Politique

Alors qu’une sortie de crise se profile au Burkina Faso, suite à la signature ce dimanche d’une charte de la transition et la nomination de Michel Kafango comme chef du gouvernement intérimaire, la révolution de Ouagadougou a fait craindre durant de nombreuses semaines un embrasement dans la région du Sahel et la propagation du mouvement de contestation. Des inquiétudes sans fondement pour Jean-Yves Ollivier, spécialiste des relations diplomatiques, qui met en avant les différences fondamentales existantes d’un pays à l’autre du Sahel et de l’Afrique.

Selon une idée largement relayée par les médias africains, la chute de Blaise Compaoré ne pouvait pas mieux tomber pour les populations du Congo-Brazzaville, de la RD Congo, du Cameroun, du Togo, du Bénin, du Rwanda, ou du Tchad en soif d’alternance politique. Un phénomène s’inscrivant dans une tendance globale de sympathie révolutionnaire pacifique et populaire qui a démarré avec “la révolution des roses” en Géorgie en 2003, puis la “révolution orange” en Ukraine fin 2004 pour finalement s’insérer sur le continent africain via le Maghreb et le vent de la révolution arabe de 2011.

Or, s’il est vrai que des mouvements révolutionnaires peuvent parfois se répandre comme une traînée de poudre, ces théories se basent pour la plupart sur une simplification bien souvent préjudiciable de la situation géopolitique sur le continent africain et des pays du Sahel. En effet, considérer que le contexte politique et social puisse être similaire dans ces pays et qu’une simple étincelle au Burkina Faso enflammerait toute la région serait faire ici de bien trop nombreux raccourcis.

Comme le souligne en ce sens Jean-Yves Ollivier, l’Afrique n’est pas qu'”un grand pays”. “Les données et les situations varient d’un bout à l’autre de cet immense continent […] et on ne peut pas confondre la gouvernance de Blaise Compaoré avec celles de Joseph Kabila en RDC, ou de Paul Biya ou de Paul Kagamé au Cameroun et au Rwanda. Ces présidents n’ont guère en commun que leur longévité au pouvoir”.

Cela étant, la révolution de Ouagadougou devrait toutefois servir de leçon pour tous ces présidents au pouvoir depuis des décennies et qui souhaiteraient renouveler leur mandant malgré des limites institutionnelles. Ces derniers devront désormais séduire les jeunes générations au risque de subir des mouvements de contestations similaires. Le Burkina Faso comme le Sahel dans son ensemble compte aujourd’hui plus 70 % de moins de 30 ans, autant de jeunes qui n’ont connu que le président en place.

“Certains y parviendront, d’autres pas. Mais il faudrait être frappé d’amnésie pour prétendre, dès aujourd’hui, que leur tâche sera compliquée par l’effet Ouaga”, en conclut Jean-Yves Ollivier. Un effet qui semble avoir été largement surestimé.

Crédits photo : Maxppp

Coup de gueule

20 ans après sa libération, 6 mois après sa mort, le mythe autour de Nelson Mandela reste très fort. Malheureusement, si certaines initiatives ont reçu le soutien de l’ancien chef d’Etat sud-africain et de ses proches, comme le documentaire Plot for peace, retraçant le rôle de l’homme d’affaires français Jean-Yves Ollivier dans la libération de Mandela, d’autres ne visent que les gains, quitte à faire de la récupération politique et économique autour de l’ancien leader de l’ANC.

Nelson Mandela est une des personnalités ayant le plus marqué le 20e siècle et, malgré sa mort, son image et le mythe autour de sa personne sont toujours très importants.

Sa biographie Un long chemin vers la liberté s’est vendue à près de trois millions d’exemplaires., le film Invictus réalisé par Clint Eastwood dans lequel Morgan Freeman incarnait Madiba avait attiré de nombreux spectateurs et le documentaire Plot for Peace, sorti l’an dernier et qui retrace les coulisses de la libération de Nelson Mandela et notamment le rôle de l’homme d’affaires français Jean-Yves Ollivier, a rencontré un franc succès. Il est vrai que ces initiatives étaient respectueuses du combat, du parcours et de la mémoire de l’ancien leader de l’ANC, c’est pourquoi des proches de Madiba comme Winnie Mandela et Thabo Mbeki, ancien président sud-africain, avaient participé au documentaire, par exemple.

