Politique

La marche « contre l’islamisme » du groupuscule fasciste Génération Identitaire n’a réuni que quelques centaines de personnes dans la capitale

Ce n’est pourtant pas rassurant qu’un groupe de ce genre puisse défiler dans les rues sans être inquiété. Ce genre de manifestation n’avait pas eu lieu depuis des années. En 2017 une autre marche du genre avait été interdite par la préfecture par peur des contre-manifestations antifascistes. Les organisateurs avancent le chiffre de 800 manifestants ; l’agence Ebra Presse décompte elle entre 300 et 500 marcheurs.

Selon la porte-parole du groupe ils représentent « le peuple de France ». Ce dernier devait cependant être trop occupé pour se rendre à la manifestation. Cette marche arrive une semaine après la manifestation contre l’islamophobie ; il est rassurant de noter que cette dernière avait rassemblée des milliers de participants.

Un groupuscule actif

Génération Identitaire a beau faire de son mieux pour lisser son image ; leurs manifestations ressemblent à toute les manifestations d’extrême droite. On y trouve une forte majorité d’hommes, habillés de noir et hurlant des slogans racistes et islamophobes. Jean-Yves Le Gallou, ancien cadre du FN était également présent. L’homme est désormais président de la fondation identitaire Polemia.

Cette manifestation a certainement aussi pour but de tenter de galvaniser leur base. On se souvient que deux membres de l’organisation ont été condamnés à de la prison ferme pour l’opération anti-migrants dans les Alpes. Il ne faut aussi pas sous-estimer ce groupuscule fasciste ; leurs relais et leurs connections avec le Rassemblement National ont été clairement révélés. Ces derniers servent depuis longtemps de laboratoire théorique avant l’adoption de leurs thèses par le RN.

Nos combats

Plusieurs affrontements ont eu lieu entre des étudiants et l’organisation d’extrême droite « la Cocarde » qui tente de s’implanter à l’université

L’arrivée de cette organisation qui prône l’union des droites est vue comme une provocation dans cette université historiquement de gauche. Pourtant cette organisation a réussi à faire élire deux représentants pour la CoMUE lors de sa première élection. Les syndicats du personnels ont récemment écrit un texte pour s’insurger contre l’arrivée de l’extrême droite sur leur lieu de travail.

Le dernier affrontement a eu lieu le 17 octobre entre les membres de la Cocarde, des antifascistes et des membres du NPA et de l’Unef. L’affrontement a été assez violent, notamment du fait de l’utilisation de matraques télescopiques et de bombes lacrymogènes. Les CRS sont intervenus pour séparer les militants mais une dizaine de blessés sont à déplorer. Les militants du NPA accusent la Cocarde d’avoir la veille agressé un de leur militant en le traitant de « sale arabe » et de « sale gauchiste ».

Nanterre la rouge

La réaction violente face à une organisation qui affirme sa proximité avec Zemmour et Marion Maréchal Le Pen est le signe que Nanterre reste ancrée à gauche. L’organisation a réussi à obtenir un certain nombre de voix du fait de sa position anti-blocage. Toute autre organisation aurait réuni autant de soutien selon certains étudiants. Le fait que cette organisation soit une organisation d’extrême droite n’est malheureusement pas clair pour tous les étudiants.

Du côté de l’administration les enseignants s’opposent clairement à la présence de ce groupe. Même la présidente de l’Université s’est vu obligé de reconnaître que l’organisation entraînait l’arrivée de la violence. De son côté la Cocarde vise les prochaines élections au conseil d’administration de l’université. Espérons que les étudiants ne laisserons pas l’extrême droite s’implanter dans leur fac.

Coup de gueule

Une factrice a écopé d’une mise à pied d’un mois sans salaire pour avoir signé un colis en lieu et place d’une usagère à sa demande

Cette factrice de 59 ans travaille à Tulle en Corrèze. L’annonce de cette punition lui a été signifié par un conseil de discipline ce mardi 12 novembre. L’annonce a choqué de nombreux habitants et provoque la colère des syndicats. On l’accuse d’avoir signé un colis à la place d’une usagère qu’elle connais bien pour lui rendre service en son absence.

