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Front commun chez Engie et Suez, où l’intersyndicale est vent debout contre le projet d’Antoine Frérot, PDG de Veolia. En effet, le grand patron souhaite acheter à Engie sa participation dans Suez, créant de facto un monopole sur la gestion de l’eau en France. Au-delà de la viabilité économique du projet, critiquée par de nombreux experts, les craintes d’un cataclysme social gagnent les rangs des syndicats. 

Fait très rare ces dernières années, l’union syndicale semblait de mise mardi dernier, au pied de la tour Engie. Derrière une banderole commune s’affichaient, ensemble, la CGT, FO, la CFE-CGC, la CFTC et même la CFDT. Le temps d’un combat, les divisions syndicales intestines, tant visibles pendant la mobilisation contre la réforme des retraites, ont semblé s’envoler derrière une colère collective, vivace et partagée. Car l’ambiance était peu commune. Aux gilets oranges et rouges des syndicats, se mêlaient costumes-cravates et bleus de travail. Chez Suez, l’ensemble des salariés tentent de faire front contre l’ogre Antoine Frérot, qui souhaite les absorber pour, à terme, les dépecer ?

 

« Veolia, ton OPA on n’en veut pas !»

 

Car le projet d’Antoine Frérot inquiète. En rachetant à Engie sa participation dans Suez, il pourrait déclencher un cataclysme social. “70 000 emplois dans le monde sont concernés et 35 000 en France” déclare, à l’Humanité, Fabien Roussel, député communiste du Nord et secrétaire national du PCF, venu apporter un soutien parlementaire et politique aux manifestants. Comme d’ailleurs, 19 députés Les Républicains, signataires d’une tribune commune.

Mais l’opposition à ce projet est aussi verticale. La direction générale tente, chaque jour, de repousser les assauts d’Antoine Frérot. Et évoque aussi le risque d’une vague brutale de licenciements. Plus modeste, cependant.  “Évidemment que ça aboutirait à une casse sociale. On l’a chiffrée à 10 000 personnes dans le monde, dont 4 à 5 000 en France” explique Jean-Marc Boursier, Directeur général adjoint du groupe Suez.

Face à ce risque, les journées de grève se multiplient. Les débrayages rassemblent la quasi-totalité des salariés aussi. 90 % de grévistes dans les incinérateurs de Suez ont été comptabilisés le 8 septembre, tandis que certains sites en comptaient 100%. A l’appel de l’intersyndicale, 7 salariés sur 10 ont débrayé deux heures. “Le personnel est opposé à cette OPA, qui marquerait un démantèlement du groupe” explique Franck Reinhold von Essen, l’un des responsables syndicaux de Suez. “Qui dit OPA, dit licenciement” résume Force Ouvrière.

Intersyndicale, la mobilisation est aussi interentreprises. Le 1er septembre, la CGT Engie et la CGT Suez ont signé un communiqué commun, dénonçant tour à tour le « désossage » et la « mise à mort annoncée » des deux groupes. « On sait d’avance que les synergies énormes qu’il annonce, et qui serviront en partie au financement de l’opération, se feront par la destruction massive d’emplois » estime la CGT. En effet, il est peu probable que la nouvelle structure conserve les salariés « doublon », autant présents dans les directions régionales, les fonctions supports ou les centres de recherche.

« J’ai trente-cinq ans de maison dont vingt sur les réseaux de distribution et aujourd’hui, mon entreprise, créé en 1841, est démantelée. On a travaillé jour et nuit sur les canalisations et ils veulent nous filer à des financiers qui n’en ont rien à faire de nous ni de nos métiers » déplore un syndicaliste, dont les propos ont été recueillis par l’Humanité.

 

Pas de risque de perte d’emplois ?

 

Antoine Frérot tente pourtant de rassurer : « Pour les salariés de Suez, il n’y a strictement aucun risque de perte d’emploi ». Un message qui, pourtant, a du mal à passer. Déjà parce qu’Antoine Frérot a 62 ans et que son troisième mandat s’achève en 2022. S’il souhaite prendre sa retraite ou n’est pas reconduit pour un quatrième mandat, rien n’empêchera la nouvelle présidence de réduire les effectifs. Une promesse qui, in fine, ne serait qu’un court sursis pour les salariés.

