Airbnb, CJUE
EconomieInternational

Jeudi 19 décembre, la cour de justice de l’UE a choisi de donner raison à Airbnb contre les professionnels français de l’hôtellerie, en refusant de soumettre la plateforme de location de logements en ligne aux règles de l’immobilier.

Airbnb est « un service de la société de l’information », qui relève de la directive européenne de 2000 sur le commerce électronique, selon laquelle « un État ne peut pas restreindre la libre circulation d’un tel service, qu’il fournit à partir d’un autre État membre », ont estimé les juges européens. En d’autres termes, Airbnb ne peut être muselé que dans le pays où il a son siège social, c’est-à-dire en Irlande.

Deux poids, deux mesures

Cette décision est d’autant plus surprenante que la CJUE avait fait une analyse contraire pour Uber. En effet, alors qu’elle considère Airbnb comme un « service d’intermédiation », elle a admis qu’Uber puisse être une « entreprise de transport » pour laquelle ne peuvent s’appliquer les règles de la directive services. Pourtant, dans un cas comme dans l’autre, il s’agit bien d’un service d’intermédiation.

« Je ne peux que regretter la décision de la CJUE. Le droit européen en ce domaine est extrêmement laxiste et totalement périmé puisqu’il date de 2000, c’est-à-dire d’avant la naissance d’Airbnb ! , déplore Ian Brossat, adjoint PCF à la maire de Paris en charge du logement. Dans cette affaire, on marche sur la tête. Si on veut réguler les locations saisonnières, il est indispensable de responsabiliser les plateformes. »

Impact sur le prix des logements

« Il devient de plus en plus difficile de dire qu’Airbnb n’a pas un impact significatif sur l’accessibilité du logement et les prix des loyers, constate Ruth Owen, coordinatrice politique à la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (Feantsa) . Cela s’inscrit dans la financiarisation croissante du logement, avec de plus en plus d’investissements dans l’immobilier, considéré comme un simple produit financier, au détriment de son rôle de bien commun. »

Dans le quartier de l’Alfama par exemple, à Lisbonne, 55 % des habitations sont destinées à la location, et le nombre d’habitants est passé de 20 000 en 1980, à 1 000 aujourd’hui, selon le Financial Times.

Airbnb, Paris, Ian Brossant
Politique

L’élu parisien Ian Brossant a demandé à ce que les locations d’appartements via la plateforme Airbnb soient interdites dans le centre historique de Paris.

Pour Ian Brossat, la situation parisienne est alarmante : « un logement sur quatre ne sert plus à loger des Parisiens ». Il faut dire que la capitale est encore aujourd’hui le tout premier marché du géant de la location. Pour l’élu, la question est cruciale : « Est-ce qu’on veut que Paris soit une ville accessible aux classes moyennes ou une cour de récréation pour des milliardaires saoudiens ou américains ? ».

Ian Brossat a proposé d’interdire purement et simplement la location d’appartements entiers dans les quatre premiers arrondissements parisiens, soit ceux situés à proximité des sites les plus touristiques de la ville. Pour l’homme politique, les mesures prises par Anne Hidalgo ne suffisent pas à endiguer le phénomène, le problème même de logement des Parisiens qui se retrouvent bien souvent à devoir attendre plusieurs mois ne serait-ce que pour visiter un appartement. Ian Brossat explique que « si on ne fait rien dans le centre, il n’y aura plus d’habitant: comme sur l’île Saint-Louis, on va finir par avoir un nombre d’habitants en déclin, des commerces de bouche transformés en boutique de fringues ou de souvenirs ». Et d’ajouter : « On sera dans un musée à ciel ouvert »

L’ubérisation des centres-villes est une réalité en Europe et ailleurs. Barcelone, Amsterdam ou encore Berlin sont en proie au même problème, à une crise du logement qui ne cesse de progresser. New-York a récemment pris la décision d’exiger d’Airbnb à communiquer à la ville la liste complète des transactions réalisées en termes de locations de logement.

Emmanuel Marill
EconomiePolitique

Dans la Ville Lumière, l’heure n’est plus à la fête pour Airbnb. Les élus parisiens ont en effet décidé de se montrer intransigeants avec la multinationale américaine. Devant cette réalité, Emmanuel Marill, le directeur France et Belgique d’Airbnb, crie à l’injustice, affirmant par le biais d’une tribune que la plateforme est victime du lobby hôtelier. Une tentative maladroite et désespérée de redorer le blason d’Airbnb…

Les élus parisiens dénoncent les dérives des plateformes

Bien que pas toujours à l’aise, Emmanuel Marill est habitué à prendre la parole pour défendre Airbnb. Interrogé par Les Echos en juin dernier sur le processus d’optimisation fiscale mis en place par la plateforme, ce dernier avait tergiversé quelques instants avant d’avouer que les transactions réalisées en France transitaient « par l’Irlande, je crois »… Mais d’après notre directeur, le faible taux d’imposition pratiqué par l’île d’émeraude (12 % contre 30 % en France) n’aurait joué aucun rôle dans le choix de ce processus.

