Macron, Biélorussie,
International

Après s’être rendu au Liban il y a quelques semaines, puis à New York, où il a assisté à la 75e session de l’Assemblée générale des Nations unies lundi 21 septembre, Emmanuel Macron effectue maintenant une visite de deux jours dans les pays baltes, états voisins de la Biélorussie.

Position claire 

La position du président français était connue avant même que celui-ci ne décolle pour Vilnius, où il doit rencontrer une partie de l’opposition biélorusse. « Ce qui se passe en Biélorussie, c’est une crise de pouvoir, un pouvoir autoritaire qui n’arrive pas à accepter la logique de la démocratie et qui s’accroche par la force. Il est clair que Loukachenko doit partir », déclarait hier Emmanuel Macron dans le Journal du Dimanche (JDD).

Et interrogé sur les risques que représente une telle ingérence pour les relations franco-russes, le président, qui souhaite pourtant « réinventer une architecture de sécurité et de confiance entre l’Union européenne et la Russie » est resté évasif. « Il se trouve que j’ai parlé à Vladimir Poutine le 14  septembre, le jour où il recevait Loukachenko à Sotchi. Je lui ai dit que la Russie a un rôle à jouer, et ce rôle peut être positif s’il pousse Loukachenko à respecter la vérité des urnes et à libérer les prisonniers politiques. C’était il y a quinze jours, nous n’y sommes pas », a-t-il simplement fait savoir.

Méfiance des Biélorusses 

Selon Ania, une manifestante biélorusse, « les déclarations du président français sont fortes. Mais, pour faire quoi ? Je préférais que nous ayons de réelles négociations entre Biélorusses et sans intervention extérieure pour discuter de l’avenir de notre pays et de ses réformes ».

Car les manifestants savent très bien que même si un camp est supposé démocratique et l’autre non, Européens et Russes n’agissent que dans leur propre intérêt. « Deux camps se dessinent de plus en plus clairement. Et cela nous inquiète. Ils se fichent des Biélorusses comme des Ukrainiens, six ans plus tôt. Les Européens et les Russes ne souhaitent que récupérer le marché biélorusse et ses entreprises publiques », explique un député du Parti communiste russe.

Hidalgo gare du Nord
Coup de coeurCoup de gueulePolitiqueSociété

Surprise ! Après l’avoir soutenu en se pinçant le nez, la Mairie de Paris retourne sa veste et s’oppose désormais au projet de rénovation de la Gare du Nord, qui prévoit de transformer la gare en gigantesque centre commercial. Le revirement de la mairie de Paris sur ce dossier renforce malgré tout celles et ceux qui se sont engagés depuis plusieurs mois dans la lutte contre ce projet inique. À l’Élysée et à la préfecture, la crainte de voir une ZAD fleurir sur les pavés de la capitale commence à donner des nuits blanches à certains.

 La mairie de Paris s’encanaillerait-elle ? Dans les couloirs feutrés de la municipalité, on s’oppose désormais officiellement au projet délirant de rénovation de la Gare du Nord. Après avoir été cul et chemise avec l’Élysée, avec la préfecture et avec la famille Mulliez sur ce dossier, la municipalité appelle désormais « à reconsidérer le projet en profondeur pour le rendre viable et acceptable ». « Je suis catastrophé par la décision du gouvernement d’accorder le permis de construire. C’est une grave faute politique », déclare même l’ancien maire adjoint en charge de l’urbanisme, Jean-Louis Missika, selon qui « ce projet de la famille Mulliez et du groupe Auchan finira aux poubelles de l’histoire ».

Alors que les premiers coups de pelles du chantier ont débuté le 20 juillet dernier, la Mairie de Paris a sorti la sulfateuse dans la presse pour critiquer un projet qu’elle soutenait encore il y a quelques mois. Interviewé, le premier adjoint Emmanuel Grégoire, s’est lâché en déclamant que « le gouvernement vient de s’inventer un nouveau Notre-Dame-des-Landes en plein Paris » et lui souhaitant « beaucoup de courage sur le plan politique et juridique ».

Un retournement qui n’est peut-être pas tout à fait désintéressé : il se murmure qu’Anne Hidalgo couve des ambitions présidentielles et autour d’elle, ses partisans préparent un « storytelling » (comme ils disent) efficace, censé transformer la meilleure copine des grands patrons en candidate idéale de la gauche.

