Idées

Jeudi 7 novembre à l’aube a eu lieu la 59ème opération de «  mise à l’abri  » d’exilés vivants dans des «  campements indignes  », selon la préfecture. 600 policiers ont été déployés dans le nord de Paris, pour évacuer 1 606 migrants.

Ton de plus en plus dur

Les personnes peuplant le camp ont été réparties dans une quinzaine de gymnases à travers toute l’Île-de-France. Là, l’OFII (office français de l’immigration et de l’intégration) procédera aux identifications pour déterminer les différentes situations administratives, et orientera ces centaines d’hommes, femmes et enfants vers le lieu d’accueil adapté. Cependant, les associations estiment à 2 000 le nombre de personnes ne sachant où aller, qui s’agglutinent pour la plupart dans un campement géant porte d’Aubervilliers.

C’est la préfecture qui a supervisé l’opération, mais « la municipalité a veillé à ce que ces mises à l’abri soient menées de façon inconditionnelle », précise Ian Brossat, adjoint PCF à la mairie de Parie, qui rappelle que des centaines de personnes ont fui avant l’arrivée des autorités.

« Ceux qui n’ont pas de titre de séjour savent très bien qu’ils ne resteront à l’abri que quelques jours et qu’ils retourneront à la rue, explique Julie Lavayssière, d’Utopia  56. Du fait du ton de plus en plus dur employé par les autorités à l’égard des étrangers, certains ont eu peur d’être immédiatement placés en rétention. »

Réinstallation inenvisageable

« Nous ne tolérerons pas de réinstallation à ces endroits, a affirmé le préfet Lallement. Nous allons patrouiller. Et nous contrôlerons toutes les personnes qui essaient de s’installer ».

Autrement dit, les contrôles policiers vont se multiplier. Or, « on ne réglera rien avec la matraque », rétorque Ian Brossat, pour qui «  le problème est humanitaire. Vouloir y répondre de façon sécuritaire est une aberration et une honte sur le plan moral. La réponse passe par la création de centres de premier accueil sur tout le territoire. » 

La maire PS de Paris, Anne Hidalgo, est du même avis : « On n’est pas confrontés à un afflux de migrants tel qu’on ne pourrait pas l’assumer. Notre pays est en mesure d’accueillir dans la dignité. »

Coup de gueule

C’est la deuxième fois depuis cet été que la France organise des expulsions de groupes de migrants en partenariat avec Frontex, l’agence de gardes-frontières européens chargée de la gestion des frontières extérieures de l’UE.

Rafle

Dans la nuit du 3 au 4 octobre, plusieurs interventions policières ont été conduites à travers toute la Bretagne, de Rennes à Quimper, pour appréhender des migrants dans divers hôtels, centres d’hébergement d’urgence et centres d’accueil pour demandeurs d’asile. 

D’après les témoignages, il aurait été question de familles séparées, de personnes traînées dans la rue, à moitié nues ou en pyjama, d’enfants menottés a qui on aurait interdit de prendre leur cartable au motif que « là où ils iraient ils n’en auraient plus besoin », et même d’une femme enceinte conduise de force jusqu’à l’avion. « J’ai du mal à employer ce vocabulaire mais c’est bien une “rafle” qui a été organisée », fulmine le militant qui a alerté les médias. 

Ces faits d’une rare violence, s’ils sont avérés, vont à l’encontre de plusieurs articles de la convention européenne des droits de l’homme. L’article  4 du protocole numéro  4 notamment, qui interdit les « éloignements collectifs », et l’article  13, qui garantit l’accès à un « recours effectif » face à une décision d’expulsion.

«  Industrialisation  » des expulsions

Frontex se lave les mains de ces atteintes aux droits de l’Homme puisqu’officiellement l’agence ne peut intervenir dans les pays de l’UE qu’à la demande de ces derniers. Toutefois, il paraît évident que ses agents font de l’excès de zèle, jusqu’à son directeur,  Fabrice Leggeri, qui déclarait en août 2018 que « les États membres doivent prendre davantage de décisions effectives d’éloignement ».

Mais rien d’étonnant à ce que l’agence réclame des expulsions, puisqu’elles constituent son fonds de commerce. Et à en croire l’augmentation de son budget, les Etats comptent expulser de plus en plus dans les années à venir. En effet, alors que le budget de Frontex était de 320  millions d’euros en 2018, il est aujourd’hui estimé à 1,3  milliard d’euros, et devrait passer à 11,3  milliards pour la période 2021-2027. 

IdéesPolitique

N’y aurait-il pas « un peu d’excès ? », s’interrogeait le chef de l’Etat, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, au sujet de l’aide médicale d’Etat versée aux sans-papiers.

Huit fois moins que l’Allemagne

« La France ne peut pas accueillir tout le monde si elle veut accueillir bien », prétendait Emmanuel Macron dans un entretien accordé à Europe 1. Il « ne faut pas faire croire aux gens qu’on serait aujourd’hui débordés par ce phénomène-là », admet le président, rappelant toutefois que l’on assiste aujourd’hui à « un accroissement des migrations : on a eu les grandes migrations liées à la crise syrienne en 2015, on a aujourd’hui de plus en plus de migrations qui viennent d’Afrique, et nous allons de plus en plus vivre avec les migrations ».

