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Coup de gueuleSociété

Mardi 3 décembre, le sénateur LR de l’Hérault Jean-Pierre Grand a ajouté trois amendements à la loi dite de « lutte contre la haine sur Internet », qui doit être discutée en séance publique, au Sénat, le 17 décembre. Les textes visent à interdire la captation d’images des policiers, pour garantir la protection de ces derniers.

15 000 d’amende

Par ses amendements, monsieur Grand veut restreindre la loi de 1881 sur la liberté de la presse, puisqu’il propose d’infliger une amende de 15 000 euros en cas de « diffusion, sans l’accord de l’intéressé, de l’image des fonctionnaires de la police nationale, de militaires ou d’agents des douanes », assortis de 45 000 euros, voir d’un an d’emprisonnement, en cas de fixations, enregistrement, ou transmission de ces images.

Étendre le droit à l’anonymat

Filmer les policiers lors de manifestations n’a (pour l’instant) rien d’illégal, comme le rappelle Jean-Pierre Grand : « Laliberté de l’information, qu’elle soit le fait de la presse ou d’un simple particulier, prime ainsi sur le droit au respect de l’image ou de la vie privée dès lors que cette liberté n’est pas dévoyée par une atteinte à la dignité de la personne ou au secret de l’enquête ou de l’instruction. » (Seuls certains fonctionnaires des forces spéciales et des services de renseignement peuvent jouir du respect de l’anonymat.)

Monsieur Grand veut donc étendre cet anonymat à tous les fonctionnaires chargés du maintien de l’ordre, pour garantir « leur sécurité ». En effet, le 5 décembre, les syndicats de police Alternative police (CFDT) et Unité SGP police FO ont révélé que plusieurs agents avaient reçu des courriers de menace signés de l’acronyme ACAB « All Cops Are Bastards » («Tous les flics sont des salauds »).

« Fin de l’État de droit »

Toutefois, même si ces faits d’une « extrême gravité » ( Christophe Castaner ) doivent être pris au sérieux, il n’empêche que filmer les policiers permet de capter des agissements violents, et ce de chaque côté des barricades. Le 21 novembre dernier, un CRS jetant un pavé a ainsi pu être traduit en justice grâce à une vidéo prise par un passant.

Pour le journaliste David Dufresne, ces amendements constituent une menace pour la « liberté d’informer », et pourraient entraîner la « fin de l’État de droit ».

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Politique

Le ras-le-bol est général, et les syndicats comptent bien fédérer tous les mécontentements lors de la journée de grève interprofessionnelle du 5 décembre. Cette coalition, qui risque de paralyser le pays, est prise très au sérieux par l’Elysée.

Excuses de CRS

Aussi incroyable que cela paraisse, les CRS se sont excusés suite à une altercation musclée les ayant opposés aux pompiers, le 15 octobre dernier. Les policiers avaient en effet accueilli les 10 000  soldats du feu professionnels, qui manifestaient pour dénoncer le manque de moyens, avec du  gaz lacrymogène, des canons à eau et des LBD (lanceurs de balles de défense). 

« Les collègues sont honteux d’avoir reçu des ordres aussi minables. Tous ensemble derrière la même bannière. Servir », a twitté la section CRS du syndicat Unsa quelques heures après les affrontements. Et pour dissiper tout mal entendu, un second tweet est venu confirmer le premier  : « Pour ceux qui n’auraient pas compris, c’est le ressenti des collègues vis-à-vis des ordres reçus de nos hauts dirigeants ». Les deux messages ont rapidement été effacés.  

Du côté des pompiers, ces excuses ont été fraîchement accueillies  :   «  S’excuser, c’est tout à leur honneur, admet Yann Nestour, pompier professionnel depuis 17  ans. Mais c’est toujours facile de s’excuser a posteriori. Quand on est CRS et qu’on reçoit un ordre que l’on juge inacceptable, on garde son libre arbitre. On peut dire non. Au cours de la manif, j’ai été gazé quatre fois, j’ai pris un coup de matraque sur la tête et j’ai vu éclater une grenade de désencerclement. Et je me souviens avoir entendu un responsable lancer : « Tapez plus fort pour ne pas qu’ils reviennent ! » On a été accueillis comme des black blocs. »

Mouvements éruptifs

Les pompiers ne sont pas les seuls à être attendus dans les rues, loin s’en faut. Outre les soldats du feu, ce sont tous les secteurs du service public qui sont concernés : services hospitaliers, cheminots, enseignants, et même policiers. 

Et cette coalition inquiète d’autant plus qu’elle ne compte respecter aucun code, à l’image du mouvement des cheminots du 18  octobre, qui est parti de la base et a pris tout le monde de court.

« Les “manifs” classiques ne font pas vraiment peur à Emmanuel Macron, parce qu’il pense pouvoir les gérer. Il en va tout autrement des mouvements éruptifs, en partie spontanés, de type gilets jaunes. Ou du mouvement des cheminots du 18  octobre, parti de la base et qui a surpris tout le monde. Le président ne s’attendait pas à ça. L’autre inquiétude, c’est, comme toujours, l’agglomération des colères. La réforme des retraites peut être de nature à coaliser les salariés. C’est pour cela que l’Élysée marche sur des œufs depuis des semaines », estime un fin connaisseur du sujet.