Politique

Après le discours de la Ministre de l’Energie, Ségolène Royal, les industriels de la filière renouvelable déchantent. En usant des hyperboles et des effets d’annonce, la responsable politique a pu susciter une attente auprès des professionnels alors que de graves restrictions impactent déjà leurs activités. Pour s’en convaincre, il suffit de reprendre les déclarations de la ministre lors de l’attribution du second appel d’offres pour l’éolien off-shore en les comparant aux mesures publiées au Journal Officiel.

Le 7 mai dernier, la chantre de la démocratie participative annonce la nécessité de «faire évoluer les modes de soutien aux énergies renouvelables ». Cette annonce étant réalisée en pleine attribution d’un appel d’offres pour deux sites d’éoliennes off-shore, la responsable politique précise : « une consultation a été menée sur les pistes d’évolution des mécanismes de soutien (…) Je serai heureuse de réunir prochainement les acteurs pour partager avec eux les résultats de cette concertation ».

Le lendemain,  8 mai , un arrêté gouvernemental est publié au Journal Officiel qui « abroge un texte de janvier 2013 permettant aux installations photovoltaïques équipées de capteurs et/ou de panneaux fabriqués dans un pays de l’Union de bénéficier d’un tarif de rachat de transition énergétique, écologiste, Duflot, Royal, l’électricité majoré de 5 ou 10% ». Considérée comme contraire au droit européen, la décision n’était pas justifiée par les conclusions de la concertation organisée pour réfléchir à l’évolution des tarifs de rachat.

Mais surtout, c’est la réflexion en cours au Conseil d’Etat qui devrait interpeller les énergéticiens. La plus haute juridiction administrative de notre pays est en train de reconsidérer l’aide apportée aux éoliennes terrestres, en accord cette fois avec la Cour de Justice de l’Union Européenne. L’arbitrage qui devrait être retenu quelques semaines après la présentation du rapporteur pourrait mettre fin au « tarif bonifié ».

Pour le reste, le texte sur la transition énergétique qui aurait dû être présenté au Conseil Economique Social et Environnemental en avril, n’est toujours pas sur le bureau du conseil des ministres. Si on en juge par la teneur des décisions politiques qui viennent d’être émises, on comprend mieux pourquoi la chef du parti écologiste, Cécile Duflot, à refuser le poste en évoquant la victoire de la sociale-orthodoxie sur la sociale-écologie…

Coup de coeur

Francois-Hollande-Cecile-Duflot.jpg La place des Verts au Gouvernement ne tient plus qu’à un fil. Constamment en désaccord avec le président et ses ministres, les écologistes ont les plus grandes difficultés à affronter l’épreuve du pouvoir et à jouer collectif au sein de la majorité. Les voix, à gauche comme à droite, se font de plus en plus nombreuses pour dénoncer leur incapacité à soutenir le redressement économique de la France et leur obscurantisme idéologique. Surtout lorsque cela les conduit à tenter de bloquer sans raison valable des projets industriels comme celui de l’entreprise Placoplatre au fort de Vaujours, la question de leur départ du Gouvernement se pose manifestement.

« L’écologie à géométrie variable »

Depuis les élections européennes de 2009, date de son dernier succès électoral, Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a entamé une chute sans fin. Lessivés lors de l’élection présidentielle avec un score légèrement supérieur à 2 %, les Verts sont néanmoins entrés au Gouvernement à la faveur d’un accord passé préalablement avec les socialistes. Une bouée de sauvetage ? Plutôt une pierre pour mieux couler. L’exercice du pouvoir ne fera en effet que précipiter les dissensions internes. Daniel Cohn-Bendit, Noël Mamère et, surtout, Pascal Durand, alors secrétaire national, abandonnent successivement le navire, avec pertes et fracas. Au cœur de leurs critiques : le leadership pour le moins autoritaire de Cécile Duflot, ministre du Logement et de Jean-Vincent Placé, autrefois en couple et aujourd’hui compagnons d’infortune.

Derrière les jeux politiciens qui n’intéressent au final que les militants (et encore), politiquement aussi c’est la curée pour les écologistes. En conflit ouvert avec une large partie des membres du Gouvernement, la question de leur démission ou de leur éviction est en permanence réactivée, empiétant obligatoirement sur l’action de l’Exécutif. Sur les questions écologiques, ils sont en désaccord avec Arnaud Montebourg et Laurent Fabius sur le gaz de schiste et avec Jean-Marc Ayrault concernant l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Alors que la réalité économique et sociale de la France les rattrape souvent leur positionnement utopique par le col de la veste.