Cependant, les profiteurs ne sont jamais loin et opéraient déjà lorsque Nelson Mandela était vivant. Ainsi, en 2005, Mandela avait porté plainte contre son ancien homme de confiance Ismail Ayob. Celui-ci avait contrefait sa signature à de nombreuses reprises pour vendre des œuvres d’art présentées comme étant celles de l’ancien chef d’Etat sud-africain.

Récemment, un site, basé à Chypre, a prétendu récolter de l’argent pour la Fondation Mandela. Finalement, cette argent n’a jamais été reversé et a tout simplement été détourné. Aussi, il y a deux ans, une Néerlandaise avait déposé la marque Mandela aux Pays-Bas sans l’accord de l’intéressé. De nombreux gadgets et pièces d’or utilisant l’image de l’ancien président sud-africain ont été commercialisés, toujours sans son accord, ce qui l’avait poussé peu de temps avant sa mort à déposer les noms «Mandela» , «Madiba», «Rolihlahla» ainsi que son numéro de matricule de prisonnier: «46664».

Néanmoins, depuis sa mort, de nombreux entrepreneurs privés proposent des visites des townships et des lieux de vie de Madiba en utilisant son image, sans même avoir les connaissances historiques suffisantes pour expliquer le régime d’apartheid. Plusieurs musées de l’apartheid sont bourrés de contrevérités historiques. L’effigie de Nelson Mandela est utilisée à toutes les sauces et attire les touristes.

Ses anciens avocats et ses proches doivent se battre pour ne pas galvauder sa mémoire mais certains d’entre eux n’ont pas toujours été exempts de tout reproche. Ainsi, l’un de ses petits fils s’était vu par le passé reprocher par la presse sud-africaine d’avoir mis en danger la vie du vieil homme en l’amenant à des meetings politiques de soutien à Jacob Zuma, alors qu’il était visiblement épuisé, lors de la campagne présidentielle précédente.

Coup de gueuleEconomiePolitique

Expo_coloniale_1906.jpgAlors que les questions mémorielles captivent la Chancellerie, les spécialistes de la rive sud de la Méditerranée continuent de s’opposer sur l’héritage de la colonisation. Après l’interview du professeur d’histoire à l’université de Dakar, Ibrahima Thioub, donnée au journal Le Monde, Jean-Yves Ollivier rapporte une vision différente de cette période dans son livre publié il y a quelques jours, Ni vu ni connu

Alors que les questions mémorielles sont plus que jamais réexaminées par la garde des Sceaux, Christiane Taubira, les résolutions du Parlement ne peuvent empêcher le débat sur la colonisation de se poursuivre. Quelques jours après le diner du CRIF, où le président avait déjà fauté en 2013, on remarque que François Hollande illustre à lui seul les ambivalences sur cette période historique. En effet, à la tête du parti socialiste il affirmait que la France doit « encore des excuses au peuple algérien », alors qu’aujourd’hui il reprend la formule « ni excuses, ni repentance » car désormais « j’engage la France, je n’engage pas un parti » nous explique le responsable socialiste.

L’universitaire sénégalais, Ibrahima Thioub est également chercheur associé à l’Institut d’études avancées de Nantes et dénonce notamment le système de la Françafrique comme héritage de la colonisation. L’historien estime qu’au « moment des indépendances africaines, la France a transféré le pouvoir aux élites les plus favorables à une continuation du système colonial ». Pour expliquer les difficultés économiques contemporaines, il évoque de nouveau le « modèle colonial français, qui a investi a minima dans les colonies pour en extraire le maximum de ressources au profit de la métropole. Cela a laissé ces territoires à l’état de squelettes ».

De son côté, Jean-Yves Ollivier, l’émissaire à l’origine de la libération de Nelson Mandela, refuse cette explication simpliste. D’abord, il rappelle les différences régionales du continent en parlant d’une « rêverie panafricaine » qui attribuait à toute l’Afrique un sort commun. Souhaitant se débarrasser des affects entourant ces réflexions, il nous interroge, « y a-t-il beaucoup de faits historiques qu’on prendrait plaisir à contempler sans le cordon sanitaire du temps qui s’est écoulé depuis » ?

