Coup de gueule

La BAC des quartiers nord de Marseille a provoquée la mort de Mehdi Bourogaa, un jeune homme de 18 ans habitant la cité Maison-Blanche

Une enquête de l’IGPN a été ouverte, mais chacun sait que les conclusions de l’institution ne mettent jamais en cause les agents dans ce genre d’affaires. Il semble que la mort du jeune homme soit intervenu suite à une course-poursuite. La police a été appelée vers 19h30 suite à un braquage à main armée au Lidl du quartier des chartreux. C’est à partir de là que les versions diffèrent radicalement.

La police tue, encore et encore

Selon les agents la course-poursuite s’achève dans la cité des marronniers. Le parquet affirme que : «un fonctionnaire de police a ouvert le feu à plusieurs reprises après avoir été lui-même, puis un de ses collègues, mis en joue par un des malfaiteurs armé d’un fusil». Cependant les témoignages des habitants diffèrent profondément de la version policière. Selon certains le jeune homme sortait à peine de la voiture pour s’enfuir et ne pointait pas son arme sur les policiers. D’autres racontent qu’il a été menotté puis roué de coups à terre avant de mourir.

Les vautours de la classe politique en campagne se sont déjà emparés de l’affaire. Sans surprise le RN a félicité la BAC et en appelle à la fin de l’enquête de l’IGPN. La droite de son côté s’est insurgée contre un rassemblement de protestation devant le commissariat de police. Ils attribuent cette mobilisation à « l’ultra-gauche ». Ce qui est certain c’est qu’un énième jeune prolo de banlieue a été abattu par la police. Personne n’attend réellement que l’enquête de l’IGPN mette en cause les policiers. Cette histoire a déjà été jouée de nombreuses fois, Mehdi vient s’ajouter à la longue liste des gens tués par la police. Une marche blanche est prévue pour samedi prochain.

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En trois jours de mobilisation la police a abattu une quatrième personne ce qui a relancé le mouvement de contestation

La dernière personne a avoir été tuée est un étudiant de 24 ans. Le jeune homme était un supporter du club de foot Colo Colo. Il a été renversé par un camion de police lors d’affrontements avec des agents de sécurité à proximité du stade de l’équipe de Santiago. Il est mort de ses blessures deux jours plus. La police a en effet pour habitude de traverser la foule à grande vitesse avec ses véhicules en dispersant des lacrymogènes. Ce n’est pas la première fois que cette méthode a de s conséquences dramatiques. La mort de ces personnes semble avoir revitalisé le mouvement d’opposition au gouvernement.

Violences et mort dans le mouvement

La mobilisation semblait pourtant se calmer. Les manifestations ne se tenaient plus que les vendredis à Santiago. Les affrontements avec la police avaient aussi baissé en intensité. Ce ne sont pourtant pas les premiers morts du mouvement. Malgré tout la proximité de ces décès choque de nombreuses personnes. La police est dénoncée de tous côtés, et même à l’international, pour sa gestion du maintien de l’ordre. Les accusations de violences, viols et tortures sont monnaies courantes.

Au total 31 personnes sont mortes au sein de la mobilisation entre le 18 octobre 2019 et le 28 janvier 2020. Le parquet chilien reconnaît seulement que quatre ont été tués au cours d’une intervention policière et deux en détention. En effet de nombreuses personnes ont été retrouvées mortes dans des conditions douteuses, ou après le passage de la police sans que des preuves directes de l’implication des agents aient été trouvées. De leurs côtés le Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, Amnesty International et Humans Right Watch ont dénoncé le comportement des forces de police aux ordres du président Piñera .

Coup de gueule

Un adolescent de 16 ans a été tabassé par des policiers pourtant expérimentés dans un commissariat de Pau alors qu’il était ivre

La scène a été filmée par la caméra d’un policier municipal. L’IGPN est en train de mener l’enquête. L’adolescent était menotté au moment des faits, dans la nuit du 19 au 20 octobre. Le policier municipal avait activé sa caméra car le ton montait entre le jeune menotté et les policiers. Il semble que l’adolescent ait voulu faire un croche-pied à un adjoint de sécurité, ce qui aurait déclenché l’attaque.