Dans ce contexte, si le Gouvernement essaie de maintenir un semblant d’unité, les voix à gauche se font de plus en plus nombreuses et acerbes à l’égard des Verts. C’est le cas de Jean-Michel Baylet, président du Parti radical, qui les accuse « d’obscurantisme nuisant à la majorité et au redressement de la France ». Même son de cloche de la part de Jean-Pierre Chevènement, plusieurs fois ministre, qui estime que « le Gouvernement est l’otage des Verts », notamment en matière nucléaire. Mais le pire désaveu est probablement venu de Delphine Batho, ancienne ministre de l’Ecologie et réputée proche des Verts, selon qui « pour les Verts, la défense de l’écologie est à géométrie variable ». « Ils se préoccupent davantage des enjeux d’appareil », a-t-elle asséné sur Europe 1.

Dogmatisme peu éclairé

Et force est de constater que ces lourdes critiques en forme d’accusation ne sont pas sans fondement. Dans la bataille des municipales, les écologistes ont en effet pris des positions pour le moins singulières et purement électoralistes. A cet égard, l’exemple du fort de Vaujours, situé en Seine-et-Marne, à quelques kilomètres de Paris est emblématique. Le fort, autrefois utilisé par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), a depuis été décontaminé en vue d’une réhabilitation. C’est dans cette optique que l’entreprise Placoplatre a racheté la friche afin d’y exploiter une carrière de gypse, permettant une reprise substantielle d’activité, la création de nombreux emplois et, in fine, la production d’un matériau de construction entrant dans le cadre du programme de rénovation énergétique des logements.

Un projet réfléchi, aux retombées économiques et écologiques positives, face auquel les écologistes se sont néanmoins soulevés, accompagnés par une poignée d’associations locales. Les Verts se sont ainsi engouffrés dans cette brèche dans le seul but de jouer les premiers rôles politiques. De fait, le Parti ne peut se permettre de réaliser de mauvais résultats dans la région-clé d’Ile-de-France. Malheureusement pour eux, cette prise de position n’est étayée par aucun fondement environnemental et scientifique et risque de faire long feu. Rien de moins que l’Agence régionale de santé, le CEA, la préfecture de Seine-et-Marne, ainsi que la DDASS, la DRTEFP et l’INVS sont en effet monté au créneau pour contredire les déclarations fallacieuses des Verts et des associations et rassurer la population sur le taux de radioactivité du fort de Vaujours, parfaitement dans la norme nationale. Un sérieux coup d’arrêt pour Hélène Lipietz et Aline Archimbaud, sénatrices EELV de Seine-et-Marne et Seine-Saint-Denis, dont la posture mensongère flirte avec l’amateurisme.

A l’agonie au sein du Gouvernement, réduit à des bassesses politiques pour se positionner sur l’échiquier politique des municipales, les écologistes représentent donc plus un fardeau qu’un atout pour la majorité. Les 3,31 millions de chômeurs français n’ont pas besoin de ce dogmatisme peu éclairé, mais plutôt des emplois que des projets industriels viables comme celui du fort de Vaujours peuvent apporter. D’après l’IFOP, 52 % des Français estiment que les écologistes doivent quitter le Gouvernement et 75 % d’entre eux jugent les ministres verts incompétents. L’heure de la sortie a-t-elle (enfin) sonné ?

Politique

Discours de Cécile Duflot au Conseil fédéral du 7 mai 2012

I – La victoire de François Hollande est une chance pour la France et pour l’écologie

1 – Une certaine émotion à s’être réveillée dans une France nouvelle. Une certaine émotion en pensant à toutes les générations pour qui ce changement à un sens.

A la génération qui n’a jamais connue la gauche aux responsabilités et qui a commencé à s’engager au soir d’un triste 21 Avril.

A la génération qui, comme moi, a grandi avec une gauche qui avaient conquis tous les pouvoirs, mais n’en laissait plus que son cortège de petites trahisons, de faciles déceptions et de trop grandes désillusions.

A la génération qui depuis des décennies a mené les combats pour réussir de belles victoires, celle d’il y a 25 ans comme celle d’aujourd’hui.

Au fond deux voies étaient possibles :

Soit :

La poursuite de la division, de l »opposition des citoyens entre eux, du repli du pays sur lui-même, la fuite en avant dans la xénophobie. Le délitement du lien social , l’explosion de la grande pauvreté, le démantèlement du salariat et de la protection sociale, l’explosion de la précarité ..La fuite en avant productiviste, nucléariste, un boulevard ouvert devant les lobbies de l’eau , de l’agriculture intensive , des autoroutes Un mode de gouvernement autoritaire ..Bref une société clivée, morcelée, poussée à la violence et aux pires extrémismes Il n’y a qu’a voir à quel désespoir poussent les politiques d’austérité dans les pays comme la Grèce, la montée des populismes en Europe..

