Uber, tiers statut, Union européenne
EconomieInternational

Lundi 15 février, Uber, qui refuse obstinément que ses chauffeurs (et livreurs) soient considérés comme des employés, a demandé à l’Union européenne de créer un « tiers statut », moins protecteur que celui de salarié, mais plus que celui d’autoentrepreneur.

Importation du modèle californien

En novembre 2020, Uber et son concurrent Lyft se sont alliés pour contrer une nouvelle loi californienne stipulant que les travailleurs des plateformes de mise en relation étaient des salariés. Les deux entreprises ont rassemblé 205 millions pour promouvoir et faire adopter par référendum une loi contraire, réaffirmant que les travailleurs étaient des autoentrepreneurs bénéficiant de certains avantages (revenu minimum, prise en charge partielle de l’assurance maladie).

Le PDG de Uber, Dara Khosrowshahi, souhaite maintenant importer ce modèle en Europe, avec l’aval de Bruxelles. « Nous croyons que les travailleurs indépendants à travers l’Europe méritent un meilleur travail, qui offre des possibilités de revenu décent, et flexible quand ils le veulent, et de la protection et des avantages quand ils en ont besoin », explique-t-il.

«  Rapport de force  »

« Plus une entreprise fournit des avantages à ses travailleurs indépendants, moins ceux-ci sont considérés comme indépendants aux yeux de la justice », déplore Dara Khosrowshahi. Mais ses opposants ne sont pas dupes. « Uber cherche à s’exonérer de ses responsabilités d’employeur. L’entreprise revient sur l’histoire du salariat, selon laquelle, en échange du rapport de subordination, on obtient des droits », rappelle la députée européenne (LFI) Leïla Chaibi. 

Selon elle, « ce qui se passe est fondamental  », car Uber, en difficulté dans de nombreux pays, veut à tout prix inverser la tendance.  «  Qui prendra le dessus dans le rapport de forces entre Uber et les travailleurs ? », interroge la député. La question reste entière. « L’Union européenne ne peut pas laisser les plateformes aux pratiques illégales réécrire la loi ! », insiste, de son côté, la Confédération européenne des syndicats.