Qui nous protège de la police ?

Deux OPJ expérimentés, un chef de poste et un officier de quart de nuit ont alors roué le jeune de coups pendant plusieurs minutes. Suite à cela l’adolescent a du être conduit à l’hôpital. Il a le tympan percé et le médecin lui a donné 10 jours d’ITT. Il semble que depuis les agents aient été entendu par l’IGPN. Sans surprise ils ne sont ni désarmés, ni suspendus. Ils reconnaissent pourtant les faits et expliquent avoir perdu leur sang froid.

Depuis Cécile Gensac, la procureure de la République de Pau envisage de donner le dossier au parquet de Tarbes. En effet selon ; les faits sont suffisamment graves pour que nous envisagions un dépaysement, de manière à ce que les faits puissent, si tel est le cas, être jugés de manière sereine, impartiale et objective. L’objectif aussi, c’est qu’à travers le jugement  qui pourrait avoir lieu ailleurs, il n’y ait pas d’amalgame qui puisse être fait à Pau sur la façon de travailler de l’ensemble des policiers. Le parquet de Pau a bien conscience que les policiers palois «sont tous très affectés par ce qui s’est passé»”.

Coup de gueuleIdées

Ces chiffres recensés sur le site bastamag.net comptabilisent tous les cas de légitime défense ou d’homicides injustifiés depuis près de 43 ans

En 2019, selon le magazine Basta !, 26 personnes ont été au cours d’une intervention des forces de l’ordre. On comptabilise donc aussi bien gendarmes que policiers. Dans deux de ces cas il s’agissait d’agents qui n’étaient pas en service. Fautes de chiffres officiels ce décompte macabre a été opéré en utilisant des sources militantes qui s’attachent à surveiller le travail des agents. On peut ainsi citer le travail de Maurice Rajsfus ou les collectifs Vies Volées et Désarmons-les. Le décompte commence le 1er janvier 1977 et s’achève au 13 décembre 2019.

Un travail sérieux et précis

Ces dernières années la police a tué 36 personnes en 2017 et 28 en 2018. L’année 2017 a été la plus meurtrière en date. L’étude souligne que contrairement à ce qu’on pourrait il n’y pas de lien apparents avec les mesures anti-terroristes. Ces interventions létales ne représentent que 3 % du décompte. On pourrait aussi s’attendre à ce que ces morts soient en réponse à une situation de crise gravissime et face à un individu armé ; il n’en est rien. Seul un mort sur quatre était armé, ce qui ne signifie même pas que l’individu ait fait usage de son arme. En réalité les situations de riposte policière face à des tirs ne représentent qu’un cas sur dix. Dans 77 % des cas les personnes n’étaient pas armées.

Les affaires de morts suite à des courses poursuites représentent elles 14 % du total et les asphyxies suite à des techniques d’immobilisation 10 %. On compte aussi près de 69 personnes qui meurent d’un « malaise » au commissariat sur la période observée. Ces dix dernières années les armes non-létales ont elles tuées 14 personnes. Si les morts suite à des opérations de maintien de l’ordre en manifestations ne sont pas si fréquentes on a cependant noté une forte augmentation des blessures graves et des mutilations depuis l’année dernière. Enfin 77 affaires sont le fait d’agents en dehors de leur service ; violences conjugales et domestiques notamment. Les agents ne sont en effet pas légalement libérés de leurs obligations en dehors de leur service. De plus depuis 2017 ils ont obtenu le droit de conserver leur arme dans un cadre privé.

