Coup de gueule

Depuis sa nomination en juin 2021 à la tête du Crédit Mutuel-Arkéa (CMA), Julien Carmona a du fil à retordre. Le dirigeant a en effet hérité d’une situation compliquée et doit aujourd’hui composer avec les bévues de l’ancienne direction.

Les choix de l’ancienne direction planent toujours sur le CMA, au grand dam de son nouveau président, Julien Carmona, qui hérite d’une situation compliquée, et ce tant sur le plan réputationnel que politique. Favorisé par son prédécesseur démissionnaire Jean-Pierre Denis, le nouveau président d’Arkéa doit non seulement jongler entre les partisans de l’indépendance de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel et les défenseurs du mutualisme, mais il doit aussi composer avec les casseroles judiciaires de l’ancienne direction de la banque.

Cadeaux de bienvenue

Les tribulations judiciaires du CMA ont ainsi rythmé les débuts de l’énarque à la présidence de la banque bretonne : fin juillet, le Conseil d’État rejetait les arguments d’Arkéa, décision aux allures de grand « non » au projet d’indépendance porté par Jean-Pierre Denis puis, le 13 septembre, la banque bretonne se voyait contrainte de signer un accord de « composition administrative » embarrassant avec l’AMF pour avoir failli à son devoir de conseil envers ses clients-investisseurs.

Julien Carmona n’aura donc pas connu le traditionnel état de grâce de début de mandat et doit déjà faire un choix décisif : poursuivre le grand rêve d’indépendance de son prédécesseur ou renforcer le modèle mutualiste de la banque. Le premier a du plomb dans l’aile puisque, comme le rappelle la Confédération Nationale du Crédit Mutuel, « toutes les juridictions françaises et européennes auront été sollicitées [par Arkéa], sans succès, pour contester l’intégrité du Crédit Mutuel au prix d’un risque de fragilisation du modèle bancaire mutualiste », quand le second vient de faire la preuve de sa résilience.

Position inconfortable

Pour autant, le nouveau président d’Arkéa apparaît comme tiraillé par ce choix . Celui-ci a en effet assuré il y a quelques semaines dans la presse vouloir « reprendre le dialogue » concernant le projet d’indépendance d’Arkéa – synonyme de perte du statut mutualiste pour la banque – tout en louant en parallèle la solidité de son modèle… mutualiste.

Une position paradoxale – et de plus en plus intenable – qui pourrait néanmoins s’expliquer par la vraisemblable implication de Jean-Pierre Denis dans la nomination du nouveau président d’Arkéa et l’amitié entre les deux hommes. Reste désormais à savoir jusqu’où ira Julien Carmona pour “plaire” à son prédécesseur.