Cette factrice travaille à La Poste depuis 27 ans. Elle s’est avouée soulagée quand on lui a annoncé qu’elle risquait trois mois de mise à pied ; elle avait peur d’être licenciée. On comprends mal la décision du conseil de discipline. En effet, signer les colis à la place des usagers qu’on connaît est une pratique très répandue dans les campagnes. Karine Lavaud, secrétaire de la CGT FAPT, ajoute que cela permet d’éviter au personnes de se déplacer jusqu’au bureau de poste.

Tous perdants

Il semblerait que ce soit la fille de l’usagère qui se soit plante en voyant la factrice signer à la place de sa mère. Depuis une pétition à été lancée et a réuni 7500 signatures. De plus le hashtag #TousAvecSylvie est apparu sur les réseaux sociaux. Face à cette levée de bouclier la poste a assurée comprendre la réaction des usagers. Ils affirment qu’ils se devaient de réagir car la faute est réelle.

Pour la secrétaire de la CGT FAPT la punition est bien trop lourde. Selon Karine Lavaud ; « Elle a simplement voulu rendre service, a reconnu son erreur, s’est excusée plusieurs fois auprès de la direction ». La factrice affirme qu’elle continuera à faire son travail au mieux de ses capacités. Cependant elle respectera désormais les ordres à la lettre, elle ne pourra plus rendre service à ses usagers comme le faisait auparavant.

Nos combats

Des déclarations issues du comité confédéral national laissent à penser que le vote d’une grève reconductible reste une possibilité

Ce comité confédéral national s’est tenu les 5 et 6 novembre dernier. Il a réunit les responsables des fédérations professionnelles et des unions locales. Dans sa déclaration finale le comité appelle à l’organisation d’assemblées générales au sein des entreprises et des services publics afin de décider de la marche à suivre pour le 5 décembre. Plus précisément le comité souhaite que soient discutés les « modalités des actions, de la grève, de sa reconduction dans la durée afin de gagner le progrès social ».

L’air de rien, cette déclaration finale rapproche la CGT de la possibilité d’une grève reconductible interprofessionnelle ; ceci n’est pas arrivé depuis plus de vingt ans à l’échelle confédérale. De plus le syndicat appelle à organiser des assemblées générales unitaires pour le 6 décembre. Ensuite le CCN annonce la tenue d’une intersyndicale au niveau nationale pour le même jour. Enfin la CGT appelle ses militants à se mobiliser aussi pour le 7 décembre ; il appellent à « participer massivement à la manifestation nationale contre le chômage, la précarité et pour une reconquête de la sécurité sociale protégeant des risques de la vie ».

Une mobilisation à construire

On voit bien que ces suites d’appels importants visent à poursuivre la mobilisation du 5 décembre. Ceci montre bien que la CGT ne compte pas se laisser faire face aux attaques du gouvernement et cherche à se donner les moyens de ses ambitions. Ceci montre aussi qu’il existe une forte motivation au sein des fédérations et des unions départementales. La CGT a par exemple doublé le tirage de son quatre page sur la réforme des retraites déjà imprimé à un million d’exemplaires.

La réussite du mouvement est malheureusement loin d’être garantie. Il reste à savoir si il saura entraîner largement les salariés dans la grève et éviter que celle-ci reste cantonnée aux transports. L’inquiétude est bien présente même dans les fédérations ayant déjà appelé à la grève reconductible ; la chimie, les services publics et le commerce. Tout le monde semble favorable à la grève reconductible, mais la date du 5 décembre sera un indicateur du niveau de mobilisation.

Politique

Le militant d’extrême droite Dieudonné M’bala M’bala va être jugé à Chartres pour des propos antisémites remontant à 2017

Dieudonné aurait tenu ces propos lors du Bal des quenelles à Saint-Lubin-de-la-Haye. Cette nouvelle poursuite judiciaire est peu surprenante pour ce pseudo-humoriste et antisémite notoire. L’homme avait déjà été condamné pour violences envers un huissier de justice. Le 5 juillet 2019 il a aussi été condamné à trois ans de prison dont deux fermes pour fraude fiscale, abus de biens sociaux et blanchiment d’argent.

