Politique

Le chat du Rabbin- Joann Sfar – Intégrale T1 à T5

Mots de la Fnac : Les cinq volets de la saga du Chat du Rabbin sont réédités en un beau livre en forme d’intégrale. L’occasion de se plonger avec délices dans cette comédie humaine – et animale – servie par le dessin enchanteur et la créativité sans limites de l’un des auteurs les plus talentueux et les plus imaginatifs d’aujourd’hui.

Un chat doué de parole et qui veut faire sa bar-mitsva, c’est comme les fourmis de dix-huit mètres dans la poésie de Robert Desnos : ça n’existe pas. Ou alors, seulement chez un autre poète, ces inventeurs d’univers à qui tout est permis. Comme Joann Sfar, par exemple. Ces derniers temps, on a beaucoup parlé du Sfar metteur en scène, à l’occasion de la réalisation de son premier long-métrage consacré à Serge Gainsbourg. Mais il ne faudrait pas perdre de vue l’essentiel : Sfar reste avant tout un conteur amoureux fou de la bande dessinée, de la magie du dessin et des histoires que l’on raconte en images aux enfants – et aussi à leurs parents, d’ailleurs.

Enfant prodige de cette « nouvelle » génération d’auteurs de BD apparus dans les années 1990, Sfar s’est vite fait remarquer par l’abondance de sa production mais aussi par son goût immodéré pour les belles histoires et les personnages pittoresques. Souvenir, sans doute, des histoires juives que lui racontait sa grand-mère quand il était petit. Longtemps, il a donné l’impression de se disperser, entamant une série ici, en démarrant une autre là, laissant penser qu’il se perdait sur des routes secondaires au lieu de rester sagement sur la grand-route et de donner naissance à un univers cohérent, comme le font tous ces auteurs qui se consacrent à une seule et même série tout au long de leur carrière. Mais le gaillard savait où il allait et, mine de rien, donnait naissance à une œuvre authentique où se retrouvaient, d’un album à l’autre, toute une galerie de personnages qui allaient former le petit monde de Joann Sfar.

Avec sa saga du Chat du Rabbin, il se consacrait enfin à une « vraie » série conforme aux canons éditoriaux de la bande dessinée, ce qui ne l’empêchait pas d’user de cette même liberté créatrice qui a toujours été sa marque de fabrique. Ce voyage en images dans l’Algérie des années 1930 se faisait tout de suite remarquer par la singularité de son propos et la densité de ses personnages. Le Chat du Rabbin est tout à la fois, comme une bande dessinée totale qui engloberait tout ce que l’on peut dire avec ce mode d’expression. Tout, c’est-à-dire une fable, un petit traité de philosophie, une saga d’aventure, une plongée quasi ethnographique dans le monde méditerranéen, un manifeste contre le racisme et l’intolérance, une savoureuse comédie humaine (et animale, aussi), une vision très personnelle de la religion, une formidable leçon de dessin. Bref, serait-on tenté de dire si le mot n’avait pas été aussi souvent galvaudé : un vrai chef-d’œuvre, capable d’apporter une salvatrice bouffée de bonne humeur à son lecteur, lequel se trouve revigoré pour longtemps après avoir refermé cette intégrale des cinq volumes du Chat du Rabbin…