Une base de donnée ouverte aux premiers concernés

Il faut ici saluer une fois de plus le travail de Basta ! L’absence de données fiables de la part du gouvernement est une constante dans les affaires violences ou de meurtres policiers. Même l’IGPN reconnaît le problème dans un rapport de 2019 ; « Cet état de fait favorisait la diffusion d’informations souffrant d’un manque de rigueur et d’objectivité et conduisait certains commentateurs à assimiler l’usage de la force physique ou armée à des « violences policières », voire à des « bavures » ». Cependant depuis rien n’a réellement changé.

Cette base de données n’a pas pour vocation à être fermée. Le but est de fournir un travail « interactif et collaboratif » selon le magazine. Il s’agit d’ouvrir ce travail aux premiers concernés et aux victimes de la police. L’opacité des procédures, les mensonges policiers et la couverture des crimes commis par l’institution devraient tous nous convaincre que personne ne nous protège de la police. La multiplication d’initiatives de ce genre est un des outils d’autodéfense face à l’arbitraire policier qui se déchaîne de plus en plus, dans les manifestations comme dans les quartiers populaires.

Politique

Le député Jean-Pierre Grand demande que toute prise de photo ou vidéo des forces de l’ordre soit punie par de la prison et des amendes

Le sénateur de l’Hérault a déposé 3 amendements. Dans ces derniers il demande des peines allant jusqu’à 1 an de prison et 45 000 € d’amendes. La décision sur le texte sera rendue le 17 décembre. Vraisemblablement si le texte était adopté, les contrevenants s’exposeraient plutôt à une amende de 15 000€. Fort heureusement de nombreuses voix s’élèvent contre ce texte liberticide.

Une provocation à l’encontre du mouvement social

L’apparition de ce texte dans le contexte des violences policières qui ne cessent d’émailler le mouvement social n’a rien d’une coïncidence. Certains à droite préfèrent protéger l’institution policière plutôt que leurs concitoyens. Ce texte de « lutte contre la haine » sur internet empêcherait toute personne, journalistes compris, de prendre légalement des images des fonctionnaires de police. Plus précisément le texte vise la modification de l’article 35 de la loi de 1881. Cette loi protège la liberté de la presse.

Des protestations se font entendre aussi bien dans le champ syndical que du côté de la ligue des droits de l’homme. L’avocat Arié Alimi appelle ainsi à une mobilisation des journalistes et de leurs syndicats. Si les différents amendements passent il sera impossible prendre toute image des policiers, y compris dans des lieux publics comme les manifestation. Les plus fervents opposants au texte semble pour l’instant être les journalistes. Or, on a bien vu que ces derniers n’avaient pas toujours eu à cœur de relayer les violences commises par les forces de l’ordre. Ceux qui sont visés par ce texte sont avant tout les citoyens qui chercheraient à informer sur les violences impunies régulièrement commises par les policiers.

Société

Le décompte des blessés du mouvement du 5 décembre est une fois encore si lourd, qu’il soulève à nouveau des questions quant aux méthodes employées par les forces de l’ordre pour gérer les incidents et affrontements avec les casseurs.

Journalistes touchés

Dès jeudi, une vidéo du reporter indépendant NnoMan, montrant deux policiers matraquant et frappant à coups de pied une personne à terre, a fait le buzz, et a entraîné depuis l’ouverture d’une enquête par le parquet de Paris.

Reporters en colère, un collectif de journalistes salariés et indépendants, a, pour sa part, fait état de 24 blessés dans ses rangs, à Paris mais aussi à Nantes, Lorient, et Bordeaux. « La plupart ont été touchés par des tirs de grenades ou de désencerclement », explique le collectif, qui condamne « fermement ces violences qui constituent des atteintes à la liberté d’informer, un droit fondamental dans toute démocratie ».

Un journaliste turc a également perdu près de 50 % de la vision après avoir été touché par une grenade lacrymogène, et le reporter indépendant Gaspard Glanz a été blessé aux jambes suite à l’explosion d’une grenade de désencerclement.