Lucide, il souhaite prendre du recul par rapport aux analyses moralisantes : « le colonialisme était aussi une marche – pas toujours forcée – vers la modernité et l’émancipation, par exemple pour s’affranchir des tribus esclavagistes ou pour contester la tyrannie des gérontocrates, sinon des hommes sur les femmes ». Enfin, en guise de réponse à la thèse de Walter Rodney qui fait de l’Europe la principale responsable du retard de l’Afrique, l’auteur se veut pragmatique : « si l’Afrique subsaharienne avait possédé la mitrailleuse Maxim avant l’Europe, ou la culture irriguée, l’imprimerie, l’administration fiscale, et des archives, elle n’aurait sans-doute pas été colonisée »…

Politique

PlotForPeace.jpg Réalisé par le jeune réalisateur espagnol Carlos Agullo et distribué par la société « Rezo films », le film-documentaire « Plot for Peace » qui retrace la vie de l’homme d’affaires français Jean-Yves Ollivier est sorti dans l’Hexagone ce 20 novembre. Une occasion pour le public français de découvrir un destin hors du commun.

« Avec Jean-Yves rien ne fuite, mais les résultats sont là » affirmait Thabo MBeki, second président de la République d’Afrique du Sud. Carlos Agullo avait donc la périlleuse mission de réaliser un film sur un homme resté volontairement dans l’ombre durant toute sa carrière de businessman et de diplomate officieux des différents gouvernements africains comme français. Loin de représenter à l’écran l’histoire officielle de la chute de l’Apartheid, « Plot for Peace » évoque donc les coulisses de l’histoire à travers le personnage atypique et surtout d’habitude très discret de Jean-Yves Ollivier. S’il accepte aujourd’hui de sortir de l’ombre et de raconter son parcours africain, c’est aussi pour défendre son honneur. Maintes fois critiqué pour avoir parfois défendu ou fréquenté des chefs d’Etats souvent controversés, il l’affirme aujourd’hui :

« Aussi injustes soient-elles, je n’ai pas souffert de ces étiquettes qu’on m’a collées mais mon entourage a parfois été heurté. J’ai fait un film et écrit un livre qui paraîtront bientôt, pour que ceux que j’aime sachent qui je suis réellement. »

La véritable force du réalisateur est d’avoir réussi à mêler dans un même film des genres totalement différents. A l’ambiance du thriller américain s’ajoute la précision d’un documentaire historique. Des témoignages de personnalités, des scènes d’action et des images d’archives s’invitent dans le film et forment un mélange réellement détonant et inattendu. On peut le dire, le film a déjà séduit à l’étranger. Après avoir remporté le prix du festival du film de Galway et avoir été nominé au festival du film de Valadollid et au festival des Hamptons, « Plot for Peace » s’attaque à l’Hexagone et va tenter de convaincre le public français.

Coup de gueule

Le public de l’Hexagone va enfin avoir l’occasion de découvrir au cinéma le film « Plot for Peace », un témoignage bouleversant sur la chute de l’Apartheid. Distribué par la société « Rézo Films », l’histoire du businessman Jean-Yves Ollivier sort ce 20 novembre dans les salles.

Plot for Peace

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Politique

jean-yves-ollivier.jpeg Homme d’affaires assez discret, proche de nombreux présidents et hommes de pouvoir africain, Jean-Yves Ollivier s’engage dans l’ombre depuis près de quarante ans pour la paix en Afrique et contre l’ingérence occidentale.

Sans langue de bois, ce businessman singulier prend la parole contre l’impérialisme des puissances occidentales sur le continent africain qu’il nomme le « militaro-humanisme » et qu’il perçoit comme l’héritage du vieux rêve civilisateur colonial. Il souhaite donc l’avènement d’une Afrique indépendante des puissances européennes et dénonce « l’aide au développement qui génère une dépendance malsaine vis-à-de l’Occident ».

On peut dire que l’homme connait parfaitement les rouages des relations franco-africaines, lui qui a longtemps joué l’intermédiaire officieux des relations entre le gouvernement français et les chefs d’Etat africain. L’aide au développement actuelle demeure une forme de paternalisme n’ayant pas de bénéfices réels à long terme pour les populations concernées et encourage même « la corruption généralisée » qui gangrène le continent africain depuis les Indépendances.

Contre le « temple tiers-mondiste » et contre « le droit-de-l’hommisme », il affirme sans tabou que les relations économiques entre l’Europe et l’Afrique doivent être totalement refondées dans le but d’apporter des avantages matériels à long terme pour les populations locales. Il prône ainsi la création de grandes infrastructures modernes, notamment dans le secteur des transports, problème malheureusement récurrent sur le continent Africain.

Si les mots de l’homme d’affaires semblent aller à contre-courant de la pensée officielle, n’y a-t-il pas une certaine part de vérité ? L’aide au développement n’est-elle pas in fine une forme de néocolonialisme qui encourage et généralise la corruption en Afrique ? A ces questions, l’Europe doit apporter une réponse précise et peut-être rompre en partie avec ce vieux rêve impérialiste et colonisateur, l’une des pages les plus sombres de son histoire.

