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Marisol Touraine veut enfoncer le clou une dernière fois dans son plan de lutte contre le tabagisme en augmentant le prix du tabac à quelques mois de la fin du mandat présidentiel.

La ministre de la santé dispose de quelques semaines encore pour mettre en place les mécanismes permettant d’offrir « aux enfants d’aujourd’hui un monde sans tabac » selon ses dires. Et si la prévention n’a pas spécialement été l’axe principal de son plan contre le tabagisme, la hausse du prix des cigarettes et du tabac à rouler a été en revanche assidue et continue. En témoigne la dernière tarification sur le tabac à rouler, considéré par la ministre comme une porte d’entrée au tabagisme donnée aux jeunes car ces paquets étaient jusqu’à présent relativement bon marché. Les prix ont ainsi subi une hausse marquée de l’ordre de +15% au mois de Février, faisant passer le prix de certaines marques d’un peu plus de 7€ à près de 9€.

Mais Marisol Touraine compte à présent s’attaquer aux marques de cigarettes « premier prix » dont le prix tourne autour de 6,50€ le paquet contre 7€ pour les autres marques plus connues. Ces marques représentant plus de 50% du marché, la ministre souhaiterait voir leur prix augmenter d’au moins 10 centimes.

 

Paquet neutre et prix en hausse

 

Cette hausse de 10 centimes serait toutefois essentiellement symbolique car comme le mentionne le Comité national contre le tabagisme, il serait nécessaire « d’augmenter sensiblement la valeur du prix, d’au moins 10% pour avoir une réduction de la consommation ».

Un arrêté ministériel suffirait pour faire passer la mesure et il y a donc fort à parier que la ministre ne s’en prive pas. Une hausse du prix du tabac qui s’est par ailleurs accompagnée de la mise en place du paquet neutre : de couleur verdâtre, ces nouveaux paquets sont sensés dissuader les fumeurs par l’absence du logo de la marque et par la présence de photos et d’images « choquantes ».

Pour autant, l’expérience conduite en Australie notamment sur les effets du paquet neutre et sur la hausse des prix démontrent que la mesure la plus efficace pour lutter contre le tabagisme est d’afficher une prix de vente avoisinant les 15€ le paquet.

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Dans la lutte contre le tabagisme, les Français se sont majoritairement prononcés en faveur d’une interdiction pure et simple de la cigarette en France.

En plein « Moi(s) sans tabac » au cours de ce mois de Novembre, l’institut de sondage CSA a mené une enquête d’opinion auprès d’un panel représentatif de Français, fumeurs et non fumeurs au sujet des mesures qu’ils jugeraient les plus efficaces pour faire chuter la consommation de tabac. Et parmi les six mesures proposées dans l’enquête, plus d’un quart des Français, 27% en l’occurrence, se prononce en faveur d’une interdiction en bonne et due forme de la cigarette. Près de 30% de Français qui souhaitent ainsi bannir la cigarette, que sa vente devienne illicite. Interdire totalement le tabac serait ainsi la mesure la plus performante pour 29% des non fumeurs et 23% des fumeurs.

Suivent deux autres mesures mais financières cette fois : l’augmentation régulière du prix du paquet de cigarettes et le remboursement total des aides au sevrages pour 24% des sondés. Dans le détail, les fumeurs privilégient la hausse des prix à 15% et le remboursement des dispositifs de sevrage à 39%. Les non fumeurs quant à eux plaident à 27% pour une hausse des prix et à 18% pour le remboursement des aides au sevrage. Autre fait marquant de l’étude : développer plus d’effortS en prévention arrive en avant-dernière position avec 10% d’opinions favorables fumeurs et non fumeurs confondus.

Les enseignements de l’enquête ? les Français ne croient plus du tout en l’efficacité des campagnes de prévention mais sont majoritairement pour l’interdiction du tabac. Car comment continuer de vendre un produit que l’on sait responsable de milliers de morts par an ? Pour les recettes fiscales bien entendu.

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Selon l’organisme Santé publique France, notre pays compte 13 millions de fumeurs adultes, soit 34,6% de la population. Parmi ces fumeurs invétérés, six personnes sur dix souhaitent arrêter le tabac. C’est en partant de ce constat que Santé publique France et le ministère de la Santé ont joint leurs forces afin de lancer une nouvelle campagne de sensibilisation, destinée à ces nombreux fumeurs désireux de mettre un terme à cette fâcheuse habitude. Après le paquet neutre, voici donc le « Moi(s) sans tabac », qui débutera officiellement, et en grande pompe, le 1er novembre. 30 jours d’un « défi » lancé aux fumeurs, avec une promesse en forme de récompense : « un mois sans fumer, c’est cinq fois plus de chances d’arrêter », assurent ainsi les autorités sanitaires françaises. Ces dernières n’ont pas lésiné sur une communication désuète ; et c’est, peut-être, là où le bât blesse. En promouvant éternellement les mêmes recettes, réchauffées aux mêmes slogans, épicées de gadgets qui frôlent le ridicule, et en ignorant superbement les solutions existantes en matière de réduction des risques, la campagne « Moi(s) sans tabac » renforce davantage encore le fossé qui se creuse entre les préconisations officielles et le quotidien vécu par les fumeurs français.