En finir avec l’antisémitisme

Lors de ce Bal des Quenelles le militant aurait fait allusion au « gang des pyjamas de Cracovie » ; une insulte antisémite transparente envers les déportés juifs. Dieudonné sera défendu par Maître Isabelle Coutant-Peyre. Cette dernière est une ancienne collaboratrice de l’avocat Jacques Vergès. Elle est notamment connu pour sa défense du terroriste Carlos. Ce dernier a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, pour l’attentat contre le drugstore Publicis, à Paris, en 1974. L’attaque avait fait deux morts et 34 blessés. L’avocate a épousé Carlos en prison.

Il est agréable de voir que les médias dominants semblent avoir cessé de considérer Dieudonné comme un humoriste. Pendant des années ce dernier a caché son militantisme d’extrême droite derrière le voile de l’humour. Aujourd’hui la page semble avoir été définitivement tournée et la complaisance a pris fin. Malheureusement l’individu réussi encore à se produire dans des salles lorsque des mairies complaisantes ou laxistes choisissent de laisser faire. Il y a donc encore des efforts à faire pour chasser cet individu de l’espace public.

Coup de gueule

Selon le président du Samu Social Paris, Eric Pliez ; « Il n’y a jamais eu autant de familles dehors » et la situation ne fait qu’empirer

Le président lance l’alerte face à un système qu’il décrit comme à la limite de l’implosion. L’hébergement d’urgence est aujourd’hui incapable de faire d’avantage. Avec l’arrivée de la fin de la trêve hivernale le 1er novembre dernier la situation risque de devenir intenable pour les personnes à la rue.

Eric Pliez nous explique le problème ; « Plus de 7.000 personnes sont dans les rues, quasiment autant dorment dans des centres d’urgence et 45.000 personnes, en famille, vivent dans des hôtels ». Le président explique que le système sature ; le 115 ne peut plus fournir d’aide supplémentaire. Ceci explique que des familles dorment dans la rue ; « Chaque soir, le 115 de Paris reçoit environ 20.000 appels, seulement 1.000 sont pris. Sur ces 5% de réponses, nous sommes obligés de faire 1.500 refus, qui concernent environ 1.000 familles dont 300 à 400 enfants. C’est inacceptable. Et les créations de places pour l’hiver ne changeront rien. »

L’inaction des pouvoirs publics

Tout ceci ne tiens même pas compte des camps de migrants. On estime que 3500 de ces personnes vivraient dans un dénuement total sur Paris. Eric Pliez tire aujourd’hui la sonnette d’alarme face à une situation qui se dégrade d’année en année. Il souligne que le problème réside dans les difficultés d’accès au logement.

Des personnes se voient refuser des logements pour des raisons futiles ou bureaucratiques. On trouve aussi des travailleurs incapables de trouver un logement ; 25 % des gens sont des travailleurs dans les centres d’hébergement. Selon le président il manque 6000 places d’hébergement d’urgence sur Paris. Il y a de quoi être en colère quand on sait qu’une bonne partie du parc immobilier parisien est inoccupé. Les riches préfèrent voir les gens mourir dans la rue plutôt que laisser l’accès à des immeubles inoccupés. Par ailleurs étant donné notre gouvernement ce dernier ne risque pas de faire valoir son droit à la réquisition de logement.

Politique

Le groupe fasciste Bastion social est en train de se réorganiser dans les lieux mêmes où ils existaient il y a quelques mois

Ce groupe dissout il y a peu pour sa violence et sa radicalité n’aura pas attendu longtemps pour tenter de refaire surface. Les militants ne s’en cachent d’ailleurs pas ; un de leur leader l’a annoncé à un colloque d’extrême droite. Leur méthode va consister en la création de petites structures d’apparence autonomes et décentralisées.

