Coup de gueule

L’année dernière, Nelson Mandela, un grand nom de la lutte contre l’apartheid s’est éteint en Afrique du Sud. Partout dans le monde, des femmes et des hommes ont marqué l’histoire par leur lutte contre le racisme.
L’année 2013 a été marquée par la mort d’un grand homme, Nelson Mandela. La planète entière lui a fait hommage. Ce grand homme qui a consacré la majeure partie de sa vie à combattre le racisme a marqué l’histoire. Ce combat qu’il a mené ne date pas d’hier, elle dure depuis des siècles. En Inde, Gandhi prônait l’égalité des castes et luttait contre la discrimination faite aux intouchables. Aux États-Unis, Martin Luther King JR menait aussi son combat pour l’égalité entre les blancs et les noirs.

Tous ces hommes ont un point en commun, le pacifisme. À aucun moment, ils n’ont fait usage de la force et des armes pour faire entendre leur revendication.

Coup de gueule

20 ans après sa libération, 6 mois après sa mort, le mythe autour de Nelson Mandela reste très fort. Malheureusement, si certaines initiatives ont reçu le soutien de l’ancien chef d’Etat sud-africain et de ses proches, comme le documentaire Plot for peace, retraçant le rôle de l’homme d’affaires français Jean-Yves Ollivier dans la libération de Mandela, d’autres ne visent que les gains, quitte à faire de la récupération politique et économique autour de l’ancien leader de l’ANC.

Nelson Mandela est une des personnalités ayant le plus marqué le 20e siècle et, malgré sa mort, son image et le mythe autour de sa personne sont toujours très importants.

Sa biographie Un long chemin vers la liberté s’est vendue à près de trois millions d’exemplaires., le film Invictus réalisé par Clint Eastwood dans lequel Morgan Freeman incarnait Madiba avait attiré de nombreux spectateurs et le documentaire Plot for Peace, sorti l’an dernier et qui retrace les coulisses de la libération de Nelson Mandela et notamment le rôle de l’homme d’affaires français Jean-Yves Ollivier, a rencontré un franc succès. Il est vrai que ces initiatives étaient respectueuses du combat, du parcours et de la mémoire de l’ancien leader de l’ANC, c’est pourquoi des proches de Madiba comme Winnie Mandela et Thabo Mbeki, ancien président sud-africain, avaient participé au documentaire, par exemple.

Cependant, les profiteurs ne sont jamais loin et opéraient déjà lorsque Nelson Mandela était vivant. Ainsi, en 2005, Mandela avait porté plainte contre son ancien homme de confiance Ismail Ayob. Celui-ci avait contrefait sa signature à de nombreuses reprises pour vendre des œuvres d’art présentées comme étant celles de l’ancien chef d’Etat sud-africain.

Récemment, un site, basé à Chypre, a prétendu récolter de l’argent pour la Fondation Mandela. Finalement, cette argent n’a jamais été reversé et a tout simplement été détourné. Aussi, il y a deux ans, une Néerlandaise avait déposé la marque Mandela aux Pays-Bas sans l’accord de l’intéressé. De nombreux gadgets et pièces d’or utilisant l’image de l’ancien président sud-africain ont été commercialisés, toujours sans son accord, ce qui l’avait poussé peu de temps avant sa mort à déposer les noms «Mandela» , «Madiba», «Rolihlahla» ainsi que son numéro de matricule de prisonnier: «46664».

Néanmoins, depuis sa mort, de nombreux entrepreneurs privés proposent des visites des townships et des lieux de vie de Madiba en utilisant son image, sans même avoir les connaissances historiques suffisantes pour expliquer le régime d’apartheid. Plusieurs musées de l’apartheid sont bourrés de contrevérités historiques. L’effigie de Nelson Mandela est utilisée à toutes les sauces et attire les touristes.

Ses anciens avocats et ses proches doivent se battre pour ne pas galvauder sa mémoire mais certains d’entre eux n’ont pas toujours été exempts de tout reproche. Ainsi, l’un de ses petits fils s’était vu par le passé reprocher par la presse sud-africaine d’avoir mis en danger la vie du vieil homme en l’amenant à des meetings politiques de soutien à Jacob Zuma, alors qu’il était visiblement épuisé, lors de la campagne présidentielle précédente.

Actualités

Nelson Mandela s’est éteint ce jeudi soir après avoir vécu 95 années. Des chefs d’Etats et des hautes personnalités du monde entier ont consacré une parole pour lui rendre hommage.