On connaissait Anne Hidalgo en reine du « greenwhasing » quand elle plante des potagers urbains tout en déroulant le tapis rouge aux industriels polluants. On connaissait Anne Hidalgo en reine du « pinkwashing », quand elle réduit la lutte LGBT aux passages piétons couleur en arc-en-ciel. On découvre désormais Anne Hidalgo en « leftwashing », quand elle se réveille un matin en zadiste révoltée contre la marchandisation de notre société.

Mais ne boudons pas notre plaisir : avec le soutien politique et juridique de la mairie de Paris, les collectifs engagés contre ce projet ont désormais un allié de poids pour bloquer ce chantier de rénovation. Un projet indéfendable, puisqu’il prévoit tout simplement de remplacer l’actuelle gare par un véritable « mall » à l’américaine. Des galeries marchandes qui doivent permettre de rentabiliser le passage des milliers de voyageurs quotidiens, à qui on imposera désormais une étape « conso » entre le « métro-boulot-dodo ». À moyen terme, c’est bien la gentrification du quartier et la chasse aux catégories populaires du nord de la capitale qui sont visées, en aseptisant le 10e arrondissement et en attirant les classes aisées avec leurs boutiques favorites.

Une opération très lucrative pour la famille Mulliez et son groupe Ceetrus : le montage juridique prévoit en effet que SNCF Gares & Connexions ne détienne que 34 % des parts de la société, 66 % revenant à Ceetrus qui s’arrogera, de plus, l’exclusivité de l’exploitation commerciale de l’ensemble pendant quelque 46 années. La gare du Nord fait ici figure d’archétype du capitalisme carnassier : après avoir laissé la gare se dégrader, en passant la SNCF à la lessiveuse de l’austérité budgétaire, l’État confie au privé le soin de « rétablir la situation », lui permettant au passage de réaliser d’importants bénéfices. Une mécanique bien rôdée que l’on connaît par cœur puisqu’elle est à l’œuvre sous tous les gouvernements français depuis 20 ans, des caisses de retraite aux autoroutes, en passant par les aéroports et l’énergie.

Pour la déclaration de guerre que ce projet de rénovation représente contre les catégories populaires du Nord-est parisien et comme symbole de la marchandisation de la société et du rapt des derniers fleurons nationaux par des acteurs privés, il faut bloquer à tout prix ce chantier de la gare du Nord. Une Zone à Défendre à quelques kilomètres à vol d’oiseau de beaux quartiers et de l’Élysée serait un désastre pour la communication d’Emmanuel Macron à quelques mois de l’élection présidentielle. En voilà une bonne idée !

macron, formation, supplémentaire
PolitiqueSociété

Lors de son allocution télévisée du 14 juillet, le président de la République Emmanuel Macron a offert la possibilité aux étudiants qui le souhaitent de continuer leurs études plutôt que d’entrer sur un marché de l’emploi déjà saturé. Hélas, les écoles n’ont pas les moyens des ambitions du président.

200 000 places vont être créés « dans des formations qualifiantes supérieures pour permettre à un jeune qui n’a absolument aucune issue, aucune perspective d’embauche, de poursuivre un peu ses études, avec un accompagnement social », promettait monsieur Macron. 

Intéressant pour certains étudiants 

Parmi les quelques 700 000 jeunes qui doivent entrer sur le marché du travail à la rentrée, certains étudiants trouvent l’idée de rempiler intéressante. Diane, jeune diplômée d’un master 2 en relations internationales, a par exemple choisi de prolonger ses études de deux ans.

« Je considérais l’idée de continuer mes études avant la crise, mais c’est sûr que le Covid a accéléré ma réflexion. C’est une source d’inquiétude, ça va être plus difficile d’entrer sur le marché du travail, explique la jeune femme. Ce semestre, j’ai effectué mon stage de fin d’études dans une collectivité locale, mais avec une partie en télétravail, je n’ai pas pu faire toutes les choses prévues à l’origine. J’ai peur que ça ne me porte préjudice, que je ne sois pas assez formée pour trouver un emploi tout de suite. »

Infaisable selon les profs 

De leur côté, les enseignants, qui savent qu’ils n’ont pas les moyens d’accueillir 200 000 étudiants supplémentaires, sont sceptiques. « Nous n’avons déjà pas les moyens d’accueillir les nouveaux bacheliers qui vont commencer leurs études à la rentrée, prévient Anne Roger, cosecrétaire générale du Snesup-FSU, syndicat des enseignants du supérieur. Le danger est que, faute de ressources, on brade les formations en balançant les étudiants en stage dans des entreprises, sans plus de théorie. Ce qu’on réclame, c’est le plus haut niveau de formation pour tous ».

