sans-abri, commissariat
Coup de gueule

Mercredi 1er janvier, une trentaine de familles à la rue se sont installées dans un commissariat inoccupé du 2ème arrondissement de Paris. Aujourd’hui, la préfecture de police souhaite les expulser.

Mes enfants « ont honte »

Depuis le début du mois de janvier, une trentaine de familles ont investi le 18, rue du Croissant, dans le 2e arrondissement de Paris. Parmi eux Karim, un sexagénaire exténué qui travail comme auxiliaire de vie pour 500 euros par moi. « Ça fait deux ans que nous sommes sans logement. Ma mère, malade, habite un studio, elle ne pouvait pas nous héberger… , s’emporte l’homme, à bout de nerfs. « Je ne gagne pas assez pour nous loger », et mes enfants ont « honte de notre situation, ils n’aiment pas que j’en parle ». Pourtant  « ils travaillent bien à l’école, ma fille, 18 ans, est un vrai petit génie… » .

« Ici, je me sens en sécurité. J’ai dormi dans des salles d’attente des hôpitaux, à l’hôtel quand je pouvais… et un temps chez un homme qui m’avait recueillie, et m’a violée après m’avoir droguée », raconte Aïcha Konté, une jeune ivoirienne de 25 ans.

La police est passée le 5 janvier, mais comme cela « faisait déjà plus de 48 heures, l’avocat du DAL leur a expliqué qu’ils ne pouvaient pas nous évacuer sur-le-champ, explique Fanny Dulin, de l’association Droit au logement (DAL). Ces 48 heures sont précieuses. Passé ce délai, il faut lancer une procédure pour expulser les squatteurs ».

Soi-disant urgence

« L’immeuble appartient à une société civile de placement immobilier, Ufifrance Immobilier, qui l’a mis en gestion via une autre société liée, Primonial Reim », et c’est cette boîte qui a loué l’immeuble à la préfecture de police, détaille Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL. « Elle a signé un bail en 2009, a reçu un congé en 2016… Mais s’est maintenue dans les lieux pendant trois ans, il y a un litige sur les loyers du dernier trimestre 2019. La police a quitté les lieux, mais n’a pas rendu les clés », poursuit le porte-parole.

La préfecture de police est donc toujours « occupante » des lieux, et affirme, à ce titre, qu’il y a urgence d’en expulser les occupants « pour y maintenir une activité de service public ». Or, il n’y a plus aucune activité dans les locaux depuis au moins quatre mois, et pas plus d’urgence.