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L’arrêt maladie entré en vigueur ce lundi, qui permet aux personnes présentant les premiers symptômes du Covid-19 de ne pas venir travailler et de percevoir une indemnité sans délai de carence, inquiète le patronat, qui redoute un absentéisme incontrôlé. 

Mesure nécessaire

L’annulation du délai de carence est une revendication des syndicats de travailleurs depuis la fin du premier confinement, mesure qu’ils estiment nécessaire pour lutter efficacement contre la propagation de la covid-19. En effet, les travailleurs présentant des symptômes rechignaient jusque là à se mettre en arrêt maladie, de peur de voir leur salaire imputé et au risque de contaminer leurs collègues, et seul cet arrêt de travail (sans délai de carence) était de nature à les inciter à ne pas venir travailler.

Le refus de certains salariés malades d’abandonner leur poste de peur de ne pas être payé n’a d’ailleurs pas échappé au patronat. « Dans nos entreprises, on a rabâché : “dès le moindre doute, ne venez pas au travail”. Et néanmoins on a vu certains salariés venir travailler parce qu’ils avaient peur de perdre du salaire à la fin du mois, raconte Jérôme Lopez, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) iséroise. Il y avait un flou sur la question de savoir qui allait les payer, s’ils ne venaient pas. Allaient-ils perdre un jour, deux jours, trois jours ? Au moins, le doute est levé. »

Risque d’une «  très forte augmentation des arrêts maladie  »

Toutefois, au fait de la situation ou non, les patrons n’étaient pas pressés de remédier à la situation, et sont même, pour la plupart, toujours fermement opposés à la suppression du délai de carence. 

« La CPME s’inquiète des conséquences éventuelles de cette annonce qui revient à consacrer le caractère automatique de l’arrêt de travail en cas de symptômes supposés, et ce, sans aucun contrôle médical ni test préalable. Or, parmi les symptômes susceptibles de révéler une infection au Covid-19, certains sont heureusement bénins et sans aucun lien avec la pandémie. Une telle disposition serait de nature à entraîner une très forte augmentation des arrêts maladie et ouvrirait la porte à un absentéisme incontrôlé risquant de désorganiser les entreprises », a fait savoir le syndicat patronal dans un communiqué, avant de réclamer la mise en place d’« un encadrement évitant les dérives de toutes natures ».

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Pour apaiser les commerçants de proximité, le gouvernement prévoit d’ordonner la fermeture des rayons « non essentiels » des grandes surfaces, et de mieux réguler le flux des clients.

Colère grandissante

Depuis mercredi, et l’annonce du reconfinement par Emmanuel Macron, les petits commerçants dénoncent l’injustice flagrante leur imposant de fermer boutique, alors que les grandes surfaces restent ouvertes. Il s’agit ni plus ni moins d’une « concurrence déloyale de la grande distribution et des plateformes organisée par le gouvernement », fustige Jean-François Ferrando, président de la Confédération nationale des très petites entreprises. « Dans nos magasins, le flux est beaucoup moins important que dans les grandes surfaces. Nous le contrôlons. Nous avons un cahier de suivi des cas contacts. Dans les grandes surfaces, vous l’avez vu, le cahier de suivi ? », argumente le représentant patronal.

Les chefs d’entreprises «  sont tous à bout, poursuit Jean-François Ferrando. Certains «  sont à deux doigts du suicide. Là, un de nos adhérents, propriétaire d’un magasin de jouets, vient de poster sur Facebook qu’il se met en grève de la faim. C’est comme ça depuis deux jours. »

Recherche d’équité

Soucieux de préserver leur économie locale, de nombreux maires sont montés au créneau, prenant des arrêtés de réouverture pour certains, et appelant à la responsabilité du gouvernement pour d’autres. Dans un courrier commun, une cinquantaine de maires ont ainsi rappelé que « la cohésion nationale est absolument fondamentale pour la lutte contre cette pandémie », et que celle-ci était menacée par certaines décisions injustes. « La mesure la moins comprise est l’inégalité de traitement entre les commerces de proximité, à l’exemple – mais il n’est pas le seul – des librairies, et les grandes surfaces commerciales », soulignent-ils. 