Soit : un coup d’arrêt à cela , la tentative d’une autre voie, moins facile , moins démagogique, plus réconciliatrice, plus pacificatrice, plus ouverte..

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EconomiePolitique

31 000 euros. C’est le prix record au mètre carré d’une future résidence de luxe à Paris, sur le site de l’ancien hôpital Laënnec. A ce prix, bien évidemment, la grande majorité des ménages français n’y auront jamais accès.

Alors qu’il manque près d’un million de logements en France, le contraste est frappant.Comment un programme immobilier peut-il être autant en décalage avec les besoins des millions de personnes touchées par la crise du logement ? Voilà où nous mène le mirage du « tous propriétaires ».

Le « tous propriétaires » appartient à une logique ultra libérale et, à l’exemple du « travailler plus pour gagner plus », renverse la charge du logement sur l’individu uniquement – à lui de s’endetter, de travailler plus, de se chauffer moins pour faire des économies. Face à l’explosion des prix immobiliers, les ménages qui peuvent encore suivre le font au prix d’importants sacrifices et d’un surendettement généralisé.

LA PROPRIÉTÉ, UN NON-SENS ÉCONOMIQUE

Mythe libéral, la propriété pour tous est pourtant un non-sens économique, bien peu en phase avec les besoins de notre époque. Pourquoi s’endetter à vie pour un logement que l’on est souvent amené à quitter pour répondre aux exigences de mobilité des carrières d’aujourd’hui ?

Plus, les bulles immobilières absorbent massivement l’épargne des ménages dans des investissements faiblement productifs et peu innovants, la détournant pour longtemps d’autres investissements plus judicieux sur le plan économique. La rente immobilière constitue en effet un poids mort pour l’économie.

Pire, la propriété comme objet central de l’action publique est devenue le leurre d’un système inégalitaire, socialement injuste. Déjà en 2006, avant la crise, les 10% les plus riches possédaient plus de 50% du parc immobilier, quand les 50% les plus pauvres n’en détenaient pas 10%.

Fondée sur le mythe de la pierre comme immuable investissement, au fondement d’une bulle spéculative en voie d’éclatement, l’accession à la propriété risque au bout du compte de se transformer en piège pour de nombreux propriétaires en difficultés.

Incapables de payer des charges exponentielles et de revendre leur bien pour profiter d’un illusoire parcours résidentiel, certains se retrouvent comme « enfermés » dans leur propre logement. En témoigne la multiplication des copropriétés dégradées, qui représente aujourd’hui une véritable bombe à retardement pour leurs millions d’habitants.

CONTRE L’IMPOSSIBLE « TOUS PROPRIÉTAIRES », LE « TOUS HABITANTS »

Comment le gouvernement entretient-il un tel cycle infernal ? A coups de dispositifs de défiscalisation plus coûteux les uns que les autres, ces logements « Robien » ou « Scellier » qui encouragent la spéculation immobilière en permettant à ceux qui peuvent déjà acheter de le faire à moindre coût.

En abandonnant l’obsession idéologique de l’accession à la propriété, et en reconnaissant l’utilité sociale du parc locatif, les écologistes proposent de réorienter nos politiques vers le « bien loger » et la qualité de l’habitat pour tous. Réaffirmons le logement comme un droit fondamental et faisons-en l’objet d’un engagement prioritaire de la puissance publique. Nous ne pourrons pas être tous propriétaires, soyons tous habitants !

Pour cela les écologistes ont deux priorités : faire baisser les prix et protéger les locataires. Les solutions existent, il faut simplement se donner les moyens de les mettre en œuvre, et bien sûr commencer à construire massivement. Mais nous devons surtout changer de logique.

Les Allemands l’ont bien compris. Ils ne sont guère plus de 40% à posséder leur logement, contre 58% en France, et les locataires jouissent d’un statut juridique très protecteur et de loyers solidement encadrés. Résultat : le logement y est deux fois moins cher en moyenne qu’en France. Et si être locataire n’était pas une malédiction mais la réponse à la crise du logement ?

L’écologie propose ainsi le renversement du paradigme individualiste, qui enferme le logement dans une vision purement commerciale et financière, pour lui redonner toute sa dimension humaine et sociale. Réaffirmant l’accès à un habitat de qualité comme une condition incontournable à l’épanouissement personnel et collectif, les écologistes entendent faire du logement un objectif universel et prioritaire de l’action publique et du vivre ensemble.

Par Julien Bayou, co-fondateur de Jeudi Noir ; Emmanuelle Cosse, vice présidente au conseil régional d’Ile-de-France en charge du logement, de l’habitat et du renouvellement urbain ; Cécile Duflot, secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts et Augustin Legrand, fondateur des Enfants de Don Quichotte.

source : communiqué en intégralité sur http://www.eelv.fr