Ce mercredi 6 septembre, c’est à une tribune publiée quelques jours plus tôt et signée par trois élus parisiens – Sylvain Maillard, Député LREM des 1er et 2e arrondissements ; Élise Fajgeles, Députée LREM du 3e arrondissement ; Pacôme Rupin, Député LREM du 4e arrondissement – intitulée : « Il faut réguler d’urgence les locations touristiques dans le Centre de Paris », qu’Emmanuel Marill a décidé de répondre.

S’appuyant sur le rapport de l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), les trois députés parisiens accusent Airbnb et consorts — chiffres à l’appui — de « priver le marché locatif d’un nombre important de logements », de vider le centre-ville parisien de ses habitants, ce qui « génère ensuite des impacts en cascade avec des classes d’écoles qui ferment, des commerçants de proximité qui disparaissent faute de clientèle suffisante, une vie de quartier qui se détériore… »

Par ailleurs, les élus parisiens ne manquent pas de rappeler que la plateforme « qui réalise en France un chiffre d’affaires de 130 millions d’euros, principalement grâce à son activité dans la capitale, n’a payé que 92 944 € d’impôts en 2016 ». Une situation qu’ils qualifient de « terriblement injuste quand on voit que les hôteliers ont tout le mal du monde à présenter des prix attractifs au regard des nombreuses charges dont ils doivent s’acquitter en tant qu’entreprise française et des normes de sécurité et d’accessibilité auxquelles ils doivent se soumettre. »

Emmanuel Marill dépeint Airbnb en victime

Fidèle à lui même, le pompier d’Airbnb a tenu à rétorquer au travers d’une tribune intitulée « Logements inoccupés à Paris : Airbnb n’est pas le problème, mais une solution ! ». Et une fois encore, ce dernier l’a fait de manière maladroite, avançant des arguments pour le moins bancals.

Selon lui, Airbnb est le bouc émissaire des élus parisiens manipulés par les « lobbies hôteliers » et qui veulent faire porter à la plateforme « le poids de l’Histoire, et des choix politiques qui ont, méthodiquement et régulièrement, encouragé la concentration du développement touristique et commercial sur une poignée d’arrondissements de la capitale ». Et de rajouter : « l’exode [des Parisiens] est historique ». Par ailleurs, d’après Emmanuel Marill, «  50 % des hôtes parisiens disent qu’ils ne pourraient pas garder leur logement sans louer sur Airbnb », un chiffre dont la source reste pour le moment introuvable…

Mais n’en déplaise à notre directeur, Airbnb est bien à l’origine de la perte de 20 000 logements dans la capitale française. Les contraintes de transports ainsi que l’amélioration des politiques antipollution devraient encourager le retour des citoyens vers les centres-villes. Mais comment lutter : « le gain d’une location Airbnb est 2,6 fois supérieur en location touristique qu’en location classique (jusqu’à 3,5 fois sur l’île de la Cité), surtout depuis la loi sur l’encadrement des loyers… », affirme Sylvain Maillard.

Le directeur France et Belgique de la plateforme affirme également que ce sont les « lobbies hôteliers qui contribuent depuis de nombreuses années à la concentration du tourisme de masse dans le centre de Paris ». Pourtant, quelques lignes plus haut, celui-ci est fier d’annoncer que « la croissance d’Airbnb à Paris a permis, cet été encore, de renforcer l’offre touristique avec l’apport de 730 000 arrivées de voyageurs supplémentaires » dans la capitale…

Et pour ce qui est du méchant « lobby hôtelier », Emmanuel Marill semble oublier une chose : le secteur hôtelier français paye ses impôts en France, sans faire transiter quoi que ce soit par l’Irlande, et est contraint d’appliquer un certain nombre de normes de sécurité. Étonnamment discret sur ce point, le directeur France et Belgique d’Airbnb n’a pas jugé bon de s’en expliquer dans sa tribune. Selon lui, encadrer Airbnb afin de préserver la Ville Lumière et mettre la plateforme sur un pied d’égalité avec les hôteliers parisiens « serait un contresens historique ».