Mais aussi car cette promesse n’engage que celles et ceux qui y croient. En effet, Antoine Frérot a, pendant sa présidence, multiplié les plans d’économies. Le premier entre 2013 et 2015, conduisant à 800 départs volontaires et 1 400 changements de poste, ainsi que 900 départs non-remplacés. Un nouveau entre 2016 et 2018, visant une réduction de coûts de 600 millions d’euros. La feuille de route 2020 – 2023 vise des économies de 250 millions d’euros par an pour, à terme, atteindre le milliard d’euros d’économies. Une réputation de cost-killer qui ne pousse guère à lui attribuer une entière confiance. D’autant qu’entre 2014 et 2017, quatre plans sociaux se sont succédé dans la branche Eau de Veolia, aboutissant à la suppression de plus de 3000 postes. Un destin que craignent de connaitre les salariés de Suez.

De son côté, Jean-Claude Clamadieu, directeur général d’Engie, réitère sa volonté de vendre ses participations dans Suez. Même s’il tente d’en négocier encore un peu le prix. Pour lui, le destin de Suez lui apparaît comme une problématique bien secondaire. « Derrière cette fusion, se cache en réalité une grosse opération financière d’Engie qui se dégage de 60 % de ses activités : eau, déchets, mais aussi toute la filière froid » résume Fabien Roussel pour l’Humanité.

 

 

Politique

C’est la décision qui a été annoncée par les dirigeants de la Société National Corse Méditerranée (SNCM) aux représentants du personnel lors du comité d’entreprise extraordinaire du lundi 3 novembre. La date effective du dépôt n’a pas encore été précisée, les salariés restent donc dans le doute pour le futur de la société.

Les sociétés Transdev et Veolia, détenteurs de 66% des parts de la SNCM, ont pour souhait, suite au dépôt de bilan, de placer l’entreprise en redressement judiciaire. Ce serait selon eux, l’unique solution pour sauver la société de transport maritime. Mais ce n’est pas l’avis de l’ensemble des syndicats, notamment de Pierre Maupoint de Vandeul, l’un des représentants de la CFE-CGC, qui a fait part de son inquiétude à l’AFP : “La direction engage un dépôt de bilan, alors même qu’elle reconnaît que le chemin est étroit entre le redressement judiciaire et la liquidation”. Les salariés n’ont, par ailleurs, pas hésité à revendiquer leur point de vue auprès d’Olivier Diehl, le président du directoire, sur sa gestion de l’entreprise.

L’Etat qui détient 25% des actions de la SNCM soutient la position de Veolia et Transdev, car le redressement judiciaire permettrait “d’effacer” les 400 millions d’aides publiques que la société doit rembourser à l’Etat français suite à la condamnation rendue par la Commission Européenne, qui a jugée cette aide comme étant illégale.

Pour ne pas disparaître, la SNCM doit maintenant trouver un nouvel actionnaire.

Crédits Photo : Louis Moutard-Martin

Politique

En grève depuis près de 17 jours, les syndicats et les marins de la SNCM ont voté ce jeudi la suspension du mouvement de contestation. Les différentes parties en négociation seraient finalement tombées d’accord sur une prolongation de l’activité de cinq mois.

La SNCM a donc gagné un surcis de quelques mois. C’est en tous ce qu’ont annoncé les six syndicats de la compagnie maritime qui ont accepté les nouvelles propositions du négociateur envoyé par le gouvenrement.

Les marins ont donc repris le travail après l’assemblée générale qui s’est tenue dans la matinée de jeudi et à laquelle ont assisté environ 200 marins sur le « Danielle Casanova », l’un des bateaux de la compagnie. Un peu plus tôt, le « Kalliste », navire de la Méridionale bloqué à quai à Marseille depuis une semaine par les grévistes de la SNCM, avait pu appareiller. Une décision qui devrait ravir l’ensembles des acteurs socio-économiques corses touchés de plein fouet par ce mouvement.

Parallèlement, Veolia, dont la filiale Transdev, possède 66 % du capital de la SNCM, s’est dit prêt à céder cette participation pour 1 euro symbolique même si pour  Antoine Frérot, président de Véolia, la seule solution pour sauver la liaison entre Marseille et la Corse est de “constituer une nouvelle société afin d’effacer les amendes de Bruxelles”.

A l’origine de mouvement de grève, la réclamation à la SNCM par la Commission européenne de plus de 440 millions d’euros d’aides publiques que la compagnie aurait indument perçue. Une dette qui obligerait la société maritime à être placée sous contrôle du tribunal de commerce. Les syndicats ont toutefois annoncé avoir obtenu un moratoire de plusieurs mois excluant dans l’immédiat une procédure de redressement judiciaire.

Crédits photo : Trayex