Politique

Alors que des scandales sanitaires mettant en cause l’industrie agro-alimentaire font régulièrement la Une de l’actualité, les partisans du bio se sentent pousser des ailes. Les excès du modèle qu’ils combattent sont la preuve, selon eux, que l’alternative qu’ils proposent est la seule viable. Une erreur. Le bio ne peut pas devenir la norme.

Depuis plus d’une décennie, le bio est entré dans les esprits – et parfois dans les mœurs – grâce à la bonne image dont il bénéficie auprès du grand public. Les chiffres montrent que sa croissance en France est exponentielle, le marché atteignant les 6,9 milliards d’euros fin 2016. L’Agence BIO estime que 5,8 % de la surface agricole utile en France est occupée par l’agriculture biologique.

Pourtant, il existe un hic de taille. Le bio ne peut en aucun cas nourrir l’ensemble de la population mondiale, estimée à plus de 9 milliards d’individus en 2050. Les terres cultivables sont par ailleurs de moins en moins nombreuses, colonisées par les villes et autres infrastructures humaines (routes, autoroutes, voies ferrées et aéroports).

Il faut produire plus avec moins d’espace disponible. Déjà, en 2007, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUE) écrivait : « Répondre à la demande alimentaire mondiale croissante impliquera soit une agriculture intensifiée (en utilisant davantage de produits chimiques, d’énergie et d’eau et des cultures et des espèces plus efficaces) ou de cultiver plus de terres ». Les pratiques bio n’entrent pas dans l’équation.

Il s’agit d’une niche destinée aux populations les plus riches et, paradoxalement, aux populations rurales les plus pauvres, n’ayant d’autre choix que d’entretenir un potager pour se nourrir. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ne dit pas autre chose, quand elle affirme que « le potentiel de l’agriculture biologique n’est pas suffisant, loin s’en faut, pour nourrir le monde ».

Peut-on en vouloir aux écolo-bobos de défendre coûte que coûte leur raison d’exister ? Sans doute pas, non, même si l’on peut regretter que les théories des ayatollahs du bio infiltrent parfois des sphères censément sérieuses, et finissent pas être assimilées par le grand public. Ainsi, la peur des produits chimiques, alimentée par les écolos, conduit à des prises de position partisanes de la part d’organisations comme le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC).

Cette agence de l’OMS, basée à Lyon, est partie en croisade contre le glyphosate, un produit que l’on retrouve dans la préparation de nombreux herbicides, sans lequel nombre d’agriculteurs ne pourraient tout simplement plus exercer. Jugé « probablement cancérigène » par le CIRC, le glyphosate fait désormais peur à tous… sauf à l’ensemble des autres agences de santé, qui ont toutes souligné sa non-nocivité ! Le monde de demain ne peut pas se construire sur des croyances, aussi séduisantes soient-elles. Il en va de l’avenir de milliards d’habitants.

Article proposé par Christian Dufour