Coup de gueuleIdées

L’opérateur ferroviaire aurait octroyé des «  bonifications exceptionnelles  » à ses agents non grévistes pour les remercier de leurs bons et loyaux services. 

Scandale

«  Monsieur. Afin de vous remercier pour votre professionnalisme, votre implication et votre grande disponibilité dans le cadre du mouvement de grève ayant débuté le 5 décembre 2019, j’ai le plaisir de vous accorder une gratification exceptionnelle de 500 euros. Cette gratification vous sera versée sur votre paie de janvier », peut-on lire sur un courrier de la SNCF, adressé à un employé non-gréviste, intercepté par la CGT. 

Ainsi, alors que les cheminots mobilisés contre la réforme des retraites reçoivent des fiches de paie à zéro, les non-grévistes bénéficient eux d’une bonification de 500 euros en remerciement de leur “professionnalisme”, de leur “implication”, et de leur “grande disponibilité dans le cadre du mouvement de grève”.

Un scandale pour Bérenger Cernon, secrétaire de la CGT cheminots de la Gare de Lyon, selon qui ces primes iraient bien au-delà de 500 euros, s’étalant de 300 à 1  500 euros. «  Ce n’est pas la première fois que ça  arrive, mais ça  se produit de   plus en plus  », déplore le syndicaliste. 

« Tout cela nous choque, poursuit-il, après les différentes annonces de la direction sur des économies et des cessions d’actifs à faire pour se serrer la ceinture  », Jean-Pierre Farandou, PDG de la SNCF, ayant, en effet, annoncé un plan drastique de réduction des coûts pour compenser les pertes dues à la grève.

«  Assurer la continuité du service public  »

Même si elle renvoie la responsabilité à des « managers  locaux  », la SNCF assume parfaitement «  l’attribution de primes exceptionnelles à certains agents qui se sont mobilisés sur une période particulièrement longue pour assurer la continuité du service public pendant la grève  ». 

Le secrétaire national de la CGT Cheminots, Laurent Brun, a, lui, immédiatement dénoncé les méthodes d’un « patronat (qui) met les moyens des entreprises au service de la politique du gouvernement  », et prévenu que son syndicat allait saisir la justice.

IdéesPolitique

Lundi 9  septembre, Le Parisien révélait que des hauts cadres du groupe d’habillement Vivarte, propriétaire, entre autres, de La Halle aux vêtements, avaient touché près d’un million d’euros de primes exceptionnelles en 2017 et 2018. Une nouvelle difficile à avaler pour les salariés, alors que le groupe se trouve dans l’impossibilité de rembourser sa dette de 300 millions d’euros. 

«  Amoral, écoeurant et aberrant  »

«  Dans le détail, pour 2017, une enveloppe de 523 826  euros de primes exceptionnelles a été répartie entre 31 personnes de la filiale Vivarte Services, parmi lesquels des directeurs financiers, juridiques, DRH. L’une d’elles a touché 150 000  euros, relate Le Parisien.  En  2018, c’est 425 879 euros que se sont partagés quatorze personnes, dont 100 000 euros pour l’une d’elles.  »

Ces primes ont bien sûr scandalisé les syndicats du groupe, qui se sont aussitôt indignés. «  C’est amoral, écœurant et aberrant, même si ce n’est pas illégal  », a tempêté Jean-Louis Alfred, représentant CFDT.  «  En trois ans de direction de Patrick Puy, le nombre de filiales est passé de 19 à 3 fin décembre avec la cession de Cosmoparis, le groupe est aux mains des créanciers et les magasins La Halle sont en train de mourir faute de stratégie  », fait-il remarquer.

Lundi matin, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, jugeait ces primes “inacceptable” et “hors du temps”.  «  On est chez les dingues  », a-t-il lancé.

«  C’est proprement scandaleux, a pour sa part dénoncé Karim Cheboub, secrétaire adjoint CGT au comité de groupe.  On distribue de l’argent au moment où des filiales sont cédées et où des salariés perdent leur emploi.  »

Récompenser le talent et l’engagement des cadres

Vivarte, de son côté, s’est contenté de la réponse habituelle. Le groupe a dit comprendre que  «  le montant des primes versées évoquées dans l’article du Parisien puisse surprendre  », mais a assuré que ces primes récompensaient  «  le talent et l’engagement  » de ses cadres. «  Cette prime exceptionnelle correspond à un choix défensif de l’entreprise pour protéger certaines compétences indispensables et éviter qu’elles soient débauchées par des concurrents  », a déclaré, sans sourciller, Xavier Guéry, directeur des ressources humaines.