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International

Les rapports d’ONG se multiplient pour dénoncer les graves atteintes aux droits humains qui découlent de l’extraction, du transport et de l’exploitation des matériaux nécessaires à la fabrication des technologies utilisées dans les énergies renouvelables. Le silence public qui entoure ces pratiques est assourdissant : il traduit le malaise de personnels politiques et médiatiques à assumer certaines contradictions de l’écologie politique. Car les éoliennes, les panneaux solaires et les batteries de voiture électrique ont un très lourd coût environnemental et humain.

Les conséquences dévastatrices de l’exploitation minière sur des milieux déjà fragilisés : les énergies renouvelables pas toujours si vertueuses

La conception des énergies renouvelables nécessite des minerais, beaucoup de minerais… Or les catastrophes liées à l’utilisation de ces minerais se sont multipliées ces dernières années selon un rapport récent de l’ONG Sherpa intitulé « Ne minons pas la transition écologique ». L’une des plus violentes et importantes fut la rupture d’un barrage du réservoir de rétention d’une mine de fer à Brumadinho au Brésil, en janvier 2019. Le bilan de ce drame humain fait froid dans le dos : 270 morts directs dans un océan de boue toxique et des déchets toxiques par millions de tonnes qui pourraient affecter des millions d’habitants.

Cette catastrophe fait écho à une autre rupture de barrage dans le même pays en 2015. Dans les deux cas, on peut observer un enchevêtrement entre entreprises minières locales, sociétés de prospective internationales, avec des pratiques de certification frauduleuses et une corruption endémique, sans même parler des déplacements forcés de population venant servir de main d’œuvre bon marché sans équipement de protection de base. Comme le démontrait le chercheur Alain Deneault dans son livre « Noir Canada » en 2008, derrière les profits des compagnies minières internationales se cachent encore une mentalité coloniale, via la déstabilisation politique et la corruption endémique, dans un dédain absolu des terres et des hommes. Une partie des minerais qui servent à la construction de nos éoliennes, utilisées par les pouvoirs publics et les entreprises pour leurs campagnes de communication, est donc extrait dans le sang de bien des populations.

Dans d’autres régions, c’est le retour du stress hydrique pour les populations, étant donné les quantités astronomiques d’eau douce nécessaire à l’extraction minière. Le sous-sol riche en lithium de la région de Centenario-Ratones en Argentine par exemple en a fait les frais : disponibilité et qualité moindre de l’eau potable mais aussi pollution des ruisseaux utilisés pour abreuver le bétail et irriguer les cultures. Rappelons que le lithium, comme le cuivre ou le manganèse, fait partie des matériaux essentiels à la construction des batteries de voitures électriques.

Coup de grisou sur les droits humains

Au-delà des désastres écologiques évidents des exemples précédents, plus d’un siècle après les descriptions effroyables des conditions de travail ouvrières dans les mines par Emile Zola dans Germinal, les droits humains restent particulièrement bafoués dans l’industrie des énergies renouvelables. Une étude récente de l’ONG Business & Human Rights Resource Centre fait état de graves manquements à la dignité humaine par de nombreuses sociétés engagées dans cette industrie.

Le rapport offre un rappel cinglant des racines violentes d’un capitalisme souvent enrobé de greenwashing : saisies illégales de terres, conditions de travail calamiteuses, traitement infamant des populations locales, corruption et collusions politiques avec les élites locales. Mettant l’accent sur les énergies éolienne et solaire, le rapport dresse un classement des 16 entreprises cotées en Bourse les plus importantes dans le secteur, dont deux françaises. La conclusion est glaçante : « Les résultats suggèrent qu’aucune des entreprises (…) n’assume pleinement aujourd’hui (ses) responsabilités en matière de droits de l’Homme. »

L’ONG soulève que pas moins de 197 allégations de violations des droits de l’Homme ont été soulevées contre ces sociétés : meurtres, menaces, intimidations, spoliation des terres, conditions de travail dangereuses, salaires misérables, etc… Cette liste funeste amène à s’interroger sur l’impunité laissée aux entreprises des énergies renouvelables (aucune n’a accepté de répondre à ces allégations), là où d’autres secteurs (comme l’industrie pétrolière ou textile) sont depuis longtemps dans le collimateur des instances politiques nationales, internationales, des ONG et des associations. Sous prétexte d’énergie verte, le secteur des renouvelables devrait-il échapper aux règles internationales ?

On peut penser que le caractère indispensable des énergies renouvelables dans la transition énergétique a justifié de fermer les yeux sur ces exactions scandaleuses. Il est peut-être temps pour une opinion publique occidentale de plus en plus férue d’environnement de porter l’attention des pouvoirs politiques et économiques sur ces activités, par la mise en place de mécanismes de contrôle plus draconiens ou de critères d’investissements adossés aux droits humains. Pour l’avenir de la planète, via l’équilibrage du mix énergétique, nous ne pouvons pas détourner les yeux sans risquer de contrevenir aux objectifs et aux valeurs initiales de l’écologie : la préservation de l’environnement et des populations pour la continuation de la vie.