Coup de coeur

jean-yves-ollivier_nelson-mandela.jpg Interrogé lors d’une interview pour Paris Match, Jean Yves Ollivier, commerçant en matières premières, délivre un témoignage critique de la coopération internationale en Afrique. Alors qu’il compare entre les lignes les sanctions internationales et l’aide au développement, à une nouvelle forme de colonialisme ; sa critique réaliste des mécanismes existants se transforme en véritable apologie d’un pragmatisme au service du développement.

Pour une rupture de la politique africaine de la France

Les critiques à l’encontre des pratiques des Etats occidentaux en Afrique ne sont pas récentes mais pourtant toujours bien d’actualité. Ainsi l’aide publique au développement de la France représenterait plus un outil d’accompagnement pour les exportations françaises qu’une véritable « prime à la démocratie ». L’énigmatique Monsieur Jacques, émissaire lors des tractations des accords de Brazzaville nous livre son point de vue à ce sujet : « De la corruption généralisée sur laquelle repose l’essentiel de l’édifice de l’aide au développement aux effets désastreux en matière de fiscalité (pourtant l’un des piliers de la constitution d’un état de droit), en passant par la classe de rentiers de l’humanitaire qui se forme notamment dans les pays africains, l’aide au développement génère une dépendance malsaine vis à vis de l’Occident ».

Pour autant, il souligne dans une interview accordée à Paris Match qu’il ne faut pas être naïf quand aux réalités plurielles de la coopération franco africaine : « C’est un leurre de penser que les Africains se retrouvent systématiquement dans la position du cheval et les Français dans celle du cavalier qui le chevauche selon son bon vouloir ». Avec le même souci de vérité, il critique ouvertement l’application des sanctions internationales :

Afrique, le continent des convoitises

Le nouveau panorama des relations internationales accorde une place particulière à l’hyper puissance asiatique. Alors que l’expression Chinafrique fait déjà flores, les acteurs économiques impliqués localement récusent l’idée d’un plan organisé à la Cite Interdite sous la forme d’un Politburo.

Qui plus est, malgré la multiplication du commerce bilatéral par 10 en seulement 10 ans, l’Afrique reste un partenaire commercial marginal de l’Empire du Milieu ; pour les analystes l’intensification des relations s’explique avant tout par « le résultat de multiples actions non coordonnées ». Pour autant, s’il faut s’empêcher de faire naitre des fantasmes sur la présence chinoise sur le continent et sur leur stratégie économique d’appropriation des ressources; l’homme d’affaires souligne au détour des questions l’absence de résultats des approches françaises dans ces pays : « La France a parlé pendant vingt ans de construire une route entre Pointe-Noire et Brazzaville, axe essentiel pour le Congo, sans jamais être capable de la financer. Les Chinois sont arrivés et en deux ans, c’était fait ».

Pour répondre à cette défaillance, le gouvernement socialiste a d’ailleurs modifié la mission de Mme Revel, en renforçant le caractère interministériel de l’intelligence économique au conseil des ministres du 21 août. On ne peut qu’espérer qu’il s’agisse du début de la prise de conscience des difficultés que rencontre notre diplomatie économique.

Coup de coeur

Au milieu de tous les films surmédiatisés du dernier festival de Cannes, un petit bijou relève le niveau. Il s’agit de la biographie de Jean-Yves Ollivier, Plot For Peace, qui montre l’un des processus qui a permis d’en finir avec le régime raciste de l’Apartheid.

Plot for peace

Dans Plot For Peace, les images d’archives africaines inédites et les interviews des personnalités historiques sont mises en valeur avec brio par le prodige du cinéma espagnol, Carlos Agulló.

En dehors de la réalisation impeccable, c’est surtout le scénario qui est haletant : on y découvre comment la petite histoire d’un homme d’affaire, Jean-Yves Ollivier, va influencer la grande Histoire d’un personnage mythique, Nelson Mandela.

Sans dévoiler tous les secrets de ce film passionnant, relevons qu’il permet de comprendre le rôle de la diplomatie parallèle et de replonger dans une histoire sud-africaine aux multiples facettes.

Les témoignages de l’ex-femme de Mandela, Winnie Mandela et de l’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, apportent une crédibilité historique et une authenticité à un documentaire autrement plus intelligent que de nombreux films d’auteurs présentés lors de ce dernier festival de Cannes.