McDonalds, harcèlement
Société

Le 19 décembre dernier, Mathilde, une salariée de 21 ans ayant dénoncé des faits de harcèlement sexuel et moral dans un restaurant McDonald du Havre, a été renvoyée pour faute grave.

«  Au McDonald’s de la gare du Havre, une des salariées qui avait dénoncé des graves cas de harcèlement sexuel et moral a été licenciée  » pour faute grave, a fait savoir le collectif McDroits, qui lutte contre les discriminations et le harcèlement au sein de l’enseigne. 

Direction passive

« Il me disait “t’as un beau petit cul” quand je passais en cuisine, posait des questions sur ma vie sexuelle… », témoigne en 2018 Mathilde, qui affirme ne pas être la seule à subir ce harcèlement. L’auteur des faits est alors sanctionné par la direction à huit jours de mise à pied, mais « son comportement ne cesse pas », déplore la jeune femme.

La direction n’en fera pourtant pas davantage, c’est pourquoi le 24 octobre 2020 une quinzaine de salariés du restaurant finissent par se mettre en grève pour soutenir Mathilde. Ce rassemblement fait aussitôt réagir la direction, qui assure «  aux employé-es qu’une enquête loyale, indépendante et impartiale sera diligentée à ce sujet ».

La direction s’est engagée « à mettre en place une cellule psychologique, à destituer de son mandat l’élu du personnel mis en cause et à instaurer des formations sur le harcèlement et le management », explique le collectif McDroits le collectif. Toutefois,  « à ce jour, aucune de ces mesures n’a été mise en place », et, pire encore, « de nombreux salariés ont fait part du fait que leurs témoignages ont été systématiquement discrédités ».

Employée trop bruyante

A l’issue de cette enquête, Mathilde reçoit une lettre de licenciement le 19  décembre 2020, par laquelle la direction lui reproche ses prises de position sur les réseaux sociaux.

« C’est dramatique de voir que c’est la lanceuse d’alerte qui a été licenciée et que McDo surveille les salariés dans leurs conversations privées », enrage Loïc Roldan, de la CGT commerce et services. « Il s’agit évidemment de se débarrasser d’une salariée qui fait trop de bruit, affirme le collectif McDroits. Ce qui se passe au Havre est symptomatique du système McDo. Des salariées dénoncent, la direction ne réagit pas. Dans les 80  témoignages que nous avons récoltés partout en France, c’est toujours le même schéma  ».

Mathilde, à qui l’on a demandé de quitter l’entreprise sans préavis ni indemnités, a annoncé  vendredi 8 janvier son intention de saisir les prud’hommes.

Politique

Il y a 20 ans, les femmes en Afrique du sud ont obtenu le droit de travailler dans les mines. Aujourd’hui, 15 % des employés de l’industrie minière sont de sexe féminin, mais tout n’est pas rose pour celles qui “descendent” car elles doivent faire face aux insultes et aux harcèlements.

Dans des conditions extrêmes, les femmes doivent travailler plus dur que les hommes pour être prises au sérieux et assumer un travail très physique. Une étude menée par l’université du Witwatersrand en 2009, démontre que les femmes sont fréquemment victimes d’abus sexuels, d’insultes, sans compter les demandes de “faveurs” en échange d’une aide pour les tâches les plus éprouvantes. Les hommes qui n’ont pas l’habitude de travailler avec des femmes considèrent majoritairement que ce n’est pas leur place à plus de 200 m sous terre.

Les entreprises comme la “Anglo American” ont organisé des roulements pour éviter aux femmes de ne jamais se trouver seules et de travailler avec d’autres femmes ou des hommes de confiance, une hotline contre le harcèlement sexuel a été mise en place, ainsi que l’installation de caméras de surveillance et un système de reconnaissance biométrique à l’entrée des vestiaires féminins.

Malgré les obstacles, les femmes prennent leurs places et les mentalités évoluent bon gré mal gré. “Les femmes ne doivent pas simplement saisir les opportunités pour réussir”, souligne l’une d’elles, devenue chef d’équipe, “elles ont aussi besoin du soutien de leurs patrons”.

Crédit photo : Daniel Mennerich