Barack Obama, président des Etats-Unis a rappelé les points forts de Nelson Mandela. Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix a repris ses paroles dans la lutte contre l’apartheid. La reine Elizabeth II d’Angleterre a fait part d’une grande tristesse après l’annonce de la mort de l’icône de l’Afrique. Elle et Xi Jinping ont félicité les actions de ce grand-homme. Frederik De Klerk et Thabo Mbeki ont rappelé les fruits apportés par cet ancien président de l’Afrique du Sud.

François Hollande a confirmé que Nelson Mandela est « la fierté de toute l’Afrique ». Ban Ki-moon et Dilma Roussef ont invité tout le monde de prendre Mandela pour exemple. C’est un « héro » pour David Cameron. Nicolas Maduro a décrété trois jours de deuil dans son pays. Au Conseil de sécurité des Nations unies, il y a une minute de silence à sa mémoire. L’archevêque Desmond Tutu avait dit qu’il « nous a appris à vivre ensemble ».

Actualités

Nelson Mandela PossibleLe continent africain est depuis longtemps confronté à des enjeux identitaires. A la suite de la décolonisation, l’émergence des souverainetés nationales n’a pas été sans heurts. A l’aube du 21ème siècle, un nouvel ordre mondial se dessine, il est désormais multipolaire. L’ancien temps est révolu, et si les défis persistent, les solutions existent. Pour répondre aux aspirations des citoyens africains, leurs dirigeants devront prendre exemple sur Nelson Mandela. Son 95ème anniversaire tout juste atteint, le symbole de la lutte contre l’Apartheid peut-il encore influencer ses successeurs ?

Avec les révolutions arabes, la montée des économies extractives et sa forte démographie, le visage du continent africain est en pleine transformation. Pour parvenir à établir ce nouveau modèle africain, il faudra s’intégrer dans la mondialisation en préservant ses spécificités. Le rôle des anciennes générations a longtemps fait partie de celles-ci comme le prouve l’expression de l’ethnologue malien, Amadou Hampâté Bâ : « En Afrique, chaque vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ».

Cependant, on est en droit de se questionner sur la persistance de cette conception classique, le Centre de Liaison, d’Etudes, d’Information et de Recherches sur les Problèmes des Personnes Agées (CLEIRPPA) résume la situation ainsi: « la norme sociale traditionnelle, (est) certes fortement éprouvée, mais (reste) persistante et résistante ».

L’Histoire, rappelle Richard Attias dans une chronique du Huffingtonpost, se souviendra de « l’héritage politique titanesque » de Madiba. Sans que lui soit accordé un rôle politique, son influence doit persister, un peu à la manière des dirigeants asiatiques. Pour réussir agir ensemble, les pays d’Afrique devront au moins continuer à faire vivre ses principes : la tolérance, l’optimisme et le volontarisme.

C’est justement avec cet objectif que l’homme d’affaires Franco-Marocain tente d’exaucer un souhait qui lui sera formulé par le premier président noir d’Afrique du Sud en 1999. Après que ce dernier ait manifesté avec sagesse le besoin de prendre en charge la question de l’emploi des jeunes, l’entrepreneur a profité du New York Forum Africa 2013 pour constituer le fonds « Train my generation » qui aura pour mission l’insertion professionnelle de la jeunesse africaine.

Coup de coeur

jean-yves-ollivier_nelson-mandela.jpg Interrogé lors d’une interview pour Paris Match, Jean Yves Ollivier, commerçant en matières premières, délivre un témoignage critique de la coopération internationale en Afrique. Alors qu’il compare entre les lignes les sanctions internationales et l’aide au développement, à une nouvelle forme de colonialisme ; sa critique réaliste des mécanismes existants se transforme en véritable apologie d’un pragmatisme au service du développement.

Pour une rupture de la politique africaine de la France

Les critiques à l’encontre des pratiques des Etats occidentaux en Afrique ne sont pas récentes mais pourtant toujours bien d’actualité. Ainsi l’aide publique au développement de la France représenterait plus un outil d’accompagnement pour les exportations françaises qu’une véritable « prime à la démocratie ». L’énigmatique Monsieur Jacques, émissaire lors des tractations des accords de Brazzaville nous livre son point de vue à ce sujet : « De la corruption généralisée sur laquelle repose l’essentiel de l’édifice de l’aide au développement aux effets désastreux en matière de fiscalité (pourtant l’un des piliers de la constitution d’un état de droit), en passant par la classe de rentiers de l’humanitaire qui se forme notamment dans les pays africains, l’aide au développement génère une dépendance malsaine vis à vis de l’Occident ».