Un risque judiciaire

Les fascistes sont bien conscients que la condamnation pour reconstitution de ligue dissoute leur pend au nez. C’est pour cela qu’ils ont choisi de prendre exemple sur leurs ennemis d’extrême-gauche en rompant avec un modèle d’organisation centralisé et hiérarchisé. Pour certains il s’agit aussi de voir comment l’État répondra à cette provocation.

Ce groupe héritier du GUD ne cache pas ses convictions ouvertement fascistes et nationaliste-révolutionnaires. Leur dissolution avait été décidée par Emmanuel Macron du fait de la violence de ses membres, notamment lors de l’Acte 3 du mouvement des Gilets jaunes. Le groupe créé en 2017 n’aura donc vécu que deux ans. Malheureusement la dissolution n’est pas toujours une méthode efficace pour empêcher ces individus de nuir.

Une stratégie réfléchie et payante

Actuellement les groupes Audace Lyon et Vent d’Est sont les nouvelles apparitions dans la galaxie d’extrême droite. Ces groupes apparaissent publiquement sur les réseaux sociaux depuis septembre. Aucune filiation officielle n’est bien entendu revendiquée. Il n’est cependant pas difficile de trouver des similarités ; leur militantisme en faveur des français blanc, leur verni social ou les couleurs utilisées pour leur logo sont des indices suffisants.

Il faut aussi noter que les amitiés du groupe, les militants et les comptes Instagram des deux groupes étaient auparavant ceux du Bastion social de Lyon et d’Alsace. Enfin de l’aveu même de Tristan Rochelle, ancien cadre du groupuscule, au « Grand rendez-vous bleu blanc rouge » ; « nous avons créé Audace et nos camarades alsaciens Vent d’Est ». Il semble qu’il s’agisse d’une véritable tendance chez les militants d’extrême droite. Face à la répression on assiste à l’apparition d’une galaxie de groupes locaux ; l’Alvarium à Angers, les Tolosates à Toulouse, Des Tours et des lys à Tours, Edelweiss en Savoie etc. L’État n’est clairement pas capable de lutter efficacement contre ces militants. Dissoudre des groupes sans détruire le terreau qui a permis leur apparition ne fait que repousser le problème.

Nos combats

Chose inédite deux mouvements sociaux très rapprochés ont eu lieu à la SNCF, signe d’un problème d’ampleur chez les cheminots

En une semaine la SNCF a vu un droit de retrait massif puis une grève sans préavis désorganiser le trafic. Ceci est très rare car un cadre législatif très contraignant vise à empêcher les perturbations. La culture de l’entreprise étant plutôt de privilégier le dialogue, ou la répression selon certain, ceci est le signe que quelque chose est en train de se jouer.

Deux mouvements en une semaine

Le premier mouvement trouve son origine suite à la collision entre un TER et un convoi dans les Ardennes. Les cheminots ont fait valoir leur droit de retrait et arrêtent le travail. Les travailleurs et leurs syndicats affirment que les conditions de sécurité ne sont pas garanties. Le gouvernement accuse les cheminots d’être à l’origine d’une grève sauvage. L’affaire est aujourd’hui devant le conseil des prud’hommes.

L’origine du seconde mouvement est à trouver au centre de maintenance des TGV de l’axe atlantique à Châtillon. Près de 200 cheminots sur 700 débrayent pour protester contre la suppression de 12 jours de congés. La direction renonce mais le mouvement est déjà lancé. Les cheminots demandent maintenant le paiement de leurs jours chômés et une prime de 3000 euros. Face au refus de la direction de céder les trains ne sont plus réparés. Ceci bloque les TGV dans les ateliers et engendre des perturbations.

Une situation explosive

Cette explosion de mécontentement ne devrait pas être une surprise. Les cheminots sont victimes de réformes successives. La transformation de la SNCF en société anonyme, la réorganisation du travail et la fin du statut de cheminot pour les nouveaux embauchés ont échauffé les travailleurs. La privatisation pointe son nez avec les effets qu’on connaît comme France Télécom et La Poste. De plus les salariés ont le sentiment de ne pas être écoutés quand ils respectent les règles du jeu ; à quoi bon respecter le cadre légal dans ces conditions ?

