Thaïlande : le piège de la dette qui étouffe les familles
En Thaïlande, un problème économique majeur inquiète aujourd’hui les autorités, les économistes et les citoyens : l’endettement massif des ménages. Derrière les statistiques impressionnantes, ce sont surtout des millions de familles thaïlandaises qui se débattent quotidiennement pour rembourser leurs crédits.
Si vous vous demandez pourquoi les familles thaïlandaises empruntent autant, quelles sont les conséquences pour l’économie du pays, et pourquoi ce sujet est devenu central dans la campagne des élections législatives, je vous propose de décrypter cette crise silencieuse qui menace l’équilibre financier du pays.
Ce qu’il faut retenir
Aujourd’hui, l’endettement des ménages en Thaïlande représente un véritable défi économique et social.
Les points clés à retenir :
- la dette des ménages atteint près de 87 % du PIB,
- un Thaïlandais sur trois est fortement endetté,
- les jeunes comme les seniors sont touchés,
- la crise du Covid-19 a aggravé la situation,
- le sujet est devenu central dans la campagne électorale.
Pour les prochains dirigeants du pays, la mission sera donc cruciale : trouver des solutions durables pour sortir des millions de familles du piège de la dette, tout en préservant la stabilité économique du pays.
Une crise de la dette qui touche de nombreuses familles
Commençons par une histoire concrète, qui illustre parfaitement la réalité vécue par beaucoup de Thaïlandais.
À Bangkok, Kavita Wongyakasem dirige une petite entreprise. Sur le papier, sa situation semble stable : une maison à deux étages, un véhicule utilitaire, et deux enfants inscrits dans de bonnes écoles.
Pourtant, la réalité est toute autre.
Cette mère de famille de 48 ans est endettée à hauteur de 8 millions de bahts, soit environ 216 000 euros, sans aucune épargne. Unique source de revenus pour une famille de cinq personnes, elle vit avec une angoisse permanente.
Chaque journée devient alors un combat pour trouver de quoi payer :
- les factures,
- les salaires de ses employés,
- et les dépenses du foyer.
Son témoignage reflète une situation devenue malheureusement courante : le piège de l’endettement dans lequel de nombreux ménages thaïlandais se retrouvent enfermés.
Un taux d’endettement parmi les plus élevés d’Asie
Si l’histoire de Kavita vous semble alarmante, les chiffres nationaux le sont tout autant.
Selon les données de la Banque des règlements internationaux, la Thaïlande possède l’un des taux d’endettement des ménages les plus élevés d’Asie.
Seuls deux territoires font pire :
- Corée du Sud
- Hong Kong
Le niveau d’endettement atteint 86,9 % du produit intérieur brut (PIB), un seuil jugé préoccupant par les économistes.
Concrètement, cela signifie que près d’un Thaïlandais sur trois est fortement endetté, souvent à cause de crédits à la consommation, de prêts personnels ou de dettes liées à l’activité professionnelle.
Un enjeu majeur des élections en Thaïlande
À l’approche des élections législatives, ce problème est devenu un thème central de la campagne politique.
Les principaux partis rivalisent de propositions pour tenter de convaincre les électeurs :
- augmentation du salaire minimum,
- moratoire sur les dettes,
- prêts sans garantie,
- aides financières directes.
Parmi les figures politiques qui mettent en avant ces mesures, on retrouve Pita Limjaroenrat, candidat au poste de Premier ministre pour le parti Move Forward Party.
Son objectif affiché est clair : réduire les inégalités économiques et permettre aux classes moyennes et populaires de sortir du cycle de l’endettement.
Selon lui, la société thaïlandaise est aujourd’hui marquée par un déséquilibre profond :
👉 1 % de la population détient la majorité des richesses, tandis que 99 % se partagent le reste.
Des promesses électorales qui inquiètent les économistes
Cependant, ces promesses politiques ne rassurent pas tout le monde.
La Banque de Thaïlande estime que le niveau d’endettement doit être réduit à moins de 80 % du PIB pour limiter les risques financiers.
Or, certaines propositions électorales pourraient au contraire aggraver la situation budgétaire du pays.
Une analyse du Thailand Development Research Institute révèle que les promesses faites par plusieurs partis pourraient coûter 3 140 milliards de bahts, soit presque l’équivalent du budget annuel du pays.
Autrement dit, ces mesures pourraient représenter un risque macroéconomique important.
Un endettement qui touche toutes les générations
Autre élément inquiétant : la dette frappe toutes les catégories d’âge.
Selon la Banque de Thaïlande :
- 58 % des jeunes de 25 à 29 ans sont déjà endettés,
- un quart des personnes de plus de 60 ans remboursent encore des crédits.
Certaines situations dépassent même largement les normes internationales.
Pour environ 30 % des détenteurs de cartes de crédit ou de prêts personnels, le total de leurs dettes représente 10 à 25 fois leurs revenus annuels.
C’est le double de la limite généralement considérée comme acceptable dans les standards financiers internationaux.
La pandémie de Covid a aggravé la situation
La crise liée au COVID-19 a profondément fragilisé l’économie thaïlandaise.
Même si le pays a été relativement épargné sur le plan sanitaire, les mesures de restriction ont lourdement affecté certains secteurs clés, notamment :
- le tourisme,
- le commerce,
- les services.
Pour de nombreux travailleurs, cela s’est traduit par une chute brutale des revenus.
Dans le même temps, les dépenses quotidiennes et les charges financières ont continué d’augmenter.
Résultat : le nombre de comptes bancaires en défaut de paiement a presque doublé, atteignant environ 10 millions.
Un cercle vicieux de la dette, notamment en zone rurale
La situation est particulièrement préoccupante dans les campagnes.
Selon plusieurs études économiques :
👉 près de 90 % des foyers agricoles possèdent des crédits en cours.
Les agriculteurs doivent souvent emprunter pour :
- acheter des semences,
- financer du matériel,
- ou simplement maintenir leur activité.
Mais lorsque les revenus baissent, les dettes s’accumulent, créant un véritable cercle vicieux financier.
Une crise économique et sociale encore loin d’être résolue
Pour de nombreuses familles thaïlandaises, la dette est devenue une lutte quotidienne.
Certaines personnes doivent même emprunter en dehors du système bancaire, à des taux beaucoup plus élevés, pour continuer à payer leurs dépenses.
Malgré les promesses politiques, beaucoup restent sceptiques.
C’est le cas de Kavita Wongyakasem, qui observe le débat électoral avec prudence. Selon elle, les solutions proposées pourraient aider certaines personnes, mais elles restent insuffisantes pour les ménages déjà lourdement endettés.