« Il nous faut plus de moyens, au moins pour couvrir les frais d’inscription qui représentent entre 6 000  et 7 000  euros par élève. Mais il nous faut aussi un plan massif d’embauche d’enseignants titulaires et non pas contractuels, et bien sûr plus de mètres carrés pour accueillir tous les étudiants », précise la syndicaliste.

Macron Trump
International

Alors qu’Emmanuel Macron promettait en 2017 de s’émanciper de toute ingérence extérieure, il semblerait que le président français ait finalement décidé, comme nombre de ses prédécesseurs, d’emboîter le pas des Etats-Unis, au détriment de la crédibilité de la diplomatie française.

« Avec moi, ce sera la fin d’une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans, assurait-il à son arrivée à l’Elysée en 2017. La démocratie ne se fait pas depuis l’extérieur à l’insu des peuples. La France n’a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye ».

« Entière solidarité »

Depuis 2017 et le regain des tensions entre les Etat-Unis et l’Iran, Emmanuel Macron, qui se pose pourtant en négociateur impartial, a toujours décidé de prendre le parti de Washington.

En 2018 déjà, quand les États-Unis annonçaient vouloir « déchirer » l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), le président français prétendait pouvoir sauver le texte en faisant revenir monsieur Trump à la table des négociations. Au lieu de cela, il a aidé à enterrer l’accord, en proposant que soit rédigé un nouveau texte « plus large ». Drôle de manière donc de « ne pas sortir de l’accord ».

Plus récemment, alors que les États-Unis prenaient le risque, sans consulter leurs alliés, de déclencher un conflit ouvert en assassinant le général iranien Ghassem Soleimani, Emmanuel Macron a assuré Donald Trump de son « entière solidarité ». Dans le même temps, le président français appelait Téhéran à « la retenue ».

Isoler l’Iran

Emmanuel Macron n’a donc pas hésité à sacrifier l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, au motif qu’il n’incluait ni la question de la limitation de l’influence régionale de l’Iran, ni celle de son programme balistique, « le plus diversifié et le plus avancé du Moyen-Orient », selon le quai d’Orsay.

Le président français reconnaît également partager le diagnostique de Donald Trump, selon qui les forces iraniennes en Syrie ont « de moins en moins à voir avec les rebelles syriens et de plus en plus à voir avec Israël ».

Europacity
EconomiePolitique

Qui se souvient que l’annonce de la candidature d’Emmanuel Macron en 2016 avait eu lieu à Bobigny, en Seine Saint-Denis ? Un symbole qui paraît aujourd’hui bien loin, alors que le candidat, devenu depuis Président de la République, ne cesse de droitiser son discours. Une surenchère dans les mots couplée à un véritable abandon des quartiers populaires sous son quinquennat.

Le gouvernement essaie-t-il d’acheter la paix sociale dans les banlieues alors qu’il continue à leur tourner le dos ? Afin de combattre « les difficultés hors norme » de la Seine–Saint-Denis, le Premier ministre Édouard Philippe a présenté, jeudi 31 octobre, une batterie de 23 mesures. Élément phare, le gouvernement veut notamment s’attaquer à l’important turn-over des agents de la fonction publique d’État en octroyant une prime « de fidélisation » de 10 000 euros aux fonctionnaires demeurant au moins cinq ans en poste dans le département.

Une mesure symbolique, qui masque mal une réalité simple : le 93, c’est 30 % de taux de chômage, un habitant sur trois qui vit sous le seuil de pauvreté. Et parallèlement, le même département accueille les sièges sociaux de nombreux géants du CAC 40 comme Veolia, Vinci, BNP Paribas, SFR… Sans compter l’aéroport de Roissy-CDG. C’est ce décalage qui rend la situation sociale explosive dans le département et qui rappelle crûment à quel point la question de la redistribution des richesses est essentielle.

