TikTok, laïcité
Société

Jeudi 20 octobre, les dirigeants de TikTok France ont été reçus par la secrétaire d’État à la Jeunesse, Sarah El Haïry. Le gouvernement voulait entendre le groupe concernant la prolifération de vidéos allant à l’encontre du principe de laïcité (appels à porter des vêtements religieux ou à prier dans l’enceinte des établissements scolaires).

« Echange constructif »

« L’échange a été constructif. Ils sont conscients des conséquences qu’emporte la prolifération de ces contenus et semblent déterminés à travailler avec le gouvernement, a déclaré la secrétaire d’Etat à l’issue de la rencontre. Nous avons aussi travaillé sur la question de la promotion des valeurs républicaines sur les réseaux sociaux et sur TikTok en particulier ».

« Ces milliers de vidéos provoquent des atteintes à la laïcité car elles deviennent virales. En retour, j’appelle à une viralité républicaine sur ces mêmes réseaux, avec ces mêmes outils », insiste madame El Haïry. 

Nombreux signalements

De plus en plus de signalements sont en effet recensés, mais ils sont toujours loin de représenter la réalité du nombre d’entorses au principe de laïcité. « Le nombre de signalements ne reflétera pas la réalité. Dans certains territoires, ce phénomène est si courant qu’il n’y a aucun signalement. C’est le cas à Créteil notamment  », explique une source au ministère de l’Education. « Aujourd’hui, qu’il y ait beaucoup de remontées, cela signifie que la situation a pris une ampleur assez importante pour que de nombreux chefs d’établissements aient décidé de le signaler ».

« On voit que 51  % des atteintes à la laïcité dans les lycées sont liées aux tenues vestimentaires. Ceux qui veulent déstabiliser le modèle républicain ciblent la jeunesse pour diffuser leur idéologie mortifère. Hier, c’était Facebook, aujourd’hui c’est TikTok », résume Sarah El  Haïry.

TikTok, données
Société

Grâce à son propre navigateur web intégré, la plateforme chinoise de partage de vidéo peut avoir accès à toutes les données saisies par les utilisateurs. Mots de passes, données bancaires, informations intimes, plus personne n’a de secret pour l’application. 

« Volonté d’espionnage »

« Lorsqu’on clique sur un lien directement dans l’application, la fenêtre s’ouvre sans que l’on quitte le réseau social. TikTok en profite alors pour injecter des instructions en JavaScript qui lui donnent accès à toutes les interactions de ses usagers, explique Julien Rossi, docteur en sciences de l’information et de la communication. Ce n’est pas un algorithme ni même un code bien complexe, mais cela pose question ».

« Personne n’est informé, il n’y a pas de transparence, donc on ignore leur objectif. Mais très franchement, je ne vois pas à quoi cela pourrait servir de façon légitime, se méfie le spécialiste. A minima, c’est une grande imprudence, dans le sens où quelqu’un peut avoir inséré  ce code au cas où, en se disant que cela pourrait servir, et un manque de contrôle en interne a empêché de rectifier le tir. Au pire, c’est plus malhonnête et il y a vraiment une volonté d’espionnage ».

Prudence 

« Comme d’autres plateformes, nous utilisons un navigateur in-app pour offrir une expérience utilisateur optimale », se défend l’application, affirmant que « le code Javascript en question n’est utilisé que pour le débogage, le dépannage et le suivi des performances de cette expérience, comme vérifier la rapidité de chargement d’une page ou si elle se plante ».

Mais dans le doute, la prudence est de mise. « Il faut tout d’abord avoir conscience que nos comportements en ligne peuvent être utilisés de diverses manières, mais aussi que ce n’est pas irrémédiable. Il y a des alternatives, notamment des applications de messagerie, qui chiffrent de bout en bout toute communication, rappelle Julien Rossi. Utiliser les droits que procure le RGPD est également important. Le fait d’accéder aux données et la possibilité de les rectifier, même quand il n’y a pas de litige, permettent de faire pression, collectivement, sur les acteurs. Et de faire évoluer les pratiques ».

TikTok, Youtube, enfants, sénat
Société

Mardi 26 octobre, le Sénat américain s’en est pris aux plateformes TikTok, Snapchat et YouTube, qu’il accuse d’être dangereuses pour la santé mentale et physique des enfants, en leur présentant une vision biaisée de la réalité, et en les exposants à des contenus inappropriés.

Profits avant tout

«Plus de paires d’yeux signifie plus de dollars. Tout ce que vous faites sert à ajouter des utilisateurs, notamment des enfants, et à les garder sur vos applications», accuse le sénateur démocrate Richard Blumenthal, qui remet en cause la ligne de défense des plateformes. «Etre différent de Facebook (épinglé il y a quelques semaines) n’est pas une défense, assène-t-il. Nous voulons une course vers le haut, pas vers le bas».

Les parents sont désarmés face à l’influence grandissante des réseaux sociaux sur leurs enfants, insiste Richard Blumenthal, évoquant le cas d’une mère dont la fille s’est vue « submergée de vidéos sur le suicide, l’automutilation et l’anorexie parce qu’elle était déprimée et cherchait des contenus sur ces sujets ». 

Les plateformes plaident non-coupable

«Snapchat a été construit comme un antidote aux réseaux sociaux», se justifie Jennifer Stout, vice-présidente du groupe Snap, qui rappelle que l’âge minimum pour s’inscrire est de 13 ans. TikTok et Youtube proposent eux des versions spécifiques au moins de 13 ans, et au 13-16 ans.

«Nous avons constaté que les personnes qui souffrent de troubles de l’alimentation viennent sur TikTok pour en parler d’une façon positive», se défend Michael Beckerman, responsable des affaires publiques chez TikTok.

Insuffisant pour les sénateurs

«Les réseaux sociaux peuvent offrir divertissement et opportunités éducatives», admet la commission sénatoriale, «mais ces applications ont aussi été mal utilisées pour s’en prendre aux enfants et promouvoir des actes destructeurs, comme le vandalisme à l’école, des défis viraux qui font risquer la mort, le harcèlement, les troubles de l’alimentation, et le détournement de mineurs». «Vous n’avez pas fini de nous entendre», prévient Richard Blumenthal.