 

 

 

Politique

Réclamé par les professionnels de l’hôtellerie, le décret visant à contrôler les propriétaires de biens meublés loués sur Airbnb et consorts vient d’être publié.

Depuis quelques jours à peine, les villes de plus de 200 000 habitants pourront imposer aux propriétaires de demander un numéro d’enregistrement quant à leur activité de loeurs de biens meublés sur les plateformes telles que Airbnb. Car depuis plusieurs mois, le principal syndicat de l’hôtellerie dénonce la concurrence déloyale qu’Airbnb pratique à son encontre. Et c’est sans compter sur le nombre de logements qui sont retirés du marché de la location au profit de celui de la location courte durée, bien plus rentable pour les propriétaires. A Paris, le tout premier marché mondial d’Airbnb, ce seraient ainsi non moins de 65 000 logements qui ont été supprimés des listes des locations longue durée traditionnelles.

Dans les faits, un numéro d’enregistrement sera délivré à chaque propriétaire afin de contrôler en bout de ligne si la durée légale maximale de 120 jours de mise en location en meublé est bien respectée. Les mairies pourront alors contrôler aux côtés des services fiscaux si les propriétaires de ces grandes villes respectent bien la loi. Une lourde amende sanctionnera les abus.

Libérer des logements et relancer l’hôtellerie 

Ce décret a double vocation : remettre sur le marché plusieurs dizaines de milliers d’appartements pour remédier à la crise du logement actuelle et donner un coup de pouce aux hôteliers qui ont vu leurs parts de marché s’émietter doucement mais sûrement.

UMIH, le syndicat de l’hôtellerie associé au syndicat GNC (Groupement national des chaînes) s’est déclaré satisfait du décret, estimant que « la France se dote enfin d’outils pour permettre contrôle et transparence des locations meublées ». Les deux appelant dorénavant «les municipalités à se saisir de cette nouvelle opportunité sans plus attendre ».

Airbnb défend son pré carré en expliquant de son côté que la procédure sera bien trop lourde à mettre en place pour ces villes, et que les contrôles seront trop nombreux et trop coûteux.

Airbnb, Blablacar, économie collaborative
Economie

Les revenus issus de l’économie collaborative devraient bientôt être taxés au même titre que les revenus professionnels. Si le projet de loi aboutie bel et bien.

Sommes-nous en train de sortir de la zone grise de l’économie collaborative ? C’est le souhait émis par les sénateurs de toute sensibilité politique confondue à travers une proposition de loi qui prévoit de taxer les revenus issus des locations du type Airbnb au-delà d’un certain montant. Que cela soit du côté du PS comme d’EELV ou des Républicains, les sénateurs ont présenté un projet de loi devant la Commission des Finances du Sénat allant dans ce sens.

Le rapporteur général de la commission, Albéric de Montgolfier explique que  » l’idée n’est pas de créer une fiscalité nouvelle mais bien de mettre sur pied un système simple, qui laisse vivre les petits échanges entre particuliers en les exonérant et garantisse l’équité entre professionnels en taxant les activités récurrentes, voire professionnelles ».

Une proposition de loi qui vise ainsi à réguler quelque peu l’activité de locations de biens sur des plateformes telles qu’Airbnb ou Drivy.

Pas de cotisations ni de taxe jusqu’à 3 000 euros pour l’économie collaborative

3 000 euros, c’est donc le plafond maximal que la loi fixerait. Au-delà de ce montant, les bénéficiaires seraient taxés au titre de l’IR et devraient s’acquitter du paiement de cotisations sociales. D’ailleurs, une affiliation au RSI deviendrait même obligatoire dès lors que la barre des 23 000 euros de revenus annuels serait franchie.

Reste tout de même quelques cas d’exonération du paiement d’impôts et de cotisations sociales : le co-voiturage type Blablacar (pour autant que l’activité ne soit pas du travail déguisé) et la revente de véhicules d’occasions.

Enfin, la proposition de loi entend simplifier les démarches pour les personnes éventuellement redevables de cotisations et d’impôts puisque la déclaration de ces revenus passerait automatiquement par les différentes plateformes web. Le montant brut des revenus de chaque utilisateur sera alors transmis au FISC et se retrouverait reporté sur la déclaration pré-remplie d’impôt.

 

EconomiePolitique

Airbnb, la célèbre plateforme d’hébergement californienne, serait-elle en train de tuer l’économie collaborative, tout en continuant d’en utiliser le discours de façon purement cosmétique ? Alors que les pratiques collaboratives portaient en germe la promesse d’un monde meilleur, plus solidaire, les polémiques entourant la start-up de San Francisco suscitent aujourd’hui la perplexité et le scepticisme, quand ce n’est pas l’effroi.