À ce titre, le département de la Seine Saint-Denis est révélateur de l’impuissance du politique : cette dernière décennie, pas moins de 2 700 politiciens, législateurs, hauts fonctionnaires ou ministres s’y sont rendus défendre telle ou telle mesure. Pour quel résultat ?

La banlieue, c’est quoi ?

Ce que les médias et les responsables politiques nomment « la banlieue », c’est 1500 quartiers prioritaires en France, où vivent 4,8 millions de Français, soit 7 % de la population. De plus, 76 % des habitants de ces quartiers vivent dans un logement social et 40 % vivent dans la pauvreté contre 16 % de l’ensemble de la population. La banlieue, c’est donc un territoire géographique, mais aussi un territoire social : c’est l’accumulation de difficultés économiques en périphérie des grandes métropoles qui fait d’un quartier « une banlieue ». Enfin, c’est aussi un territoire mental, solidement ancré dans les représentations collectives : selon un sondage Odoxa, deux Français sur trois pensent que la plupart des jeunes de banlieue « se comportent mal ». Un avis partagé par la moitié des habitants des mêmes quartiers !

Cependant, les mesures promises il y a quelques semaines par le gouvernement pour venir en aide à ces territoires s’apparentent à une forme de « cache-sexe » : dans les discours et les actes, c’est plutôt une politique d’abandon, voire un véritable rapport de force, qui semble avoir la préférence des autorités. La récente polémique sur le voile et les propos du ministre Jean-Michel Blanquer ont creusé le divorce entre le gouvernement et les quartiers populaires.

En 2017, ces derniers représentaient un vivier de voix pour un candidat « social-démocrate » qui reprenait en partie les mots de la gauche. Aujourd’hui, avec 2022 à l’horizon, les banlieues représentent surtout un sujet de débats et de polémiques utiles pour resserrer l’électorat bourgeois urbain autour de son Président, tout en siphonnant quelques voix aux Rassemblement National, l’adversaire annoncé au second tour.

Un abandon symbolisé par la cascade de départs au Conseil présidentiel des villes. Conçu à l’origine comme une « courroie de transmission » entre l’Élysée et la société civile des quartiers, l’organisme a vu ces dernières semaines plusieurs de ses membres emblématiques claquer la porte. La polémique autour du voile dans les sorties scolaires et la position du ministre de l’Éducation Nationale ont été à ce titre un véritable point de rupture : « je démissionne, car je ne puis siéger dans une institution qui voit les humiliations que subissent les habitants des quartiers non pas pour l’endroit d’où ils viennent, mais bien pour ce qu’ils sont tout simplement » a déclaré l’humoriste Yassine Belattar dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron. « Que ce gouvernement laisse s’installer des débats qui n’ont pas lieu d’être m’a profondément choqué » a déclaré pour sa part Mohammed Mechmache, figure associative des quartiers populaires depuis les révoltes urbaines de 2005.

« La promesse initiale était que nous aurions la possibilité de rencontrer le président en séance plénière trois ou quatre fois dans l’année », explique un autre membre du CPV, Majid El Jarroudi à la tête de l’ADIVE, l’Association pour la diversité entrepreneuriale. « Or nous ne l’avons plus vu depuis le lancement du CPV. Nous n’avons donc pas pu jouer le rôle d’alerte que nous aurions dû jouer. Les premiers touchés par tous ces débats inutiles sont les habitants des quartiers prioritaires ».

EuropaCity : se faire « une virginité écolo sur le dos de la banlieue » ?

L’entretien accordé à Valeurs Actuelles au mois d’octobre ne laisse d’ailleurs aucun doute : pour 2022, le gouvernement a mis le cap à droite toute. Un revirement pour lequel les banlieues ont été jetées par-dessus bord.

Sur la question du voile, la banlieue sert d’épouvantail électoral. En économie, elle alimente le discours néolibéral sur « l’assistanat » qui « coûte un pognon de dingue ». Et sur l’écologie elle permet, à moindres frais, de verdir un mandat pour l’instant guère encourageant pour la protection de l’environnement.