Le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, leur a répondu dimanche, promettant de tout faire pour rétablir  « l’équité », en attendant une potentielle réouverture des petits commerces le 12 novembre. « L’option sur laquelle on travaille, c’est que tous les rayons des produits qui ne sont pas essentiels doivent être fermés », a expliqué le ministre, ajoutant que «  la jauge et les contrôles » devront aussi être « renforcés ».

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Nombre de dirigeants, de Jean-Paul Agon (L’Oréal) à Jean-Dominique Sénard (Renault) en passant par Jean-Pierre Denis (Crédit Mutuel Arkéa) ou encore Jean-Laurent Granier (Generali), ont fait le choix de renoncer à une partie de leur rémunération pour répondre à la crise du Covid-19. Altruisme ou simple coup de comm’ ? La question mérite d’être posée.

Annonces en pagaille

Diminution de 25 %, 30 %, suppression de la part variable, baisse des dividendes… Les dirigeants français ont fait preuve de solidarité ces derniers mois pour répondre à la crise sanitaire qui frappe la planète. Chacun à son niveau : chez Michelin, Florent Menegaux et Yves Chapot ont diminué leur salaire de 25 % pour les mois d’avril et mai, Benoit Coquart, PDG du spécialiste des infrastructures électriques Legrand, a pour sa part gelé son salaire pour l’année 2020 et le président du directoire de Peugeot, Carlos Tavares, a réduit sa rémunération fixe de 35 % sur 2020.

Des décisions qui, si elles doivent tout de même être saluées, sont à mettre en perspective. De l’acte de solidarité au simple coup de comm’, il n’y a qu’un pas. Jean-Paul Agon, le PDG de L’Oréal, qui a annoncé en grande pompe le 12 mai, qu’il renonçait à 30 % de son salaire pour l’année 2020, fait par exemple partie des PDG les mieux payés du CAC 40 (10 millions d’euros en 2018), et peut même se targuer d’avoir le salaire fixe le plus élevé de la place. Les quelques millions qu’il devrait tout de même percevoir au titre de l’année en cours lui apporteront sans nul doute une certaine sérénité.

Le coup double d’Arkéa

Dans la rubrique coup de comm’, sur fond de polémique, l’annonce de la direction du Crédit Mutuel Arkéa, filiale bretonne du Crédit Mutuel, de renoncer à sa rémunération variable mérite que l’on s’y attarde. Dans son rapport 2019, publié en mai dernier, la banque annonçait que son président ainsi que ses directeur général et directeur général délégué « ont fait le choix de renoncer par avance à percevoir la rémunération variable qui aurait pu leur être attribuée au titre de 2020 ».

Coup double pour la direction de la banque bretonne, tancée depuis plusieurs mois par le Crédit Mutuel concernant justement ces rémunérations variables. Pour rappel, en 2019, Jean-Pierre Denis, le président, avait perçu plus d’un million d’euros au titre de sa rémunération variable, tandis que celle de l’ancien directeur général de la banque, Ronan Le Moal, s’élevait à 850 000 euros et celle de la directrice générale déléguée, Anne Le Goff, à 400 000 euros. Des rémunérations jugées illégales par le Crédit Mutuel, notamment eu égard aux statuts du groupe mutualiste… que les dirigeants d’Arkéa tentent depuis par tous les moyens de modifier, faisant face à l’opposition des syndicats bretons. « Le Covid tombe à pic », ironise un connaisseur du dossier.

L’audace Générali

Là encore, sur fond de polémique, concernant cette fois le refus des assureurs français d’indemniser les pertes d’exploitation liées au Covid-19 de leurs assurés professionnels, l’assureur français Generali annonçait, courant avril, la diminution de 20 % de la rémunération fixe des membres du comité de groupe, parmi lesquels son PDG, Jean-Laurent Granier.

Une belle preuve de solidarité si elle n’était pas entachée du refus de l’assureur de venir en aide à ses assurés professionnels. Si remboursement il y a, « il n’y aurait plus d’assureurs dommages », clamait ainsi le PDG de Generali France fin avril. Qui a depuis quelque peu revu sa position face à la polémique grandissante et la multiplication des actions en justice des assurés contre leurs assureurs. Solidaire oui, mais pas trop.