A l’origine de la start-up, une idée toute simple que Brian Chesky, PDG et fondateur d’Airbnb, aurait conçue presque par hasard en compagnie de son colocataire de l’époque, Joe Gebbia. Alors que leur propriétaire leur annonce une augmentation imminente du loyer, ils apprennent qu’une conférence sur le design industriel se tient à deux pas de chez eux, à San Francisco, et que tous les hôtels sont complets. Ni une ni deux, ils montent un site Internet sommaire sur lequel ils proposent aux participants de squatter un matelas pneumatique dans leur appartement, tout en profitant chaque matin d’un petit déjeuner. Leurs trois premiers clients leur permettront d’empocher 1 000 dollars, juste assez pour se débarrasser de leur problème de loyer.

Voilà donc pour la légende. Elle est censée prouver deux choses : qu’Airbnb s’inscrit depuis ses débuts, de manière presque naturelle, dans la vague de l’économie collaborative, et qu’elle s’adresse en priorité à des particuliers modestes qui cherchent à arrondir leurs fins de mois ou à faire de petites économies, que ce soit côté hôtes (en louant une partie de leur logement) ou côté touristes (en dénichant des hébergements sympathiques et bon marché).

Mais la légende ne résiste pas aux chiffres. Fin 2015, après une levée de fonds de 100 millions de dollars, Airbnb est valorisée 25,5 milliards de dollars, deux fois plus qu’en 2014 ! La plateforme est ainsi tout simplement devenue le premier hôtelier mondial, puisqu’elle propose aujourd’hui près de 1,5 million de chambres dans le monde. Problème : elle n’en possède aucune et n’emploie que 3 000 personnes, alors qu’un hôtelier traditionnel comme Accor en fait travailler 180 000 ! Les professionnels, évidemment, ne décolèrent pas. Jean-Bernard Falco, président de l’Association pour un hébergement et un tourisme professionnels (AHTOP), dénonce « le discours sur l’économie de partage de la société californienne. C’est du boniment et une escroquerie intellectuelle. Un tiers des locations sont illégales. Mais elles génèrent 80 % de leur chiffre d’affaires ».

Et les hôteliers professionnels ne sont pas les seuls mécontents. Alors que Paris est désormais la « capitale mondiale » de la location entre particuliers sur Airbnb, les élus de la ville s’inquiètent du boom des meublés touristiques qui vident de leurs habitants certains quartiers de la capitale et font flamber les prix de l’immobilier. « Je suis saisi de nombreuses plaintes contre ces meublés touristiques. C’est un cancer », déclarait ainsi récemment Jean-Pierre Lecoq, maire du 6e arrondissement. Il fait référence au phénomène des « multipropriétaires », maintes fois dénoncé car illégal. A Paris, 20 % des logements sur Airbnb sont proposés par des hôtes gérant plusieurs annonces, alors que les locataires pensent avoir affaire à des personnes qui louent leur propre appartement. La majorité des biens loués sont des logements entiers qui rapportent à leur hôte jusqu’à 4 000 euros par mois ! On est décidemment très loin du portrait du loueur idéal ne-cherchant-qu’à-faire-de-petites-économies que la légende voudrait nous faire gober.

Concurrence déloyale pour les professionnels, pertes fiscales pour l’Etat, précarisation du travail et imposition de leurs propres règles et conditions aux usagers, les dérives de la plateforme commencent à être bien connues. Or, leur principale conséquence pourrait être, non pas le simple discrédit d’Airbnb, mais celui de l’économie collaborative en général. Airbnb prouve en effet que celle-ci, qui se voudrait solidaire et désintéressée, n’est en réalité pas moins agressive et redoutable que l’économie traditionnelle. Elle serait au contraire plus insidieuse et trompeuse car capable de se draper dans de beaux discours.

Un temps charmé, le public est de moins en moins dupe, comme le prouve ce commentaire laissé par un utilisateur révolté sur le Web : « Alors qu’on nous vend des bobos hipsters accueillants ou des mamies confiture, la réalité du business d’Airmachin c’est la femme de dentiste avec serre-tête incrusté qui fait de la défisc/fraude au fisc et aux règlementations, en louant 3 ou 4 studios meublés en Ikea… Concurrence déloyale, destructions d’emplois et de logements à l’année… Au profit exclusif de rentiers de la Silicon Valley ! ». Si plus grand monde ne semble croire aux vertus de l’économie collaborative, reste qu’Airbnb et consorts semblent toujours bénéficier d’un blanc-seing de la part des autorités, qui peinent à encadrer leurs activités de façon décente.