violences policières, images
Société

Le député LR Eric Ciotti a déposé devant l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à interdire la  « diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, de l’image des fonctionnaires de police nationale, militaires, policiers municipaux ou douaniers ».

Atteinte à la liberté d’information

En pratique, monsieur Ciotti aimerait rendre « systématiquement non identifiables les forces de l’ordre dans l’ensemble de l’espace médiatique, y compris sur les réseaux sociaux », au motif qu’  « il est devenu fréquent que les policiers ou leurs familles soient menacés, voire même suivis et agressés jusqu’à leur domicile ». Pour donner corps à sa mesure, le député entend l’assortir d’une amende maximale de 15 000  euros et d’un an d’emprisonnement, des peines en totale contradiction avec la loi de 1881 sur la liberté de la presse.

Mais cette proposition va également à l’encontre d’une circulaire du ministère de l’Intérieur publiée en 2008, qui stipule que « la liberté d’information, qu’elle soit le fait de la presse ou d’un simple particulier, prime. Les policiers ne peuvent s’opposer à l’enregistrement de leur image lorsqu’ils effectuent une mission. Il est exclu d’interpeller pour cette raison la personne effectuant l’enregistrement, de lui retirer son matériel ou de détruire l’enregistrement ou son support. »

«  Urgence violences policières  » prise pour cible

Et bien que le député LR insiste sur le fait que filmer les violences policières « a pour effet de stigmatiser les forces de l’ordre mais aussi de faire circuler, notamment sur les réseaux sociaux, des informations souvent erronées sur celles‑ ci », il semblerait que son but soit surtout de museler l’application pour smartphones Urgence violences policières. Cet outil, créé par le collectif Urgence notre police assassine, permet d’envoyer instantanément des images de violences sur une serveur sécurisé, tout en géolocalisant leur positon.

« Nous ne sommes pas dupes, ont prévenu les créateurs de l’application sur Facebook. Cette énième tentative des syndicats policiers à bafouer nos droits fondamentaux, (…) nous démontre que cette police n’est pas prête à se remettre en question. »

Coup de gueuleSociété

Ibrahima est mort le dimanche 6 octobre à Villiers-le-Bel après qu’un fourgon de police lui ait barré la route lui faisant perdre le contrôle de sa moto

Il y 12 ans de cela déjà Mouhsin et Laramy mourraient dans des conditions similaires suite à l’intervention de la police. Aujourd’hui la famille du jeune homme de 22 ans demande l’accès aux vidéos de surveillance ; comme toujours la version des témoins diffère de la version policière. Le lendemain des faits près d’un millier de personnes ont rejoint une marche et un rassemblement pour demander vérité et justice.

Cette marche est partie du quartier de la Cerisaie où a eu lieu la mort de Ibrahima. La marche a ensuite passé près du carrefour où Mouhsin et Laramy ont trouvé la mort en 2007. A l’époque la ville avait alors connu plusieurs nuits d’émeutes. Près de 12 ans plus tard, les habitants n’ont pas oublié.

Un long combat qui s’annonce

Une centaine de motards étaient présents et ont bloqué le carrefour pour que puissent se tenir des prises de parole. Le grand frère d’Ibrahima, Diané Bah, a rappelé que son frère n’était pas la première victime de la police dans les quartiers populaires et qu’il était temps que cela cesse.

Assa Traoré était aussi présente à la marche et a pris la parole. Elle a insisté sur le fait que la famille Bah aurait besoin de soutien pour les années à venir. Assa Traoré et la sœur d’Adama Traoré, mort aux mains de la police le 19 juillet 2016. Elle sait bien à quel point ces demandes de vérité et justice peuvent être longues et semées d’embûches. Dans son cas la police et la justice n’ont cessé inquiéter ses proches.

Il semble que la famille Bah ait décidée de porter plainte et demande l’accès aux caméras de surveillance. C’est donc un long combat qui semble s’annoncer pour cette famille endeuillée. A n’en pas douter ils ne manqueront de subir l’arbitraire de la justice et des pressions. Le préfet a par exemple rapporté que la moto d’Ibrahima était volée ce qui est totalement faux. La police tente toujours de salir les victimes de ses bavures. Ceci permettant de légitimer sournoisement leur mort.

Coup de gueuleInternational

Un agent de police blanc a abattu une femme noire à son domicile après un appel d’un voisin inquiet pour la sécurité de la jeune femme

Atatiana Jefferson, 28 ans est décédée dans sa chambre dans la nuit du 12 octobre. Un voisin de Jefferson a appelé la police parce qu’il trouvait inhabituel que la lumière soit allumée et les portes ouvertes à cette heure de la nuit. Les agents sont arrivés sur les lieux à 2h25. Selon le voisin, 15 minutes après leur arrivée il a entendu une détonation et vu d’autres agents se précipiter à l’intérieur.

La vidéo d’une caméra portée par un des agent a été rendue publique. Sur celle-ci on voit deux policiers vérifier le périmètre de la maison. Au cours de leur vérification un agent semble voir une forme se dessiner derrière une vitre sombre. L’agent s’écrit alors « Mains en l’air ! Montrez moi vos mains ! » puis tire une balle à travers la fenêtre. A aucun moment l’agent ne s’identifie comme étant un policier.

Il se trouve que Jefferson jouait à un jeu vidéo avec son neveux quand elle a entendu des gens roder autour de la maison. Elle a été abattue en allant voir se qu’il se passait. Les agents ont déclaré avoir trouvé une arme dans la maison mais ne précisent pas si Jefferson l’avait en main au moment des faits. Plus vraisemblablement ils ont révélé la présence d’une arme dans la maison pour tenter de légitimer leur réponse.