Jeunes pas épargnés

Outre les journalistes, des lycéens ont également été touchés. C’est le cas, par exemple, de Willem, qui défilait jeudi au côté de son frère « parce que la question des retraites, ça me concerne aussi  », et qui s’est retrouvé piégé entre des black blocks et les forces de l’ordre : « Les CRS ont essayé de les nasser. Les autres leur ont lancé des projectiles. Le temps que j’essaye de me mettre à l’abri, des grenades ont été lancées. L’une a explosé à trois mètres de moi. J’ai ressenti un choc à l’œil. Heureusement que j’avais la paupière fermée, sinon ça aurait été pire. »

Dimanche, Willem voyait toujours flou et était encore en proie à de fortes migraines. « Alors qu’un pompier me dégageait, j’ai entendu un policier dire à un collègue “il a pris cher le petit” et l’autre rigoler », a-t-il raconté ensuite.

Coup de gueule

Une vidéo a émergé montrant des policiers tabassant des migrants tchadiens sur un toit lors d’une éviction de squat à Bagnolet

Cette éviction d’un squat de réfugiés remonte au 3 juin dernier. Sans être de très bonne qualité la vidéo montre clairement des policiers frappants des migrants. Les hommes sont au sol et reçoivent coup de matraque, coup de pieds et de poings au visage.

La vidéo aurait été prise par un voisin depuis sa fenêtre. La vidéo fait désormais partie du dossier et sera étudiée par le Tribunal de grande instance de Bobigny. Il est intéressant de noter que la vidéo n’était pas présente dans le dossier fourni par l’officier de police judiciaire au sujet de l’évacuation.

La police couvre les siens

Comble de l’histoire ce sont trois réfugiés qui sont poursuivis dans cette affaire pour « rébellion et incitation à la rébellion ». L’OPJ devait réaliser un album photographique pour aider la justice à comprendre les circonstances de l’arrestation de trois migrants.

Il semble assez clair que la police a volontairement édité les éléments gênants dans son montage. En effet les pièces fournies à la justice ne montrent que les éléments choisis par la police. On ne peut donc comprendre aisément la situation. Au sujet de la scène concernée, elle est décrite comme « particulièrement hachée ce qui empêche d’accéder à une compréhension de l’intégralité de la scène » ; ceci étant censé expliquer pourquoi une scène manque au montage.

Les avocats de la défense dénoncent un montage policier. Les éléments versés au dossier par la police proviennent des mêmes forces de l’ordre qui sont responsables des violences. Le procès est renvoyé au 13 mai. Fort heureusement le contrôle judiciaire des trois prévenus a été levé. Inutile cependant de s’attendre à une condamnation des agents responsables de ce véritable lynchage.

Politique

Trois policiers vont donc être jugés pour violences à l’égard d’un manifestant. Celui-ci fut blessé au flash-ball en 2009 lors d’une manifestation à Montreuil et souffre désormais d’un infirmité permanente.

C’est lors d’une manifestation à Montreuil, le 8 juillet 2009, que Joachim Gatti, âgé à l’époque de 34 ans, a perdu un œil à la suite de l’utilisation par les policiers encadrant la manifestation, de flash-ball. Le jeune homme manifestait en soutien aux occupants d’une clinique désaffectée expulsés par les forces de l’ordre. La préfecture avait alors expliqué que ces policiers avaient riposté aux projectiles des manifestants en utilisant ce pistolet à balles en caoutchouc non perforantes. Plusieurs autres personnes avaient été blessées lors l’opération policière.

Mis en examen dès 2009, les trois policiers ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour “violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente”. Ils encourent dix ans de prison et 150.000 d’amende.

Si les avocats de la partie civile se félicitent que le débat sur l’utilisation du flash-ball par les policiers soit enfin entendu devant la justice, les syndicats de policiers estiment quant à eux que ces trois policiers ne sont que des “boucs émissaires”.

Crédits photo : Roger Joli