Oradour, négationnistes
Coup de gueuleIdéesSociété

Vendredi 21  août au matin, le Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane a été découvert souillé d’un graffiti négationniste remettant en cause le massacre perpétré par les SS le 10 juin 1944.

Village «  menteur  »

Dans la nuit de jeudi à vendredi, l’inscription « Village martyr » originairement inscrite sur le mur du Centre de la mémoire a été partiellement rayée à la peinture blanche, pour remplacer le deuxième terme par le mot « Menteur ». En plus de cette honteuse révision, deux phrases ont été ajoutées, faisant référence à un écrivain négationniste tristement célèbre. « À quand la vérité ? Reynouard a raison. » Cet ancien professeur de mathématiques, radié en 1997, s’était surtout illustré dans des vidéos remettant en cause l’extermination des juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

Le président du Centre de la mémoire, Fabrice Escure, a immédiatement déposé plainte, précisant que la profanation avait suscité l’«  indignation générale  », et qu’il recevait  « des messages de soutien de partout ». « Les tags révisionnistes, ça n’a jamais été le cas », a ajouté, de son côté, le maire d’Oradour, Philippe Lacroix (LaREM). « On a l’impression d’avoir franchi un cran », confirme monsieur Escure. 

Pas une première

Camille Senon, l’une des deux derniers survivants du massacre, rappelle toutefois que ce «  geste absolument ignoble  » et «  impensable » n’est malheureusement pas une première. 

« Il y avait déjà eu des inscriptions dans le village, il y a longtemps »,  se souvient la nonagénaire. «  Ce n’est pas nouveau. Depuis des années et des années, on est en butte au négationnisme ». « On s’est battu contre lui (Reynouard), il a été condamné par le tribunal correctionnel de Limoges ». « Il avait sorti un livre qui s’intitulait  50  ans de mise en scène et de mensonges  . Il s’en prenait particulièrement à madame Rouffanche, la seule survivante de l’église, en prétendant qu’il était impossible qu’elle ait pu sauter par la fenêtre de celle-ci… »

Et aujourd’hui, alors que la liste des survivants s’amenuise, Camille Senon se dit  « inquiète » : « Quand les témoins du drame disparaissent, les négationnistes avancent leurs pions et sèment le doute dans certaines têtes. Tant qu’il y avait encore des témoins pour aller raconter ça aux jeunes dans les collèges, le rapport de forces était différent… »