Or, personne ne demande à la France d’ « accueillir tout le monde », rétorque Ian Brossat, porte-parole du PCF, qui rappelle que « la France a accueilli huit fois moins de demandeurs d’asile que l’Allemagne au cours des cinq dernières années. Huit fois moins  ! ».

Jeu de l’extrême droite

En effet, c’est à croire que le chef de l’Etat, sur ce dossier du moins, s’est concerté avec l’extrême droite. Le gouvernement a d’ailleurs programmé le débat sur l’immigration le 30 septembre, pour détourner l’attention de l’autre grand sujet sensible, les retraites, deux questions particulièrement chères à l’électorat de Marine Le Pen.

« Pour continuer à accueillir tout le monde dignement on ne doit pas être un pays trop attractif », affirme monsieur Macron. Et quoi de mieux pour ne pas être attractif que de ne plus soigner les demandeurs d’asile ? Eh bien rien, il n’y a rien de mieux. Voilà pourquoi le président français s’en prend désormais à l’aide médicale d’État, à l’instar de ce que font le Rassemblement national et les Républicains depuis des années.

Le chef de l’Etat ne va pas jusqu’à demander la suppression de l’AME, idée qu’il trouve « ridicule », mais il se demande tout de même si le « panier de soins correspond à tout ce qui est nécessaire », et « s’il n’y a pas parfois, un peu, des excès ».

Coup de gueule

Certaines ONG dénoncent le comportement de l’Europe qui ne relaie plus informations nécessaires au sauvetage des migrants en Méditerranée

Le nombre de traversées de la Libye vers l’Italie aurait largement baissé par rapport à l’année dernière. Cependant le risque d’y laisser sa vie aurait triplé. Une part non négligeable de responsabilité revient à l’Europe ; faute d’échanges d’information les ONG sont dans l’impossibilité de venir en aide aux embarcations en difficulté. Ces ONG dénoncent des manquement graves au droit maritime international.

Une des sources du problème est la politique d’extrême droite de l’ancien ministre de l’intérieur Matteo Salvini ; fermeture des ports, retrait de la marine italienne etc. Par ailleurs les gardes-côtes libyens, maltais et italiens ne communiquent plus les signaux de détresse aux navires des ONG. Les informations récoltées par les avions et drones ne sont également plus partagées par l’opération Sophia qui surveille la zone.

Une politique européenne criminelle

Ces protestations sont notamment relayées par Médecins sans frontières et Human Rights Watch. Les responsables sont les États locaux qui refusent de laisser filtrer les informations aux navires présents dans la zone. Ceci relève d’un manquement grave au droit maritime international.

L’ONG SOS Méditerranée relève notamment un cas précis les 9 et 10 août derniers. L’opération Sophia aurait repéré des embarcations en difficulté sans prévenir l’ONG. Le bateau de l’ONG, Ocean Viking, a tenté d’entrer en contact avec Sophia et les gardes-côtes sans obtenir de réponse. Le bateau a cependant fini par secourir 166 personne dont une cinquantaine de mineurs.

Actuellement l’Union Européenne fait tout pour contenir les migrants en Libye. Or on connait les conditions déplorables voir criminelles dans lesquels ces personnes sont détenues dans ce pays. De nombreux cas d’abus ont été recensées, y compris de la part des gardes-côtes.

Coup de coeurPolitique

Dans la nuit du dimanche  1er  au lundi 2  septembre, un ferry de la compagnie Corsica Linea a porté assistance à 18 migrants à la dérive en Méditerranée. «  Nous avons porté secours à des gens en détresse en mer, nous avons appliqué le principe de solidarité entre gens de mer  », a expliqué le porte-parole de la compagnie Pasquine Albertini. «  Nous avons seulement fait notre travail de gens de mer  ». 

«  Le port sûr le plus proche  »

Les naufragés étaient en mer depuis plusieurs jours lorsqu’ils ont croisé la route de ce ferry en provenance d’Alger, avec plus de 2  000 passagers à bord. Leur embarcation, un petit bateau à moteur, était apparemment tombée en panne d’essence. Les migrants, parmi lesquels se trouvaient plusieurs mineurs, ont aussitôt été examinés par le personnel médical du navire. «  Leur état de santé est relativement bon  », a annoncé le porte-parole de la compagnie.

«  Conformément à la réglementation internationale, le navire les a débarqués dans le port sûr le plus proche  », a expliqué madame Albertini  : en l’occurrence le port d’Alcudia, à Majorque, dans la journée de lundi.

Des ONG pieds et poings liés

Contrairement à l’idée reçue, les sauvetages par les ONG ne sont qu’une part minoritaire de l’ensemble des sauvetages. En 2017, par exemple, ils avaient atteint 40  %, selon un rapport des garde-côtes italiens, un record.

Un record qui ne sera sûrement plus jamais atteint, car les navires humanitaires sont désormais presque tous placés sous séquestre ou victimes de procédures judiciaires, tandis que les ports maltais et italiens leur ferment leurs portes les uns après les autres. Le navire humanitaire  Eleonore, de l’ONG allemande Lifeline, a par exemple été saisi lundi par les autorités italiennes, avec une centaine de migrants à bord.

Mais heureusement, les navires humanitaires sont suppléés par d’autres. Les sauvetages de migrants en mer sont en effet fréquents de la part des navires de commerce (porte-conteneurs, pétroliers ou minéraliers), bien qu’ils le soient beaucoup moins de la part de navires transportant des passagers. Un grand merci, donc, à  Corsica Linea  !