gauche identitaire, journalisme
IdéesSociété

Jeudi 12 novembre, le directeur du «  Journal de Saint-Denis  », Yann Lalande, a annoncé son intention de démissionner en raison de l’influence croissante de la gauche identitaire au sein du JSD,  qu’il considère incompatible avec le travail journalistique.

Edito engagé, mais mesuré

L’attentat contre Samuel Paty, ayant, à son goût, été insuffisamment couvert par son journal, Yann Lalande a décidé de le traiter plus en détail dans un nouveau numéro. 

Dans son texte, il dénonce «  les tenants d’un islam politique radical  » qui «  ne visent pas à vivre leur vie à part, tranquillement. Ils entendent substituer leurs règles à celles de la République », et prend bien soin de ne pas faire d’amalgame. 

«  Dans leur grande majorité les musulmans de Saint-Denis et d’ailleurs pratiquent leur religion dans le respect des lois. Il n’y a donc aucune raison de craindre l’amalgame qui reviendrait à les jeter dans le même sac que leurs coreligionnaires extrémistes radicaux », écrit le journaliste, insistant sur la nécessité de défendre les idéaux de la République française, qu’il qualifie lui-même de «  très imparfaite et qui doit faire l’objet de critiques.  »

Rédaction divisée

Après avoir rédigé son article, monsieur Lalande l’a ensuite fait circuler, comme à son habitude, parmi son équipe. «  Mon éditorial n’est pas signé et engage la rédaction, explique-t-il.  La plupart du temps, cela ne pose pas de problème et il n’y a que des modifications marginales ». Quelle ne fut pas sa surprise, donc, de constater que son papier avait suscité l’indignation de certains membres de la rédaction.

En effet, bien que la majorité de l’équipe valide le texte, deux journalistes reprochent à Yann Lalande de surmédiatiser un simple «  fait divers  », de faire des «  glissements douteux », et de ne pas mentionner le terme «  islamophobie  ».

Constatant cette «  différence profonde de perception de la société française (…) au sein de la rédaction du JSD », Lalande renonce donc à publier son éditorial, qu’il remplace par un texte dans lequel il annonce sa démission  : «  Le paradoxe de l’époque fait qu’au  JSD,  sur certains sujets, la censure ne vient pas de l’extérieur mais de l’intérieur. Elle est le fait de cette gauche qui passe son temps à dire ce qu’il ne faut pas faire, ou ce qu’il ne faut pas dire plutôt qu’agir. Cette gauche et sa collection de “cheveux à couper en quatre”, minée par son individualisme forcené. Cette gauche qui vole de chapelle identitaire en chapelle victimaire, sans pouvoir ne plus rien assumer d’autre discours collectif que le “nous sommes tous différents”. Cette gauche enfin qui essentialise chacun et chacune ».