débarquement, par d'attractions
Société

Le projet de parc d’attractions autour du débarquement du 6 juin 1944, soutenu par le président (UDI) de la région Normandie, Hervé Morin, a plus de détracteurs que de partisans.

«  5 millions de visiteurs annuels  »

Pour relancer le « tourisme de mémoire », Hervé Morin a déclaré, au début de son mandat, qu’il prévoyait de «  créer quelque chose à la hauteur des 5 millions de visiteurs annuels autour des sites du débarquement ». Il a ensuite annoncé le lancement de son projet, « Hommage aux héros », en janvier 2020, laissant planer le mystère. Le site présentera « des reconstitutions et des cinéscénies d’envergure », a simplement déclaré Hervé Morin, précisant tout de même que celui-ci serait entièrement financé par des fonds privés.

« Nous prenons tous les garde-fous nécessaires pour garantir la dimension éthique du projet. Un comité scientifique et le comité du débarquement vont veiller à ce que tout se fasse dans le respect de la mémoire et de la vérité historique », a récemment assuré le président de Normandie, pour calmer l’opposition socialiste. 

Mais Hervé Morin a beau se vouloir rassurant, les opposants au projet ne sont pas dupes. « On peut imaginer que ces comités soient écoutés dans la construction du projet, mais ils ne le seront plus quand il s’agira d’assurer la rentabilité des investissements », prévient Bertrand Legendre, professeur à la Sorbonne.

Visite expresse

« Ce n’est pas un parc d’attractions, affirme pourtant l’un des porteurs du projet, Régis Lefèbvre. Ce sera un documentaire vivant de 45  minutes qui mélangera images d’archives, techniques immersives et tableaux vivants, avec des figurants sur un théâtre sur rail. L’idée est de transmettre l’histoire, de manière spectaculaire oui, mais ce n’est pas un spectacle, plutôt un moyen complémentaire de faire passer la mémoire. »

Mais une fois encore, Bertrand Legendre n’y croit pas. « Ce qui est proposé, c’est une machine à produire de l’émotion, par paquets de 45 minutes. Les spectateurs seront priés de s’émouvoir vite fait bien fait, en se soumettant à la cadence industrielle imposée. Puis il faudra vite passer à la fournée suivante, et aller réfléchir ailleurs », déplore le professeur.