Évidemment, EuropaCity c’était à l’origine l’expression d’un capitalisme marchand débridé complètement dépassé. Mais, sous la pression de l’État et surtout des différents collectifs mobilisés, le groupe Ceetrus (filiale d’Auchan) avait été contraint de revoir à plusieurs reprises sa copie : abandon de la piste de ski d’intérieur, division par trois de la surface commerciale, compensation de l’artificialisation des 80 hectares en création de parcs en Île-de-France, plantation de 4 000 arbres sur le site, objectif zéro carbone… Le rapport de force, en faveur des écologistes, avait forcé le groupe Auchan et Europacity à transformer positivement le projet.

Mais au lieu de continuer à accroître la pression pour forcer les acteurs économiques à rehausser leurs objectifs environnementaux, le gouvernement a préféré totalement abandonner EuropaCity. Et du même coup, abandonner les 10 000 emplois attendus dans tout le Val-d’Oise et la Seine–Saint-Denis. Une bonne nouvelle ?

Cela dépend pour qui. Pour les habitants de Gonesse et de Roissy, certainement pas. Pour les candidats LREM aux municipales qui devront aller chercher les voix des électeurs d’Europe Écologie les Verts, probablement. « La déception est immense, on sent un mépris du gouvernement par rapport à la banlieue, on a l’impression que le président nous marche dessus juste pour dire qu’il fait de l’écologie. L’est du Val-d’Oise, c’est le parent pauvre de l’Île-de-France. On n’a rien, pas de transports, pas de métro, on est abandonnés », a réagi Kamel Slimani, membre du Collectif des vrais gens, créé par les habitants du département qui avaient placé leurs espoirs dans EuropaCity. Même son de cloche du côté d’Ali Soumaré, conseiller socialiste de Villiers-le-Bel, pour qui « on se fait une virginité écolo sur le dos de la banlieue. Tout le monde sait que ce n’est pas EuropaCity qui va siphonner la planète, on parle de terres archi-polluées, entre des autoroutes et des aéroports. Cette décision, c’est une belle hypocrisie », peste-t-il.

Un élément supplémentaire dans le divorce entre le pouvoir et les banlieues.

Macron, Réunion
Politique

Le chef de l’État, en visite à la réunion de mercredi à vendredi, a reçu un accueil bien moins chaleureux que lors de sa dernière visite, en 2017, alors qu’il était candidat à la présidentielle. 

« Le quartier de la préfecture ( Saint-Denis de la Réunion ) sera bouclé durant tout le séjour, et chaque apparition publique du chef de l’État se fera sous haute surveillance, au cœur d’un périmètre où seules les personnes accréditées seront autorisées à pénétrer », peut-on lire dans Témoignages, le journal en ligne du Parti communiste réunionnais (PCR).

« Ce gouvernement n’aime pas La Réunion  » 

« Ce gouvernement n’aime pas La Réunion et tire notre région vers le bas, assure la députée GDR Huguette Bello.  Ce jeudi, je manifesterai dans la rue avec les miens. Des coups répétés sont portés à l’emploi, aux services publics, à l’agriculture, au logement ; le BTP est en panne. Ce gouvernement dépouille La Réunion du peu qu’elle a, les avancées que les Réunionnais ont obtenues par la lutte sont réduites à néant. » 

Il est vrai qu’en dépit des promesses gouvernementales, la vie reste bien plus chère à la Réunion qu’en métropole. Les prix y sont 7  % plus élevés alors que les revenus sont inférieurs de 30  %, et le chômage y atteint des taux astronomiques  : 42  % de jeunes et 24  % pour de la population globale.

Selon l’eurodéputé FI Younous Omarjee, « les gens n’y croient plus car ils se rendent compte que, après chaque visite ministérielle, la situation ne change pas ou se détériore. Cela créé une rupture de confiance et le pacte républicain s’en trouve fragilisé ».

« Accueillir “dignement” Macron » 

« Comme l’a rappelé dimanche le PCR, ce séjour (du président) a lieu dans un pays où la situation sociale est qualifiée de “hors normes” », rappelle Témoignages.

Les syndicats se préparent donc à « accueillir “dignement” Macron » pour qu’il réalise qu’« il est impossible de continuer à vivre dans un tel contexte de pauvreté et d’inégalités croissantes », ajoute Ivan Hoarau, de la CGTR. 