Les cheminots ont actuellement en vue la question de la réforme de leur retraites. Macron semble adopter une ligne dure, ne laissant aucune place à la négociation. La SNCF est en crise et le gouvernement veut jeter de l’huile sur le feu. Les syndicats SUD Rail et l’Unsa ont déjà appelé à une grève reconductible pour le 5 décembre. On attend la décision de la CGT. Face aux attaques du gouvernement il faut que les usagers soutiennent les cheminots contre la campagne de dénigrement et d’insultes qui ne manquera de venir. Ne soyons pas dupes et ne les laissons pas nous monter les uns contre les autres.

France, Syrie, djihadistes
International

Le responsable du pôle antiterroriste au tribunal de Paris, David de Pas, vient une nouvelle fois de tirer la sonnette d’alarme, enjoignant l’Etat à rapatrier et juger les Français de l’EI détenus par les Kurdes au plus vite. « L’instabilité géopolitique de la région et la porosité de ce qu’il reste des camps kurdes pourraient provoquer des migrations incontrôlées de djihadistes vers l’Europe avec le risque d’attentat par des personnes très idéologisées », prévient monsieur De Pas. 

Depuis l’offensive turque du 9  octobre, 800 femmes et enfants de djihadistes se sont échappés du camp d’Aïn Issa, dans le nord de la Syrie, et cinq hommes se sont évadés de la prison de Qamichli, attaquée à la voiture piégée.

Jugement en Irak

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu en Irak jeudi et vendredi derniers pour convaincre Bagdad d’accepter de juger, après transfert, les djihadistes français détenus dans les camps kurdes. Ça n’aurait pas été une première pour l’Irak, qui a déjà accepté de juger onze ressortissants français, dont certains ont été condamnés à la peine de mort. Cependant, cette fois, Bagdad a dit non, au grand dam de la France.   

Mais malgré ce refus, le gouvernement campe sur ses positions et refuse le retour des djihadistes et de leurs familles détenus en Syrie. La France a pourtant été rappelée à l’ordre par les Nations unies, qui l’exhortent à « protéger la vie de ses ressortissants, leur garantir un procès équitable, empêcher le transfèrement des enfants en Irak et les prémunir des traitements inhumains ».

Revirement de l’opinion publique

Avant l’intervention turque, l’État français pouvait compter sur le soutien de l’opinion publique pour ne pas rapatrier ses ressortissants. En effet, en début d’année, la majorité des personnes interrogées approuvaient le jugement des djihadistes français en Irak, et s’opposaient même au retour de leurs familles. Toutefois, aujourd’hui, l’argument sécuritaire change la donne. « Comment se protéger si on ne les a pas sous la main ? La meilleure méthode, c’est de les juger en France et de les contrôler », affirme David de Pas. 

Idées

La recrudescence des scènes d’émeutes dans le climat politique français doit être mis en relation avec l’inefficacité des formes d’organisation actuelles

Ces dernières années les scènes d’émeutes et d’affrontement avec la police se sont fait plus fréquentes. On peut être tenté de faire remonter ce cycle aux manifestations contre la Loi Travail qui a vu la formation du désormais célèbre « cortège de tête ». Cependant ce serait manquer de finesse que d’analyser ce phénomène indépendamment des évolutions du capitalisme et de la situation internationale. Si on ne s’intéresse qu’au paysage français les émeutes des banlieues de 2005, celles du CPE et de la LRU ne sont pas si anciennes. Cette résurgence de l’émeute est-elle donc un phénomène nouveau ou une résurgence d’un ordre ancien ?

Des syndicats dépassés

Il est intéressant de noter que dans les différents exemples notés plus haut une partie non négligeable si ce n’est la majorité des participants se trouvent être en marge ou exclus du monde du travail classique ; étudiants, chômeurs, lycéens, précaires de toutes sortes forment une bonne partie du contingent. Il ne faut cependant pas réduire ces phénomènes d’émeutes à leur seule composante précaire. De nombreux travailleurs sont également présent dans ces périodes d’affrontement. Alors comment expliquer la recrudescence apparente de ce mode de contestation.

