’emploi ».

Cette dualité des positions existe depuis longtemps au sein des débats sur l’efficacité de l’aide au développement. Récemment encore, le président de Paribas Affaires Industrielles, Lionel Zinsou expliquait : « l’Afrique a complètement changé de trajectoire, mais la France ne s’en est pas rendue compte ». Comme le soulignent de nombreuses études internationales, la France perd d’ailleurs de son influence dans cette région du monde ainsi que ses parts de marché…

Politique

jean-yves-ollivier.jpeg Homme d’affaires assez discret, proche de nombreux présidents et hommes de pouvoir africain, Jean-Yves Ollivier s’engage dans l’ombre depuis près de quarante ans pour la paix en Afrique et contre l’ingérence occidentale.

Sans langue de bois, ce businessman singulier prend la parole contre l’impérialisme des puissances occidentales sur le continent africain qu’il nomme le « militaro-humanisme » et qu’il perçoit comme l’héritage du vieux rêve civilisateur colonial. Il souhaite donc l’avènement d’une Afrique indépendante des puissances européennes et dénonce « l’aide au développement qui génère une dépendance malsaine vis-à-de l’Occident ».

On peut dire que l’homme connait parfaitement les rouages des relations franco-africaines, lui qui a longtemps joué l’intermédiaire officieux des relations entre le gouvernement français et les chefs d’Etat africain. L’aide au développement actuelle demeure une forme de paternalisme n’ayant pas de bénéfices réels à long terme pour les populations concernées et encourage même « la corruption généralisée » qui gangrène le continent africain depuis les Indépendances.

Contre le « temple tiers-mondiste » et contre « le droit-de-l’hommisme », il affirme sans tabou que les relations économiques entre l’Europe et l’Afrique doivent être totalement refondées dans le but d’apporter des avantages matériels à long terme pour les populations locales. Il prône ainsi la création de grandes infrastructures modernes, notamment dans le secteur des transports, problème malheureusement récurrent sur le continent Africain.

Si les mots de l’homme d’affaires semblent aller à contre-courant de la pensée officielle, n’y a-t-il pas une certaine part de vérité ? L’aide au développement n’est-elle pas in fine une forme de néocolonialisme qui encourage et généralise la corruption en Afrique ? A ces questions, l’Europe doit apporter une réponse précise et peut-être rompre en partie avec ce vieux rêve impérialiste et colonisateur, l’une des pages les plus sombres de son histoire.