Macron, Mayotte, immigration
Politique

Mardi 22 octobre, Emmanuel Macron s’est rendu à Mayotte pour soutenir son plan de développement à trois branches : la santé, la sécurité et l’immigration. Toutefois, contexte actuel oblige, le président a surtout parlé de la dernière.

«  Plan Shikhandra  »

A Mayotte, le droit du sol a récemment été «  aménagé  » pour lutter contre l’immigration clandestine venue principalement des Comores (dont Mayotte fait géographiquement partie). En effet, il faut désormais justifier de trois mois de résidence à Mayotte pour pouvoir se prévaloir de ce droit, une condition qui constitue une flagrante entorse au droit constitutionnel.

Pour accompagner cet aménagement, la ministre des Outremers, Annick Girardin, a présenté, en août dernier, un nouveau plan«  civilo-militaire  » baptisé «  Shikandra  », «  dont l’objectif est de porter le nombre d’expulsions jusqu’à 25 000 pour 2019  ». Un nom maladroitement choisi, en référence à un gros poisson local, le Shikandra, qui ne devient agressif qu’en cas d’attaque. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’exécutif opte pour un humour douteux à Mayotte. Le 3 juin 2017, Emmanuel Macron avait en effet déclaré que les kwassa-kwassa, les bateaux de pêche mahorais, servaient surtout à «  ramener du Comorien  ». 

Et le 7 octobre dernier, la députée LREM de Mayotte, Ramlati Ali, a même osé adapter un slogan bien connu et fortement connoté  : «  Rendre Mayotte aux Mahorais  ».

Enveloppe de 1,6 milliard d’euros

Outre l’immigration, le président va également aborder des questions de développement et de services publics, en mettant bien sûr l’accent sur le sécuritaire. Pour soutenir ce plan, une enveloppe de 1,6 milliard d’euros a été débloquée, qui seront notamment utilisés pour réduire le taux de chômage qui culmine à 35%, ainsi que celui d’illettrés qui dépasse 40% pour les 16-64 ans. Ces fonds iront également aux infrastructures scolaires, aux routes, aux transports, au logement, ou encore à la santé.

Macron, AME, migrants
IdéesPolitique

N’y aurait-il pas « un peu d’excès ? », s’interrogeait le chef de l’Etat, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, au sujet de l’aide médicale d’Etat versée aux sans-papiers.

Huit fois moins que l’Allemagne

« La France ne peut pas accueillir tout le monde si elle veut accueillir bien », prétendait Emmanuel Macron dans un entretien accordé à Europe 1. Il « ne faut pas faire croire aux gens qu’on serait aujourd’hui débordés par ce phénomène-là », admet le président, rappelant toutefois que l’on assiste aujourd’hui à « un accroissement des migrations : on a eu les grandes migrations liées à la crise syrienne en 2015, on a aujourd’hui de plus en plus de migrations qui viennent d’Afrique, et nous allons de plus en plus vivre avec les migrations ».

Or, personne ne demande à la France d’ « accueillir tout le monde », rétorque Ian Brossat, porte-parole du PCF, qui rappelle que « la France a accueilli huit fois moins de demandeurs d’asile que l’Allemagne au cours des cinq dernières années. Huit fois moins  ! ».

Jeu de l’extrême droite

En effet, c’est à croire que le chef de l’Etat, sur ce dossier du moins, s’est concerté avec l’extrême droite. Le gouvernement a d’ailleurs programmé le débat sur l’immigration le 30 septembre, pour détourner l’attention de l’autre grand sujet sensible, les retraites, deux questions particulièrement chères à l’électorat de Marine Le Pen.

« Pour continuer à accueillir tout le monde dignement on ne doit pas être un pays trop attractif », affirme monsieur Macron. Et quoi de mieux pour ne pas être attractif que de ne plus soigner les demandeurs d’asile ? Eh bien rien, il n’y a rien de mieux. Voilà pourquoi le président français s’en prend désormais à l’aide médicale d’État, à l’instar de ce que font le Rassemblement national et les Républicains depuis des années.

Le chef de l’Etat ne va pas jusqu’à demander la suppression de l’AME, idée qu’il trouve « ridicule », mais il se demande tout de même si le « panier de soins correspond à tout ce qui est nécessaire », et « s’il n’y a pas parfois, un peu, des excès ».