Qui nous protège de la police ?

Comme à chaque fois il semble que la police tente de vilifier les personnes qu’elle abat. L’avocat de la famille Jefferson en a bien conscience. Il précise dans un communiqué que cette jeune femme travaillait pour une entreprise pharmaceutique et s’occupait de son neveu au moment des faits.

On ignore le nom de l’agent responsable de la mort de Atatiana. On sait cependant qu’il est en congé administratif en attendant le résultat de l’enquête. Le voisin qui a appelé la police est sous le choc. L’homme a volontairement appelé un numéro de police dédié aux affaires non-urgentes. Encore une fois il apparaît qu’il est plus dangereux d’appeler la police que d’essayer de s’en passer dans la plupart des cas, particulièrement pour les personnes de couleur.

International

Brian Quinones a été abattu par la police samedi soir dernier dans la ville de Richfield Minnesota alors qu’il sortait de sa voiture avec un petit couteau

La scène a eu lieu après une course-poursuite dans les environs de Minneapolis. Quinones conduisait tout en étant en direct sur Facebook live. Le live a duré près de deux heures, jusqu’à sa mort. Il aurait grillé plusieurs feux rouges ce qui aurait initié la poursuite. Dix minutes après Quinones a stoppé sa voiture. Il est sorti et a été abattu en moins de 15 secondes.

On peut entendre les agents de police de Edina et Richfield dans la vidéo. Ces derniers lui intiment l’ordre de lâcher le couteau ; Quinones a eu moins d’une seconde pour obtempérer avant d’être frappé par près de 15 balles.

Pendant près de six heures le corps sans vie du rappeur est resté sur 77e rue de Richfield, Minnesota. Des membres de la famille éplorés se sont rassemblés sur les lieux en compagnie de dizaines de voisins en colère. De nombreuses personnes sont arrivées sur les lieux après avoir entendu les coups de feux.

La police américaine tue toujours

Près de 100 agents ont été envoyés en renfort pour contrôler la communauté en colère. Les habitants protestent contre un énième usage de la force disproportionné.

Cette fusillade vient s’ajouter au nombre toujours croissant des morts des mains de la police. Il y a eu plus de 624 usage de la force létale par des agents aux États-Unis depuis le début de l’année 2019. Seize personnes ont été tuées par la police du Minnesota dans cette période.

Selon sa famille Brian Quinones était quelqu’un de gentil et aimant. Ce portoricain était aussi père d’un enfant de 12 ans. C’était un artiste et un barbier de profession. Son nom de scène était Blessed The MC. ; il venait de sortir un nouvel album la veille de sa mort.

Cet événement tragique l’est du fait de la mort de Brian Quinones, mais aussi parce que sans cette vidéo seul la version policière aurait été retenue. On ne peut qu’imaginer le nombre d’usage de la force létale non-justifiée qui ont lieu sans aucun autre témoin que la police.

Coup de gueulePolitique

La journée de samedi a été ponctuée par deux manifestations assez mouvementées à Nantes et à Toulouse. À Nantes, c’est pour lutter contre les violences policières que l’on manifeste quand c’est pour les ZAD ou zones à défendre que les manifestants ont décidé de se rassembler à Toulouse. Mais voilà, des débordements se sont produits dans les deux cas !

La manifestation de Nantes s’est déroulée dans le calme absolu au commencement, mais a quand même vite dégénéré. 800 personnes se sont rassemblées pour protester contre les violences policières, certains manifestants se sont ainsi attaqués aux policiers qui surveillaient le mouvement avec des lancements de projectiles comme les pierres, forçant ainsi ces derniers à réagir aux attaques avec des canons à eau ainsi que des bombes lacrymogènes.

Presque le même scénario pour la manifestation de Toulouse, avec cette fois-ci 450 personnes réunies pour manifester leur soutien aux Zones à défendre. Les manifestants ont entrepris de lancer de la peinture aux forces de l’ordre qui ont ensuite répliqué avec des bombes lacrymogènes. D’autres manifestants ont également choisi de s’attaquer à des commerces en brisant les vitrines de deux magasins. Les slogans des banderoles utilisées par les mécontents montrent ainsi leur colère contre les policiers qui peuvent se montrer très violents dans l’exercice de leur fonction.

Politique

Les cas de violences policières à l’encontre des Afro-américains se font entendre en masse ces derniers temps. Des enfants aux adultes, ils restent victimes d’injustice et de violence lors des interpellations des policiers dans différentes parties de l’Amérique. Les manifestations se font de plus en plus nombreuses pour dénoncer tous ces abus.  

Un grand Jury a été mis en place à New York pour prendre une décision concernant le policier blanc qui a abattu un homme, noir, du nom d’Akai Gurley dans une cage d’escalier localisée dans un logement social de Brooklyn. Un coup de feu accidentel selon les propos du chef, mais qui a cependant coûté la vie à ce jeune père de famille de 28 ans.

Des manifestations ont ainsi été organisées pour dénoncer ces bavures, synonymes de racisme à l’encontre des minorités. En dépit du grand jury, la colère des manifestants reste la même, car de nombreux autres «  policiers blancs » ont été acquittés après leurs actes. Après un hommage à la dernière victime qui s’est tenu vendredi,  une manifestation s’en est suivie dans la ville de New York. Pour la Californie, la deuxième nuit de manifestation a été plutôt violente, car ponctuée par des pillages de commerce et des actes de vandalisme sur des voitures.