Pour autant, il souligne dans une interview accordée à Paris Match qu’il ne faut pas être naïf quand aux réalités plurielles de la coopération franco africaine : « C’est un leurre de penser que les Africains se retrouvent systématiquement dans la position du cheval et les Français dans celle du cavalier qui le chevauche selon son bon vouloir ». Avec le même souci de vérité, il critique ouvertement l’application des sanctions internationales :

Afrique, le continent des convoitises

Le nouveau panorama des relations internationales accorde une place particulière à l’hyper puissance asiatique. Alors que l’expression Chinafrique fait déjà flores, les acteurs économiques impliqués localement récusent l’idée d’un plan organisé à la Cite Interdite sous la forme d’un Politburo.

Qui plus est, malgré la multiplication du commerce bilatéral par 10 en seulement 10 ans, l’Afrique reste un partenaire commercial marginal de l’Empire du Milieu ; pour les analystes l’intensification des relations s’explique avant tout par « le résultat de multiples actions non coordonnées ». Pour autant, s’il faut s’empêcher de faire naitre des fantasmes sur la présence chinoise sur le continent et sur leur stratégie économique d’appropriation des ressources; l’homme d’affaires souligne au détour des questions l’absence de résultats des approches françaises dans ces pays : « La France a parlé pendant vingt ans de construire une route entre Pointe-Noire et Brazzaville, axe essentiel pour le Congo, sans jamais être capable de la financer. Les Chinois sont arrivés et en deux ans, c’était fait ».

Pour répondre à cette défaillance, le gouvernement socialiste a d’ailleurs modifié la mission de Mme Revel, en renforçant le caractère interministériel de l’intelligence économique au conseil des ministres du 21 août. On ne peut qu’espérer qu’il s’agisse du début de la prise de conscience des difficultés que rencontre notre diplomatie économique.

Actualités

jeune_africain__photo_Pierre_Holtz_for_UNICEF.jpg Alors que certains pays d’Afrique connaissent une croissance à deux chiffres, le développement devient l’enjeu de tous les gouvernants du continent. Pour assurer la stabilité politique et économique des pays à forte démographie, l’un des premiers défis à relever reste celui de l’emploi, comme l’expliquent Richard Attias ou la Brooking Institution.

La population de 15 à 24 ans représente à l’heure actuelle environ 200 millions d’africains et ce chiffre pourrait doubler d’ici 2045 à en croire le rapport Perspectives économiques en Afrique de la Banque africaine de développement. Pour répondre à ses attentes, la communauté internationale est pleinement mobilisée comme le souligne la directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova : « Notre but est de tirer parti du potentiel que constitue la jeunesse en tant que partenaire du développement et de la paix ».

Néanmoins malgré la conscience des enjeux, les réponses ne sont pas toujours à la hauteur. Comme le précise une étude de la Brooking Institution : « Les jeunes africains trouvent du travail, mais pas à des rémunérations correctes et sans la possibilité de perfectionner leurs compétences ou d’avoir une certaine sécurité de l’emploi ».

Depuis longtemps le développement africain impose comme challenge aux gouvernants de trouver des débouchés pour une population toujours plus jeune. Richard Attias confie dans une tribune du Huffington Post, qu’en 1999 déjà, lors du sommet de Davos, Nelson Mandela l’avait questionné sur les moyens de créer une fondation pour la jeunesse africaine.

Tandis que le symbole de Madiba reste très présent dans les consciences africaines, l’homme d’affaires Franco-Marocain se mobilise pour réaliser les volontés du guide charismatique. En contribuant à l’organisation du New York Forum Africa 2013 au Gabon, il a pu notamment inaugurer le fonds « Train my generation » qui effectuera des missions d’insertion professionnelle à destination des nouvelles générations

Coup de coeur

Au milieu de tous les films surmédiatisés du dernier festival de Cannes, un petit bijou relève le niveau. Il s’agit de la biographie de Jean-Yves Ollivier, Plot For Peace, qui montre l’un des processus qui a permis d’en finir avec le régime raciste de l’Apartheid.

Plot for peace

Dans Plot For Peace, les images d’archives africaines inédites et les interviews des personnalités historiques sont mises en valeur avec brio par le prodige du cinéma espagnol, Carlos Agulló.

En dehors de la réalisation impeccable, c’est surtout le scénario qui est haletant : on y découvre comment la petite histoire d’un homme d’affaire, Jean-Yves Ollivier, va influencer la grande Histoire d’un personnage mythique, Nelson Mandela.

Sans dévoiler tous les secrets de ce film passionnant, relevons qu’il permet de comprendre le rôle de la diplomatie parallèle et de replonger dans une histoire sud-africaine aux multiples facettes.

Les témoignages de l’ex-femme de Mandela, Winnie Mandela et de l’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, apportent une crédibilité historique et une authenticité à un documentaire autrement plus intelligent que de nombreux films d’auteurs présentés lors de ce dernier festival de Cannes.