Macron, environnement
Coup de coeurIdéesPolitique

Lundi 16 septembre, le juge unique de la 7ème chambre correctionnelle du tribunal de Lyon, Marc-Emmanuel Gounot, a relaxé deux personnes ayant décroché la photo officielle du président de la République. Le juge a motivé sa décision par le principe de «  l’état de nécessité  », une notion juridique rarissime et trop souvent oubliée.

Nécessité … de protéger l’environnement 

Le vol a été commis le 21  février, dans la mairie du 2e  arrondissement de Lyon, par Fanny Delahalle, 35  ans, et Pierre Goinvic, 33  ans, tous deux membres du collectif Action non violente COP 21. Les deux militants, accompagnés d’une dizaine de leurs amis, s’étaient introduits dans la salle des mariages pour en décrocher le tableau. La jeune femme avait ensuite posé sur les marches de la mairie avec son butin, une mise en scène qui démontre bien le caractère purement contestataire et médiatique de son action.

Le juge Gounot a interprété ce geste comme une tentative désespérée d’avoir l’oreille du président de la République pour le sensibiliser à la question de l’environnement, un parallèle qui lui a permis de se prévaloir de «  l’état de nécessité  ». Car ce principe n’avait jusqu’à maintenant été utilisé qu’une seule fois, au  XIXe  siècle, pour innocenter une mère ayant volé du pain pour son enfant affamé. Monsieur Gounot a donc décidé de transposer la notion de «  motif légitime  », de l’enfant mourant de faim à la planète asphyxiée, des cas très différents, mais dont le principal point commun reste l’urgence. 

«  Cette décision reconnaît des années de militantisme  », et de protestation contre «  le vide de la politique gouvernementale  », a déclaré Fanny Delahalle en sortant de la salle d’audience. 

«  Trouble à l’ordre public très modéré  »

«  Face au défaut de respect par l’Etat d’objectifs pouvant être perçus comme minimaux dans un domaine vital, le mode d’expression des citoyens en pays démocratiques ne peut se  réduire aux suffrages exprimés lors des échéances électorales mais doit inventer d’autres formes de participation dans le cadre d’un devoir de vigilance critique  », a écrit le juge Gounot dans son jugement, assurant que le décrochage de la photo n’avait généré qu’«  un trouble à l’ordre public très modéré  ».

Le magistrat s’est même autorisé à clore son jugement sur le ton de l’humour :  «  L’absence de constitution de partie civile de la commune de Lyon jetant par ailleurs un doute sur sa volonté de récupérer son bien, aucune sanction ne doit être prononcée du fait d’une privation de jouissance d’un objet par ailleurs de valeur de remplacement négligeable.  »

Macron, Gilets jaunes,
Politique

Il devait en faire l’annonce avant d’être freiné dans son élan par l’incendie de Notre-Dame. Voici les mesures qu’Emmanuel Macron va apporter aux revendications des Gilets jaunes.

Demande phare des Gilets jaunes, le RIC faisait a priori partie des annonces. Avec un grand bémol toutefois puisque ces scrutins seraient uniquement organisés à l’échelon local, pour des sujets d’intérêts locaux. Pas de quoi satisfaire les Gilets jaunes qui réclament ce mécanisme depuis quasiment le début du mouvement.

Aussi,  la diminution du nombre de parlementaires et l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives faisaient partie des annonces.

Pour ce qui est du pouvoir d’achat, la baisse de l’impôt sur le revenu de même que la mise en place d’un moratoire sur la hausse des impôts étaient également à l’ordre du jour. Le financement de la baisse de l’IR serait financé par la suppression de certaines niches fiscales de même que par la réduction de la dépense publique. Mais qui dit réduction de la dépense publique dit diminution des services publics et augmentation des dépenses des citoyens.

La demande de justice fiscale n’a semble-t-il pas du tout été entendue puisque le président ne compte pas du tout remettre en cause l’IFI et réintroduire l’ISF, cela risquerait de froisser bien de ses amis.

Autre point : la prime exceptionnelle versée en fin d’année dernière aux employés des entreprises pourrait être gravée dans le marbre et être reconduite chaque année.

Enfin, l’épineuse question du niveau des pensions de retraite est toujours très attendue. Il serait question d’indexer celles de moins de 2 000 euros sur le niveau de l’inflation.