Tout d’abord pour de nombreuses personnes il est aujourd’hui impossible de faire grève. Suivre les mots d’ordre d’un syndicat ne sont donc pas vraiment une option. Les travailleurs précaires ou isolés (uberisation, petites entreprises etc) ne peuvent se permettre de se mettre en grève. La raison est d’autant plus évidente pour les personnes privées de travail, les étudiants et les lycéens. L’arme de la grève n’apparaît donc plus comme la solution miracle portée par le mouvement ouvrier traditionnel ; le nombre de personnes pouvant se permettre d’y avoir recours est bien moins important qu’auparavant. Notons également que de nombreux travailleurs ne se satisfont plus des « journées d’action » syndicales, vécues comme insuffisantes et inefficaces. La question se pose donc, pour les personnes souhaitant s’engager, de savoir comment et sous quelles formes.

Des partis hors-jeux

Mettons de coté l’organisation dans un parti politique. La gauche de gouvernement s’est décrédibilisé depuis longtemps déjà pour les personnes souhaitant participer au mouvement social. De leur côté les organisations de gauche comme la France Insoumise ne promettent guère mieux que de participer à leurs campagnes électorales. Enfin les structures d’extrême gauche classiques comme les trotskistes ou les anarcho-syndicalistes restent elles aussi trop souvent accrochées au mythe de la grève générale.

Il n’existe donc pas de place ou cette multitude précaire puisse se sentir d’une quelconque utilité à la lutte. La seule chose à faire reste donc de participer aux manifestations, distribuer des tracts ou coller des affiches ; ce qui est, il faut l’avouer, peu satisfaisant. Ajoutons de plus que la mythologie d’extrême gauche donne une place centrale à la figure du travailleur ; le prolétaire masculin mythifié, en réalité peu présent dans leurs organisations. Notons que ceci explique peut-être en partie la crise de l’engagement militant que vivent ces organisations.

Permanence, nouveauté ou éternel retour ?

Que reste-t-il comme expression politique pour cette partie de la population ? Que peuvent faire nos concitoyens conscient du désastre politique, écologique et économique dans lequel nous vivons mais qui n’ont pas les moyens de faire pression sur le gouvernement. Il ne reste que l’émeute. Par l’émeute ces personnes d’origines diverses ont l’impression de peser comme force politique ou à minima d’exprimer leur colère. Toutes et tous n’y participent pas pour les mêmes raisons, mais les cibles restent les même ; Les banques, la police, les agences immobilières et les grandes entreprises. Par l’émeute, cette multitude diverse devient une force politique avec laquelle il faut compter. Ici réside aussi sans doute l’explication des virulentes condamnations des organisations traditionnelles ; face à leur inefficacité, une force politique autonome informelle est en train de leur voler des militants. Ces organisations ne pouvant entrer en compétition avec elles choisissent de la condamner, quitte à servir de force d’appoint à la répression.

Dans Le temps des émeutes, l’anthropologue Alain Bertho, soulignait déjà en 2009 l’importance mondiale du phénomène. Loin du journalisme sensationnaliste il l’analysait comme un phénomène politique, comme une expression de la révolte sociale. De son côté, Joshua Clover, s’attache à démontrer dans L’Émeute Prime, le caractère à la fois nouveau et ancien de la pratique. Pour lui cette forme politique présente deux aspects. Tout d’abord un retour à une forme d’action politique précédant l’organisation du monde ouvrier ; celles des « émotions populaires ». Mais elle est aussi une forme nouvelle par sa réponse à la recomposition du capitalisme et à l’inefficacité des formes précédentes. Cette forme d’action politique n’a en réalité jamais cessé d’exister. Seules des journalistes et commentateurs politiques méconnaissant notre histoire sociale peuvent être réellement surpris de ces résurgences émeutières françaises.