« Souffler dans une paille », mais pas dans une cigarette électronique

La campagne « Moi(s) sans tabac » est donc, avant tout, une campagne de communication : pas un média – presse, affichage, radio, télévision – qui ne relaie le « plus grand défi de santé publique jamais organisé en France », rien que ça. Plusieurs cibles ont été préalablement définies. Chevilles ouvrières du dispositif, les professionnels de santé sont appelés à relayer la campagne, fondée sur l’entraide et l’encouragement collectif. Des professionnels qui peuvent désormais s’appuyer sur un site internet mis à leur disposition (pro.tabac-info-service.fr), et qui sont également invités à commander les affiches distribuées par le ministère. Quant aux fumeurs, ils ne sont pas en reste : entre un flyer reprenant les principaux contacts et soutiens officiels pouvant les aider à abandonner la cigarette, le numéro gratuit 39 89 et la toute nouvelle appli mobile de Tabac info service, les voilà au centre de l’attention des autorités de Santé.

La ministre Marisol Touraine a même concocté un kit gratuit, qui devrait être distribué en pharmacie. La composition de ce kit laisse néanmoins songeur : une fois quitté l’officine, son heureux propriétaire pourra y découvrir un guide l’aidant dans sa démarche d’arrêt du tabac, mais aussi un « agenda » des 30 jours à tenir sans tabac, un « disque » destiné à calculer les économies effectuées, et même un dépliant « qui permet de surmonter les envies de fumer grâce à des exercices de respirations » – où il est tout à fait sérieusement conseillé au néo-abstinent de « souffler dans une paille », et ce afin de renforcer sa confiance en lui-même. Et si cela ne suffit pas, le fumeur repentant pourra toujours arborer un sticker « Je retrouve la forme, pas les formes », sans parler du badge « Moi(s) sans tabac ». Un véritable concours Lépine du gadget en papier, en somme, qui fait paradoxalement l’impasse sur la cigarette électronique, ainsi que sur les inhalateurs de nicotine, alors même que l’efficacité de ces derniers pour arrêter la cigarette conventionnelle a été prouvée à de nombreuses reprises.

Ce sont les grands absents de ce « plus grand défi de santé publique », précisément parce qu’il est lancé en France. Si les substituts nicotiniques traditionnels non-remboursés (au-delà de 50 euros) ont toute leur place dans la communication gouvernementale, la cigarette électronique et les autres produits du tabac sans combustion, eux, restent toujours blacklistés. Hors de question de vanter les mérites de dispositifs dont le site Tabac info service continue d’affirmer « qu’on ne sait pas aujourd’hui si (ils) sont dangereux pour la santé »… La mise à l’écart de la e-cigarette prend même des proportions inquiétantes : une Agence régionale de santé (ARS) aurait interdit à des magasins de vapotage d’afficher sur leurs vitrines les posters de la campagne « Moi(s) sans tabac ». Dans la communauté des vapeurs, l’incompréhension est telle que plusieurs milliers d’entre eux ont posté de nombreux messages « Moi, grâce à la vape, je vis sans tabac depuis… » sur le blog de Marisol Touraine. Si, pour les autorités françaises, « 2016 est une année cruciale contre le tabagisme », elles ne semblent donc pas avoir tiré toutes les leçons de l’équivalent britannique du « Moi(s) sans tabac ».

Pendant ce temps, en Angleterre

L’initiative française est, en réalité, la – pâle ? – copie de l’opération « Stoptober » (Stop Tobacco in October) qui, outre-Manche et depuis son lancement en 2012, rencontre un franc succès. Il est vrai qu’avec 17% de fumeurs, la perfide Albion a de quoi pavoiser. Il ne s’agit pourtant pas d’un miracle anglais, mais plus simplement de la prise en compte par les autorités sanitaires britanniques des problématiques vécues par les fumeurs. A titre d’exemple, cette année, la campagne « Stopober » invite explicitement, et à grand renfort d’affiches placardées dans les villes, les fumeurs britanniques à passer le cap de la cigarette électronique.

Pour l’agence de santé publique anglaise, les meilleurs taux de succès dans l’arrêt du tabac proviennent en effet d’une association entre e-cigarette ou inhalateurs de nicotine sans combustion et services plus traditionnels d’accompagnement au sevrage. Par cette combinaison, les Anglais frôlent les 60% de succès. Pendant ce temps, en France, le directeur général de Santé publique France se désole de la « stabilité désespérante » de notre taux de fumeurs et du « fardeau des décès », qui dépassent les 70 000 chaque année. Cherchez l’erreur…